Chagos, Privy Council et élections générales

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Le père Jugnauth et son fils Pravind ont tous deux utilisé l’antenne de la BBC pour faire une sortie publique contre les Britanniques.

En principe, les hommes politiques mauriciens évitent de s’attaquer frontalement aux Britanniques, préférant garder la question des Chagos bien à l’intérieur d’un cordon sanitaire diplomatique. Hors du contentieux Chagos, on adore les Britanniques et la Reine. Ce qui explique d’ailleurs l’anglophilie de sir Anerood Jugnauth, qui brandit fièrement son titre de chevalier (Knight, d’où le titre de sir) ou encore d’avocat de la Reine (titre de QC, Queen’s Counsel). Si sir Anerood avait été anglophobe, il aurait depuis longtemps p…é sur son titre de «sir».

Pourquoi alors ces attaques contre les Britanniques à la veille du procès de La Haye où Maurice réclamera le retour de l’archipel des Chagos, dont l’île de Diego Garcia abritant une immense base aéronavale des Anglo-Saxons ? Les deux Jugnauth ne mettent-ils pas en péril les relations avec la Grande-Bretagne, surtout nos exportations de sucre et de produits textiles, l’apport des touristes britanniques et surtout le régime privilégié de visa on entry pour les visiteurs mauriciens ? Évidemment, pour reprendre un terme favori au château, de nombreux Mauriciens pensent que les deux Jugnauth ont commis une erreur diplomatique colossale. Bourde de la part des Jugnauth ? Non, il s’agit d’une superbe opération de communication car ils profitent de l’intérêt des médias internationaux autour du dossier Chagos pour investir dans l’avenir de Pravind Jugnauth. Au fait, trois facteurs sont liés : le procès Chagos, le case de Pravind Jugnauth devant le Privy Council, à Londres, en janvier 2019, et la stratégie d’élections générales du MSM.

Le show Chagos à La Haye sera mené par sir Anerood luimême. Si Maurice remporte son procès, cet événement sera répercuté par presque tous les médias du monde, vu son enjeu historique lié à la colonisation et à l’indépendance des nations. Mais aussi pour son importance stratégique car il y va du statut territorial de l’une des plus importantes bases militaires des États-Unis, la plus grande puissance du monde. Les Américains, soit on les aime, soit on les déteste. Le monde entier prendra note de l’événement. Et sir Anerood se verrait couvert de lauriers comme un grand guerrier qui, malgré son âge, a fait trembler l’empire anglo-saxon.

Si Maurice perd, sir Anerood n’en sera pas plus amoindri car on aura apprécié quand même le combat mené. Et même si l’événement sera oublié après quelques semaines et ce serait business as usual à l’étranger, l’impact sur le plan local sera conséquent. Car une mythification de sir Anerood serait d’une grande utilité politique si jamais Pravind Jugnauth rencontrait un accident aux mains du Privy Council, à Londres. Un Pravind Jugnauth K.-O., il ne faudrait quand même pas se faire d’illusions sur une succession chihuahuaienne à la tête du gouvernement. C’est le ministre mentor et gladiateur de La Haye qui succéderait à son fils. D’ailleurs, si le bonhomme ne s’est pas retiré du Conseil des ministres et même du Parlement, c’est justement pour parer à l’éventualité d’un scénario catastrophe. En attendant, on le garde au chaud, même à le forcer à dormir en pleine conférence de presse ou session parlementaire.

Ce n’est pas pour autant qu’on se débarrasserait de Pravind Jugnauth comme d’une vieille chaussette. Et c’est là que les attaques des deux Jugnauth sur les Britanniques retrouveraient toute leur importance. Car on matraquerait la population mauricienne avec l’affirmation que si Pravind a perdu son case à Londres, ce serait en raison des méchants Britanniques n’ayant pas apprécié le coup de La Haye. Les Brits se seraient alors vengés sur le pauvre Pravind. Dans cette guerre de propagande, qui se soucierait d’expliquer que le Privy Council fonctionne de façon totalement indépendante et qu’il n’est pas influencé par le gouvernement britannique ?

Par contre, si Pravind Jugnauth gagne son procès en janvier 2019, on organiserait des rassemblements, tambours battants, dans chacune des 20 circonscriptions du pays, avec 15 minutes de reportage chaque soir à la MBC. Pravind devenu blanc comme neige, le MMM contracterait volontiers une alliance avec le MSM, avec Joanna Bérenger comme vice-Première ministre constitutionnelle et Paul Bérenger comme président (avec certains pouvoirs, s’il vous plaît). Sir Anerood ne serait alors nullement contrarié dans son exercice favori de moot-soot, ou pipi-dodo comme on le dirait en bhojpuri.

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