Mauritius-bashing, Delhi-style ?

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Cela relève d’un véritable sacrilège que d’exprimer le moindre doute sur les activités entreprises chez nous par des pays «amis». Ils nous aiment tellement ces pays-là – c’est ce qu’on nous a toujours fait comprendre – que leur générosité envers la petite île ne connaît pas de limites. On nous dit que la Chine et l’Inde – et depuis récemment l’Arabie saoudite aussi – disposent d’assez de ressources et de flexibilité au niveau de la bonne gouvernance pour accorder des cadeaux colossaux à Maurice.

Les relations de Maurice avec la France, l’Inde, la Chine, la Grande-Bretagne ont toujours suscité une certaine charge émotionnelle chez nos compatriotes. Plus tard, le MMM, un parti qui a introduit certains concepts de grande valeur dans la pensée politique mauricienne, a ajouté une nouvelle dimension à nos relations avec l’étranger ; en plaidant pour un traitement spécial pour les pays de peuplement de notre nation, à savoir l’Inde, la France, le Sénégal, le Mozambique, Madagascar et la Chine.

Une fois le racisme exécrable fomenté avant l’accession du pays à l’indépendance exorcisé, un consensus s’est dégagé dans la classe politique pour qu’on s’abstienne de s’attaquer aux pays de peuplement. C’est dans ce contexte que le MSM a cru s’être retrouvé, depuis quelques semaines, avec une manne tombée du ciel quand Arvin Boolell a fait certaines remarques autour de l’Inde qui se croirait Big Brother envers son petit frère au sud de l’océan Indien. Le MSM a vite accusé Arvin Boolell et, par extension, le Parti travailliste lui-même de India-bashing.

Dans cette foulée, le MSM a cru avoir découvert un autre filon quand le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a interrogé le Premier ministre sur l’intention d’une compagnie chinoise à la réputation douteuse, la Poly Technologies Incorporated, d’investir massivement dans le logement à Maurice. Poly Technologies a apparemment conclu un accord avec SBM Infrastructure Ltd à cet effet. Quand Duval a mis en doute la réputation de la firme chinoise qui serait un fabricant d’armes, le Premier ministre, outré, a brandi la menace de «rapporter» le leader de l’opposition à l’ambassade de Chine à Maurice. Comme l’écolier qui part rapporter à «sir» ou à «miss» le mauvais comportement d’un camarade de classe. Et bien sûr, Duval a été accusé de China-bashing.

India-bashing hier, China-bashing aujourd’hui, le MSM demandait aux partis de l’opposition d’être politiquement corrects et de cesser de s’attaquer aux projets financés par ces deux géants de l’Asie qui ont aussi contribué au peuplement de Maurice. Ces pays ne peuvent qu’aider le petit frère. Donc, qu’on cesse de s’interroger sur l’endettement à coups de plusieurs milliards de roupies du pays. Le projet de tramway de 19 milliards de roupies financé par l’Inde, les prêts logements massifs de 13 milliards de roupies à être déboursés par Poly Technologies, le réseau d’espionnage géré par Mauritius Telecom (MT) avec 4 000 caméras et autres équipements achetés en Chine qui engloutira pas moins de 16 milliards de roupies au bout de quelques années, tout cela devrait être exécuté sans que des questions ne soient posées, sinon on se livrerait à du India-bashing ou à du China-bashing.

Si des projets sont conçus et discutés au niveau de gouvernement à gouvernement, le potentiel de mauvaise gouvernance au niveau de l’allocation des contrats et de l’exécution de travaux est bien réel. Les transactions sont faites de manière à échapper aux dispositions légales observées par le Central Procurement Board. Le mode de financement lui-même reste un sujet à controverse. Ainsi, ce sont des Special Purpose Vehicles créés spécialement pour le tramway et gérés par la SBM qui se chargeront de gérer les fonds avancés par l’Inde. La SBM et ses véhicules tout-terrain seraient encore une fois chargés de la gestion des fonds avancés par PolyTechnologies.

Quant au projet Big Brother is Watching You, avec ses 4 000 caméras, ce n’est pas la police mais MT, dirigée par un pilier de la cuisine, qui va gérer les prêts garantis par l’État auprès de l’Exim Bank de la Chine. En analysant de près le fonctionnement du gouvernement lorsqu’il est question de projets gigantesques, on ne pourrait écarter la possibilité que des malins s’arrangeraient derrière le dos des Saoudiens pour trouver des véhicules spéciaux pour mener à bon port le projet d’hôpital financé à coups de milliards de roupies à Flacq.

India-bashing, China-bashing, mais dirait-on Mauritius-bashing si les Indiens prenaient des mesures correctives conséquentes au détriment des intérêts économiques de Maurice ? Il y a eu le coup de massue des Indiens sur le secteur offshore mauricien quand Roshi Bhadain était toujours au service de la cuisine. Récemment encore, la Securities and Exchange Board of India (SEBI), le régulateur des bourses, a classé Maurice comme une juridiction à risques. Les Africains ont eux aussi exprimé des doutes sur Maurice. Ainsi, l’Eastern & Southern Africa Anti-Money Laundering Group a lui aussi fait des commentaires hautement défavorables envers le Global Business de Maurice.

Si certains à Maurice ont mis sur le compte de la jalousie l’opinion négative des Africains, que diront-ils des Indiens ? Rien n’est plus dévastateur aux intérêts économiques et à l’image de Maurice que la décision de la SEBI. Surtout quand on tient compte du fait que Maurice est le principal conduit d’investissements étrangers en Inde. Attendons voir quand le Premier ministre indien, Narendra Modi, et son parti, le Bharatiya Janata Party, vont accuser la SEBI de se livrer à du Mauritian-bashing.

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