Une égalité au rabais !

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«Res trankil madam, ou rann mwa enn servis ou al déor !» Vous rappelez-vous de cet épisode où une dame venue assister à une réunion se fait expulser par un ministre ? Tenez, un autre effort de mémoire : des propos à fort relent «communal» tenus dans le cadre feutré d’un bureau ministériel, où, notamment, les mœurs de certaines femmes furent décrites de manière discriminatoire (prostituées), alors qu’étaient évoqués des problèmes de logement dans un NHDC, «do they ring a bell» ?

Le premier incident s’était produit en septembre dernier et le second fut connu du public deux mois plus tard. Ce dernier cas avait, d’ailleurs, valu au ministre en question, à qui ces mots (maux ?) sont attribués, de perdre son maroquin ministériel début novembre 2017. Le Premier ministre s’était senti obliger de demander sa démission, devant la teneur des propos et sous l’indignation nationale qu’ils ont provoquée. Et, lundi 2 juillet, l’ancien ministre, redevenu simple député, refait parler de lui, avec, cette fois, la non-invitation de femmes à un banquet qu’il aurait organisé pour une délégation saoudienne. Posons, là, le problème. Et réfléchissons, sans y mettre de la passion.

Primo, personne de sensée dans ce pays ne va profiter du dernier incident en date pour faire du «Saudi bashing». Les Saoudiens, nous le croyons fermement, n’ont rien à voir avec cette interdiction – dont notre vice-Première ministre et notre ministre de l’Égalité du genre ont également été vicimes – de se rendre à ce dîner, qui avait vu la participation de notre Premier ministre et de toute une flopée de ses ministres «mâles» ! L’Arabie saoudite nous fait don d’une somme de Rs 5,3 milliards, pour divers projets. Cela entre en droite ligne des dons et autres prêts accordés à Maurice par des pays comme l’Inde ou la Chine. Il nous faut l’appui de certaines puissances pour donner un coup de pouce à notre développement. Et l’Arabie saoudite est un pays «ami»

Deuxio, si le problème ne vient pas des Saoudiens, d’où vient-il ? Là, il semblerait que ce soit le député «serial-gaffeur» qui en serait le responsable. Il n’est pas à son premier incident de ce type, on le sait. La question se pose : comment un gouvernement qui a fait de l’égalité du genre un de ces chevaux de bataille, un Premier ministre qui se gargarise d’avoir nommé la première femme speaker, la première femme présidente de la République ou la première femme vice-Première ministre, peut-il tolérer dans ses rangs un homme qui, visiblement, n’en a que faire de l’égalité homme-femme ?

Comment une ministre de l’Égalité du genre va-t-elle pouvoir continuer à mener campagne en faveur de plus de méritocratie, de justice sociale et d’équité pour les femmes si elle est elle-même victime d’une discrimination basée sur son sexe ? Comment cette même ministre peut-elle ne pas prendre position publiquement sur cette discrimination ? Que va-t-elle expliquer aux femmes et aux jeunes filles quand la question lui sera posée ? La solidarité gouvernementale a ses limites. Et ces limites ont été violées, lundi soir, à Balaclava.

Nous avons eu un silence assourdissant, et embarrassé, venant des rangs de la majorité gouvernementale, quand la question leur a été posée. Le Premier ministre n’a-t-il pas le devoir de veiller aussi au bon fonctionnement de notre société ? Peut-on continuer à tolérer le «women bashing» ? Tout candidat à une élection doit bénéficier du vote des femmes, comme de celui des hommes, pour espérer se faire élire. Ce député à l’attitude machiste a lui aussi eu le vote des femmes en décembre 2014. Ses électrices vont sûrement s’en souvenir…

Nous avions, au 31 décembre 2017, 639 221 femmes au sein de la République. Contre 626 088 hommes. Et nous avions 913 295 électeurs en 2017. Dont plus de 460 000 sont des femmes. Mesdames, vous qui quotidiennement surmontez des obstacles liés au genre, vous vous attendez certainement à ce que le gouvernement fasse de son mieux pour consolider et protéger vos droits. Ces gens du gouvernement qui n’ont pas bronché lundi, en ne voyant aucune femme à ce dîner, ne sont-ils pas tout aussi coupables que l’organisateur ? Votre réponse serait intéressante à plus d’un titre…

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