4000 caméras pour épier les Mauriciens

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Plus besoin d’agents clandestins pour épier Paul Bérenger quand il part déjeuner dans un des grands restaurants du pays. Sans déployer le moindre  indicateur  sur le terrain, le Big Brother à venir  saura avec qui Paul Bérenger a déjeuné, dans quelle voiture ce dernier est arrivé sur les lieux. Et si besoin est,  tous les détails sur le véhicule, comme on s’était renseigné sur la fameuse Mercedes de Thierry Lagesse.  Si l’invité du leader du MMM est tout nouveau, dans les minutes qui suivent,  Big Brother sera en mesure de tout savoir sur lui.

Un grand fonctionnaire veut-il se porter candidat sous la bannière travailliste aux prochaines élections ? Une rencontre en toute confidentialité est organisée entre l’aspirant candidat et Navin Ramgoolam quelque part dans le pays. Pour déjouer la filature, le leader travailliste décide de ne pas se déplacer à bord d’une voiture déjà répertoriée par les services de renseignement. Pour Big Brother, rien de plus simple pour connaître  ceux que Navin Ramgoolam a rencontrés, y compris le fonctionnaire. En effet, les données sur toutes les voitures qui partent de la résidence du leader rouge à River Walk sont soumises à un serveur central qui place sous surveillance spéciale par le biais de pas moins de 4000 caméras installées à 2000 endroits différents dans le pays pour connaître le mouvement de ces véhicules. A partir de ces données et en analysant le mouvement de tous les autres véhicules s’étant retrouvés au même endroit que ceux partis de River Walk, Big Brother saura vite qui sont ceux que le dirigeant travailliste a rencontrés. 

Si le niveau de compétence des services de renseignement mauriciens reste problématique, en déployant ses 4000 caméras de surveillance, Big Brother deviendra grand réellement. C’est ça le concept du Safe City du gouvernement avare de renseigner la population sur ce projet d’une opacité suspecte.  

Le processus pour la mise en place de ce système d’espionnage (ou de sécurité publique, selon le gouvernement) a été déjà déclenché. En sus de se procurer un efficace outil de surveillance sur les citoyens mais surtout sur les adversaires politiques, les maîtres du pays n’ont aucunement négligé le coté business et affairisme de cette transaction qui finalement va générer un mouvement d’argent de quelque 19 milliards de roupies, soit presque  autant en envergure  que le projet tramway appelé à tort Métro Express. Le business plan s’inspire d’une recette sortie tout droit de la cuisine. Tout d’abord, la police octroie un contrat d’installation et de mise en service d’un système de surveillance à Mauritius Telecom, une compagnie privée. Pourquoi MT et non pas un autre operateur ? Au Parlement, le gouvernement défend systématiquement la nature privée de MT. C’est pour cette raison qu’on ne répond pas aux questions parlementaires sur MT. Après avoir obtenu le contrat de la police, MT se met en business et part contracter un emprunt de 13 millions de dollars soit Rs 416 millions auprès de l’EXIM Bank of China. Incroyable mais vrai, le gouvernement se porte garant de ce prêt accordé à la compagnie privée qu’est MT. Pourtant, la même MT, sous la direction de Megh Pillay, avait en 2000 avait bénéficié d’un emprunt de 28 millions de dollars US (plus de Rs 900 millions) de la HSBC sans que le gouvernement mauricien ne s’en porte garant. En 2018,  soit la MT n’est plus crédible auprès des institutions bancaires comme en 2000 ou il y a quelque part anguilles sous roche. Manigance-t-on pour que le gouvernement lui-même (donc les contribuables) rembourse cette dette d’une compagnie privée dirigée dans les faits par la cuisine ? Garanti par le gouvernement,  ce prêt après d’une institution chinoise permettra d’acheter des équipements …chinois. Pourquoi ce regard sur l’Est ? Bien qu’ayant accompli  d’énormes  progrès en matière de technologie, les entrepreneurs chinois ont conservé leurs méthodes traditionnelles et particulières de faire du business et cela réjouit les pays du Tiers Monde qui sont réfractaires aux  strictes normes de bonne gouvernance et de transparence pratiquées dans les pays occidentaux, chez les Anglo-Saxons en particulier.

Ce n’est pas pour réaliser une cause sociale que la MT s’est endettée auprès des Chinois. C’est pour réaliser un bon business. En effet, le gouvernement va verser chaque année une somme de Rs 650 millions à Rs 820 millions aux caisses de MT pour l’utilisation du système d’espionnage à travers 4000 caméras. 

Puisque la police a choisi de confier la tâche de mise en place du système de  surveillance à MT,  il serait peu probable que des agents de l’ordre public vont subitement se transformer en ingénieurs pour gérer les données recueillies. Un épais mystère entoure ce projet de Safe City. Normalement dans tous les pays avancés, ce sont les autorités qui gèrent des données captées par des caméras de surveillance. Même aux Etats-Unis où la gestion des prisons est souvent confiée au privé, les renseignements sur le mouvement des citoyens relèvent des services de sécurité et non pas d’une compagnie privée.

Le projet Safe City pourrait faire de Maurice le seul pays où une compagnie privée, dirigée par un proche du pouvoir, se retrouve comme Big Brother, sans avoir à rendre compte de ses activités tout en ramassant à la pelle des fonds publics. Il ne manquerait plus à MT que de déployer des drones miniaturisés  dans les restaurants fréquentés par Paul Bérenger pour savoir ce qu’il a consommé lors de sa dernière sortie. 
 

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