Arrêtons le massacre

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À hier, le nombre de morts sur nos routes avait atteint le seuil de 86.

Une personne tuée tous les deux jours, sur nos routes. Au 9 juin, 160e jour de l’année, le nombre de décès dus à un accident de la route s’élevait à 86. À ce rythme, le triste «record» de 157 morts, établi en 2017, sera vite battu. En 2015, c’était 139 victimes et en 2016, 144. On le voit, les statistiques ne cessent de grimper. Sans compter la longue liste de blessés et de familles, parents et amis traumatisés à vie par la disparition brutale d’un être cher. L’accident survenu à Bell-Village récemment, où une petite fille de 7 ans a trouvé la mort, a marqué les esprits. On ne souhaite la mort de personne, dans de telles circonstances. Encore moins celle d’une enfant. Alors, que faire pour arrêter le massacre ?

Il n’y a pas de solution magique. Ni de remède miracle, qui va pouvoir, du jour au lendemain, changer la donne. Il y a certes des mesures, souvent juridiques, qui peuvent mettre un frein aux dérapages incontrôlés de nos chauffards, de nos jeunes fous du guidon et autres piétons imprudents. Il y a certes la possibilité d’améliorer le réseau routier, de le rendre plus sécurisé, plus moderne et plus confortable pour les usagers. Il y a toujours l’impact de l’éducation formelle, avec une vulgarisation de la sécurité routière dès l’entrée de nos enfants au primaire, ce jusqu’à la fin de leurs études secondaires. Il y a aussi, et surtout, l’éducation non-formelle, le travail de conscientisation à être fait au niveau de la famille, à la maison, entre parents et enfants, pour que tout le monde puisse adopter les bons réflexes sur la route. Il y a tout ça et tant d’autres moyens encore, qui aideraient à réduire l’hécatombe.

Permis à points

Mais, pourtant, les morts s’accumulent. Malgré tout l’arsenal de moyens préventifs dont nous disposons. Pourquoi ? Certains, beaucoup même depuis quelque temps, hurlent que la faute est en grande partie due au retrait du permis à points, survenu après la victoire de l’alliance Lepep aux élections de décembre 2014. Il y avait effectivement une promesse électorale de notre gouvernement actuel de retirer ce système des épaules de nos conducteurs. Qu’on le veuille ou non, cette promesse a dû peser dans la balance, le jour des élections. Est-ce à dire que nous avons des automobilistes et autres motocyclistes qui se sentaient menacés par ce système ? Et qui, égoïstement, parce que «mwa ki mari lor larout», ont choisi la voie de la facilité au lieu de celle de la raison ?

Le permis à point, introduit le 10 mai 2013, de même que l’introduction des radars automatiques, avait grandement aidé à faire baisser le nombre d’accidents et d’infractions au code de la route. Selon les statistiques de la police, entre mai 2012 et début mai 2013, 166 personnes avaient été tuées dans 148 accidents. Pour la même période, entre 2013 (juste après la mise en application du permis à points) et 2014, il y eut 122 morts dans 112 accidents. Soit une baisse d’environ 25 % du nombre de tués et du nombre d’accidents meurtriers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

L’abolition du système, décidée par le gouvernement en avril 2015, soit moins de deux ans après son entrée en vigueur, n’a pu nous permettre de juger, sur une plus longue durée, ses effets sur le comportement routier du Mauricien lambda. Mais ce qui était certain, c’est que presque tous les automobilistes prenaient la route avec beaucoup plus de prudence, surtout par crainte d’être pénalisé pour toute infraction commise. On conduisait, et on se conduisait, plus consciencieusement. De là à réclamer la réintroduction du permis à points, c’est un pas que beaucoup de Mauriciens ont déjà franchi. Car le système qui est venu le remplacer n’a aucunement fait baisser le nombre de morts et de blessés sur nos routes.

Le massacre, au-delà des statistiques, ne doit pas nous faire oublier une chose importante : la mort d’une personne apporte avec elle son corollaire de douleur et d’afflictions. Les vivants (les survivants ?) portent avec eux, chaque jour qui passe, la blessure inguérissable de la perte de leurs proches. C’est dans ces moments-là que nous voyons l’importance du vivre ensemble mauricien. Les moments de peine, comme les moments de joie, rassemblent les Mauriciens.

Solidarité

Et c’est un plaisir, malgré tout, de voir la solidarité fraternelle se mettre en branle dès l’annonce d’une terrible nouvelle. Les voisins, parents, proches, amis et même inconnus, peu importe leur confession religieuse, peu importe leur appartenance ethnique ou communautariste, peu importe leur croyance ou autres idéologies, font cause commune pour apporter aide et soutien à la famille endeuillée. Y’a qu’à voir le nombre de personnes, souvent étrangers à la famille, qui viennent témoigner de leur sympathie à ceux qui souffrent, pour nous dire que le vivre ensemble mauricien est bel et bien vivant.

C’est pourquoi nous ne devons pas laisser des pyromanes allumer un feu de haine et de méfiance qui consumerait notre fragile tissu social. Maurice, au-delà de l’image idyllique de pays multiculturel, est avant tout une terre paisible, où croyants et non-croyants, où tous ceux qui ont une orientation sexuelle qui leur est propre et personnelle, où tous ceux qui ont une opinion politique, par exemple, ont la liberté de les pratiquer et de les exprimer. Dans le cadre de notre Constitution de pays démocratique.

Tout comme le sang que nous donnons, pour sauver des vies, ne peut être ethnicisé, le Mauricien sait qu’il doit vivre en harmonie avec ses voisins. Dans le respect de la liberté d’autrui. Parce que la première personne vers qui nous courrons, pour solliciter une aide urgente, est souvent notre voisin. Et là, personne ne regarde à deux fois la communauté, la caste, la couleur, la religion, le parti politique, l’orientation sexuelle, etc., de ce voisin.

Alors, arrêtons le massacre. Dans tous les sens du terme. Adoptons les bons réflexes sur la route, au sein de notre famille, avec nos voisins, dans notre vie de tous les jours. Érigeons-nous en gardiens de notre paix et de notre harmonie sociale. Nous avons tant de causes justes à défendre, tant de combats à mener, tant d’accidents de la route à prévenir. Pour y arriver, nous avons besoin de la grande solidarité mauricienne. Celle qui vit dans le coeur de la plupart de nos compatriotes. Sans distinctions de race, de couleur, de religion… ou d’orientation sexuelle.

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