Kokin & co. Ltd

Avec le soutien de

Imaginez une vache laitière. Bon an mal an, elle donne du bon lait. Mais, l’âge venant, ses pis finissent par se tarir. Plus de lait. Résultat : la vache est tuée et ses restes vendus. Faut bien boire jusqu’à la dernière goutte de sang. Imaginez maintenant que cette pauvre vache, c’est l’État. Vous voyez où je veux en venir ? Ces temps-ci, une odeur persistante flotte dans l’air que nous respirons : celle d’une dégénérescence de plus en plus prononcée du climat de confiance dont jouit le pays. Il ne faut pas avoir fait Harvard, Oxford ou la Sorbonne pour se rendre compte qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du dodo. Cela est dû, en grande partie, à une industrie «kokin» florissante. Les médias en font état chaque jour qui passe. Les millions de roupies qui s’envolent, parfois de manière tout à fait légale, contribuent à plomber le moral des Mauriciens.

Est-ce une surprise si Maurice a perdu quatre places dans l’indice de perception de la corruption de «Transparency International», pour 2017 ? Nous sommes à la 54e place mondiale, sur 180 pays, avec un score de 50 sur 100, où le score de zéro veut dire qu’un pays est perçu comme très corrompu et 100 comme très propre. Nous avions 54 points en 2016. Nous sommes donc sur une pente glissante. Il est bon de savoir qu’en 2015 nous étions au 45e rang mondial pour chuter ensuite au 50e rang en 2016. Nous avons perdu neuf places de 2015 à 2017. Sans nous mettre à la place du devin, 2018 risque de confirmer le plongeon déjà amorcé.

Pour ceux qui aiment nous comparer avec Singapour, mieux vaut la mettre en sourdine. Car nous n’arrivons pas à la cheville de Singapour en matière de chasse à la corruption. Ce pays est au 6e rang mondial, avec un score de 84 sur 100. Une très bonne performance quand on sait que le pays le moins corrompu au monde est la Nouvelle Zélande, avec 89 points. Sans jouer aux prophètes de malheur, si la tendance se maintient, nous allons descendre sous la barre psychologique des 50 points, pour 2018. N’est-il pas temps d’arrêter les frais ?

Des sangsues nous pompent le sang et nous pompent nos sous. Ces vampires se trouvent à tous les échelons des affaires. Le secteur public a tendance à recevoir les coups de bâton de ceux qui font la chasse à la corruption. Chaque année, le rapport de l’Audit épingle les champions du gaspillage de fonds publics. Sans que rien ne soit fait pour rectifier le tir. Le privé n’est pas exempté de tout reproche, non plus. Sauf que les petits secrets inavouables sont, évidemment, mieux cachés. L’exemple du fameux abribus, à Albion, qui a coûté Rs 798 935, laisse perplexe. On veut bien y croire, mais allez expliquer cela à tous ces gens qui peinent à construire un deux-pièces...

Est-il nécessaire de rappeler qu’il n’y a pas que la seule perception de corruption qui est prise en considération dans l’établissement de la liste de «Transparency International» ? Il y a aussi l’absence de législations dans des secteurs spécifiques. Par exemple, nous n’avons toujours pas notre «Freedom of Information Act», une promesse, non-tenue jusqu’à l’heure, faite par la défunte alliance Lepep le 21 novembre 2014. Trois ans et demi de cela. Comme nous n’avons toujours pas de loi sur le financement des partis politiques ou sur la réforme électorale. Tout cela, mis bout à bout, peut laisser croire que nos gouvernants ne veulent pas se montrer transparent.

Pendant ce temps, le petit peuple mange son pain noir. En attendant de voir le prix du pain maison augmenter. Il faut peut-être songer à le débaptiser et à l’appeler pain bungalow ou pain villa, au cas où acheter du pain deviendrait un luxe que certains ne pourraient plus se permettre. Pendant ce temps, l’industrie du Kokin & Co. Ltd tourne à plein régime. Les pauvres s’appauvrissent et la classe moyenne s’asphyxie de plus en plus. Pendant ce temps, comme dans la Rome antique, nos gouvernants profitent des jeux (la Coupe du Monde de foot), moins le pain, pour endormir le peuple et faire passer une pilule amère (le Budget), en essayant de ne pas faire de vagues…

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires