Coup de pompe... à la pompe

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Quatrième augmentation du prix de l’essence, et du diesel, depuis la prise de fonction de Pravind Jugnauth, comme Premier ministre, en janvier 2017. En effet, dès le mois suivant sa nomination, l’essence sortait de Rs 38,85 le litre pour atteindre Rs 42,70. En août 2017, il arrive à Rs 44,90. Le 21 décembre dernier, il grimpe à Rs 47,30. Et le 15 mai, la barre psychologique des Rs 50 est franchie, pour se porter à Rs 52. Mine de rien, le Mauricien paie plus cher son essence Rs 13,15 depuis 15 mois. Le diesel, qui se vendait à Rs 29,50 le litre avant l’augmentation de février 2017, est arrivé, lui, à Rs 41,90. Rs 12,40 plus cher en 15 mois. Les dérivés de l’or noir ont le blues chez nous et c’est le consommateur, le proverbial dindon, qui se retrouve farci à chaque fois. Doit-on rappeler que l’alliance Lepep avait promis de baisser le prix de l’essence par Rs 10, avant les élections de 2014 ?

Aucun gouvernement démocratiquement élu au monde ne veut que sa population souffre de la majoration de commodités dites essentielles. On ose croire que le gouvernement MSM-ML ne souhaite aucunement une énième augmentation du prix des produits pétroliers. Évidemment, ni Pravind Jugnauth ni la STC n’ont de contrôle sur le prix de vente du pétrole sur le marché mondial. Encore que, si on se fie aux chiffres de la STC, le prix CIF du litre d’essence, à son arrivée au port, est de Rs 19,48. Ce sont l’Excise Duty de Rs 14,80, les différentes contributions, taxes, marges de profit des distributeurs et revendeurs, de même que la TVA qui amènent le prix à Rs 52. C’est à cette étape qu’un «caring government» aurait pu intervenir afin d’amortir le coup de massue porté à la tête du consommateur. En ramenant l’Excise Duty à la baisse, par exemple. De ce fait, le coup de pompe guette le Mauricien, son dos n’étant plus aussi large qu’avant.

Et maintenant, on fait quoi ? Le peuple gronde. Ce n’est pas encore une révolution mais la révolte n’est pas loin. Des mouvements de mécontentement citoyen font entendre leur voix. Certains ont même parlé de bloquer les routes d’accès à la capitale, en signe de protestation contre les augmentations. Une pression citoyenne, en vue de faire le gouvernement revenir à de meilleurs sentiments. Ces personnes ont dû, néanmoins, aller s’expliquer devant la police. Cela va-t-il refroidir leurs ardeurs et celles d’autres contestataires ? Les Mauriciens, en général, ne descendent plus dans la rue depuis des années. Les rares citoyens qui le font, de temps à autre, sont trop marginalisés pour que la mouvance de protestation se mue en contestation de masse. Et c’est sur cela que nos dirigeants politiques comptent pour nous imposer le tramway et autres mesures impopulaires, en veux-tu, en voilà ! Le Mauricien râle un peu mais fini par rentrer dans les rangs...

Et si cette augmentation tarifaire avait des buts sinistres et inavoués ? Nous avons compris qu’il y aurait, fort probablement, une autre majoration du prix de l’essence dans quelques mois. Nous savons aussi que le gouvernement fait tout pour que la phase 1 du tramway soit sur les rails avant fin 2019. Nous avons compris que ce gouvernement veut tabler sur le développement des infrastructures publiques, comme carottes aux électeurs, pouvant lui permettre de remporter les prochaines élections générales. Donc, si cette augmentation était un moyen de pression sur le citoyen voyageur, visant à lui faire laisser sa voiture au garage et, ainsi, prendre le tram ? Ce qu’on sait de faits concrets, l’augmentation du prix des carburants grève le budget transport du citoyen moyen d’au moins Rs 600 à Rs 900 par mois. Un trou budgétaire non-refermé car les allocations transports, pour ceux qui en bénéficient, n’augmentent pas, eux.

Résultat des courses : notre société s’appauvrit. Le pouvoir d’achat du Mauricien moyen, lequel tirait déjà le diable par la queue, va encore fondre comme glaçon en plein soleil de Port-Louis. Ceux qui ont obtenu l’augmentation pécuniaire due au salaire minimum, vont le voir partir fissa dans le dalot. Car, il y a fort à parier qu’une cascade d’augmentations de prix nous guette. C’est ce qu’on appelle l’effet boule de neige. On commence déjà à entendre les boulangers parler d’une majoration du prix de notre pain quotidien. Les taxis, qu’ils soient marrons ou pas, feront certainement passer le goût du pain, c’est le cas de le dire, à leurs clients. Les compagnies d’autobus et le secteur du transport vont aussi ajouter leurs voix au concert. De même que d’autres secteurs de notre économie qui vont eux aussi hurler qu’ils n’arrivent plus à sortir la tête hors de l’eau. Bref, ce sera une catastrophe.

Alors, ce coup de pompe à la pompe, peut-il être atténué ? C’est au gouvernement de nous sortir de ce bourbier. C’est aussi pour cela qu’une majorité d’électeurs leur avaient donné les rênes du pays. Pour qu’ils agissent en dirigeants politiques intelligents et responsables. Car, gouverner, c’est prévoir. Si rien n’a été prévu pour apporter des solutions à nos problèmes, le mieux est de laisser la direction des affaires à d’autres personnes. Sinon, Maurice Inc. risque de couler si nos dirigeants ne savent comment diriger le navire vers des eaux plus calmes. Quand, dans la même semaine, on voit notre essence arriver à Rs 52 le litre, et d’autres, par exemple, toucher le jackpot avec des millions sortis de nos poches de contribuables, on n’a plus tout à fait envie de «lever pavillon». Pompera bien qui pompera le dernier...

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