Dayal aura le dernier mot

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Si Raj Dayal n’était que simple planteur de choux-fleurs à Carreau Laliane et consacrait son temps à assurer l’épanouissement de son temple de Grand-Bassin, aurait-il touché un dédommagement de Rs 15 millions ? Cela, pour avoir été suspendu dans le passé comme commissaire de police et pour avoir subi un refus d’accès à ses effets personnels lors de son limogeage. Non, Raj Dayal dispose d’armes redoutables en tant que backbencher de la majorité gouvernementale. Ce qu’un Premier ministre et les ministres n’apprécient guère, c’est un backbencher en colère. Ce qu’un Premier ministre peu sûr de lui-même craint le plus, c’est une menace de démission d’un backbencher représentant une circonscription rurale.

Dans le sillage de la succession de scandales qui ébranlent l’alliance gouvernementale et suivant la victoire du Parti travailliste à l’élection partielle de Belle-Rose–Quatre -Bornes, de même que la démonstration de force à laquelle se livrent les Rouges depuis quelques semaines, la menace d’une démission de Raj Dayal aurait certainement créé un mouvement de panique à la direction du Mouvement socialiste militant (MSM). En effet, après avoir évité l’engagement dans l’élection partielle du no 18, le MSM n’aurait eu aucune raison valable pour laisser les travaillistes remporter un siège à Flacq-Bon-Accueil par walk-over. Surtout que le candidat travailliste n’aurait été autre que Navin Ramgoolam lui-même. Ce même Ramgoolam qui a été très actif dans l’Est depuis plusieurs mois déjà.

C’est à une vitesse suspecte que la direction du MSM a débarqué Raj Dayal aussitôt l’affaire «bal kouler» portée sur la place publique. Dans d’autres cas, le MSM ne s’est nullement empressé de se séparer de ses mignons. Vishnu Lutchmeenaraidoo n’a connu qu’une mutation d’un ministère à un autre. Showkutally Soodhun n’a été remercié qu’après la visite que firent au Premier ministre, l’un après l’autre, le cardinal Maurice Piat et le Mgr Ian Ernest.

En faisant abstraction de l’aspect folie des grandeurs de la personnalité de Raj Dayal, les internautes dans leur majorité reconnaissent qu’il fut un excellent ministre de l’Environnement et que son successeur cherche toujours ses marques. Toujours en éliminant ses excès, dont son autopromotion au titre de lieutenant colonel, Raj Dayal fut aussi un efficace commandant de la Special Mobile Force (SMF). C’est sous sa direction que les soldats mauriciens ont appris à «nettoyer» le pays dans les heures qui suivent la fin des intempéries. Dans le passé, il fallait faire appel à des soldats indiens et français. Comme commissaire de police, ses débordements ont dépassé ses initiatives d’homme d’action et sir Anerood Jugnauth comme Navin Ramgoolam ont tour à tour estimé que l’homme était devenu incontrôlable.

L’élimination de Raj Dayal comme ministre performant a fait le jeu de Pravind Jugnauth, dont les partisans voyaient l’ancien commissaire comme une menace. Comme homme d’action, comme acteur de première classe sur la scène «socioculturelle», comme remplaçant sur le plan castéiste-vaish pour vaish, sous-caste d’ahir pour ahir, Raj Dayal était vu comme la menace la plus sérieuse au leadership de Pravind Jugnauth, surtout si ce dernier était compromis par un verdict défavorable dans l’affaire MedPoint. Le paiement de Rs 15 millions vient prouver maintenant que le clan Jugnauth et Ivan Collendavelloo aussi ne pouvaient se contenter de traiter Raj Dayal comme un write-off, un «n’importe».

Puisque le dédommagement de Rs 15 millions est venu dans un contexte où les propriétaires de véhicules auront à payer l’essence et le diesel plus cher, ce qu’on pourrait appeler la dernière affaire Dayal provoque déjà des réactions d’outrage. Ce chiffre de Rs 15 millions a été déjà installé dans l’argumentaire qui serait utilisé lors de la prochaine campagne électorale.

Raj Dayal lui-même n’a pas dit son dernier mot. Ce serait mal connaître l’homme que de croire qu’après avoir empoché les Rs 15 millions, il se ferait tout petit dans ses plantations et au temple de Grand-Bassin. Au fait, il utilisera ce dédommagement comme argument prouvant qu’on avait eu tort de le traiter de corrompu dans le passé. À moins que l’affaire bal kouler ne se termine en catastrophe pour lui, on entendra parler de Raj Dayal aux prochaines élections. En tant que backbencher, Raj Dayal prendrait surement un malin plaisir à «faire danser la toupie» au Premier ministre Jugnauth et au vice-Premier ministre Ivan Collendavelloo, forçant ce dernier à avaler «karé karé» bien des couleuvres et son orgueil avec.

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