Amour et inclusion

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Harry est un petit garçon de six ans. Comme tous les enfants, Harry aime jouer et faire des bêtises. Sauf qu’Harry n’est pas un enfant comme les autres. Harry est spécial. Sa mère le voit comme un don du ciel. Sa soeur aînée l’adore plus que tout au monde. Son père l’a abandonné. Les a abandonnés. Car il ne pouvait pas accepter ce fils «spécial». Harry est trisomique. Ce que d’autres voient comme un handicap, une tare, Harry se charge, jour après jour, de leur prouver le contraire. De prouver au monde qu’on peut être différent malgré des limites et des retards à l’apprentissage. Retards, et non pas handicaps. Car le handicap réside souvent dans la tête des «valides».

La trisomie 21 n’est pas un handicap si les personnes qui ne sont pas trisomiques adoptent une attitude inclusive envers ceux qui portent ce chromosome de trop. Ce 47e chromosome au lieu des 46 que possède la majorité de la population. Les gens «valides» (le sont-ils vraiment?) grandissent souvent avec la peur de l’autre. Déjà que beaucoup se méfient de l’autre si ce dernier a le malheur d’être étranger, de posséder une pigmentation de peau différente ou de pratiquer une autre religion que la leur. Maintenant, mettez-les en présence d’une personne «invalide» ou «handicapée» et vous voyez souvent, chez eux, des réactions égoïstes, dues à la peur de l’inconnu.

On peut mesurer le degré de civilisation d’une société à la manière dont elle s’occupe de ses enfants. Surtout de leur éducation. Dans beaucoup de sociétés, mêmes celles qui se développent rapidement, comme Maurice, les enfants en situation de handicap ne bénéficient pas des mêmes avantages que les enfants «valides». Une société civilisée se doit d’être inclusive. Elle doit veiller qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte. Cela, que cet enfant soit issu d’un milieu défavorisé, de familles brisées, de pays en situation de guerre ou de catastrophes naturelles, de parents toxicomanes ou marqués par d’autres fléaux sociaux. Ou, que cet enfant souffre d’une maladie ou d’un handicap psychomoteur ou physique, qui lui cause des inconvénients à fonctionner dans une société faite, hélas, en très grande partie, pour des gens «valides».

Le but de l’inclusion est justement de connecter les personnes. De faire de sorte que tous les acteurs de la société participent de manière active et satisfaisante aux tâches qui sont définies par les normes et les conventions. Une société inclusive doit s’assurer de l’élimination de tous types d’obstacles, qu’ils soient de nature financière, technologique ou architecturale ; qui empêchent les moins bien lotis de s’intégrer. L’accès à un service de transport public pour tous, à une équité de traitement sur le marché du travail, au droit de ne plus subir le regard discriminatoire et condescendant de certains, à des droits égaux en société, à une éducation inclusive dans les meilleures des possibilités, bref, à des services publics et privés, n’est pas donné, de manière généralisée, aux autrement capables, par exemple.

Les enfants que la société qualifie de handicapés, ou de «retardés», n’ont pas choisi de naître différents. Ce sont des innocents qui méritent de vivre tout autant que vous. Ils ont le droit de grandir dans un environnement sain et sécurisé. D’être entourés de l’amour parental et sociétal. Ce sont des fleurs multicolores, qui attendent la main bienveillante d’un jardinier aimant pour les protéger, du mieux possible, des risques, des obstacles et des pièges que certains mettraient sur leur route. Ce jardinier, c’est vous, c’est moi. Ces enfants souffrent déjà, pour beaucoup, dans leur chair et dans leur tête. C’est de notre devoir de ne pas venir ajouter d’autres fardeaux sur leurs frêles épaules. Ou de les exploiter et de fouler au pied leur dignité d’êtres humains.

Comment parler d’enfants en situation de retard d’apprentissage, et de limite psychologique et physique, sans mentionner ces innombrables adultes qui travaillent pour leur bien-être ? Ces enseignants, ces auxiliaires pédagogiques, ces fonctionnaires de différents ministères impliqués dans le développement de l’enfant, ces professionnels de santé, ces travailleurs sociaux, ces mamans et ces papas de substitution, ces familles d’accueil, toutes ces personnes qui, le coeur sur la main, font tout pour redonner le sourire et la joie de vivre à ces milliers d’enfants autrement capables, comment ne pas les saluer ? Le mot «merci» n’est pas assez pour leur rendre justice. Le mieux que le reste de la société puisse faire c’est de les aider. De leur donner ce coup d’épaule supplémentaire qui fera la différence. Donnons à tous les Harry de ce pays les mêmes chances que les autres enfants. Car, «no child should be left behind».

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