Mai-68 50 ans et après ?

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«Il est interdit d’interdire…». Ou «Faites l’amour, pas la guerre.» Ces célèbres slogans contestataires, comme beaucoup d’autres encore, sont entrés dans l’histoire pendant la révolte estudiantine, à Paris, en mai 1968. Le 3 mai 1968, les étudiants en rogne de l’université de Nanterre, fermée depuis la veille, migrent vers la Sorbonne. Ils y sont expulsés le même jour par la police, et le soir, les premiers affrontements ont lieu Boulevard Saint-Michel. Les barricades se dressent et les pavés pleuvent… Les étudiants reviendront occuper la Sorbonne le 14 mai. 50 ans après, que nous reste-t-il de Mai-68 ?

La révolte, que beaucoup dans le camp politique français pensaient de courte durée, allait quand même durer plus d’un mois, prenant officiellement fin le 16 juin 1968. Les jeunes Français de l’époque voulaient refaire le monde, redéfinir leur monde. Dans les amphithéâtres reconvertis en cercles de réflexion et de partage d’idées, les débats allaient bon train. Les problèmes de l’université, mais aussi ceux de la société dans son ensemble, étaient discutés, débattus, exposés. Le tout dans une ambiance fiévreuse, où l’urgence de la jeunesse rebelle se la disputait avec le ton plus modéré de ceux qui voulaient conserver un minimum de tradition.

Mai-68 devait, quand même, avoir des répercussions sur la société civile française, mais aussi sur beaucoup d’autres populations, dans les mois et les années qui suivirent l’événement. Les normes et les valeurs strictes qui régissaient la vie sociétale française, figées depuis des lustres avant la révolte estudiantine, furent mises à mal par la révolution des mœurs qui s’ensuivit. Le changement fut, déjà, d’ordre personnel, avec une libération de la sexualité ou des codes vestimentaires, entre autres. 

Mai-68 aida définitivement à libérer la femme, avec plus de droits et d’acquis. La famille ou l’école virent leurs organisations bousculées, repensées, réorientées. La contestation étudiante se mua très vite en revendications syndicales et politiques. Le tout sur un fond mondial de guerre froide et de contestation du système capitaliste. Et un rejet du Gaullisme. Mai-68 allait définitivement changer la France.

Cinquante ans après, qu’en est-il de l’esprit soixante-huitard ? Les générations qui ont suivi celle de Mai-68 ont été condamnées à reconstruire sur de la terre brûlée. La libération de l’individu a eu un prix, que ceux qui sont nés après les Trente Glorieuses (les trois décennies après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’au premier choc pétrolier de 1973) paient encore. La réalité sociopolitique internationale a connu divers bouleversements durant ces 50 dernières années. Alors, peut-on s’attendre à un Mai-68 bis de nos jours ? La réponse est un «non» sonore.

Car le monde a effectivement changé. La société de consommation est passée par-là. Les préoccupations de la jeunesse, en 2018, ne sont pas les mêmes que celles de la génération de Mai-68. L’esprit révolutionnaire semble aussi avoir pris un sérieux coup au moral, et aux fesses, car – la faute aux avancées technologiques, peut-être ? – la jeunesse a eu tendance à se replier sur elle-même, dans une attitude des plus égoïstes. Ses priorités, de nos jours, semblent plus terre à terre : études, carrière professionnelle, famille et après moi, le déluge ! La jeunesse actuelle s’endort sur les acquis des générations précédentes, bien emmitouflée dans sa zone de confort, dans sa bulle personnelle. 

Et Maurice dans tout ça ? Nous avons eu notre révolution estudiantine à nous, en Mai-75. Dans l’esprit de Mai-68. Mais, après, la jeunesse mauricienne, dans son ensemble, s’est endormie. Où se trouvent les cercles de réflexion de nos jours ? Pas en milieu universitaire, hélas. S’il y en a, ils sont marginalisés. Les collectifs citoyens crient souvent dans le vide. Les milliers de «likes» sur les réseaux sociaux se réduisent comme peau de chagrin quand il faut descendre sur le terrain et mener le véritable combat. La jeunesse d’aujourd’hui se sent mieux derrière l’écran anonyme de son smartphone. C’est un constat, pas un jugement. 

Pourtant, ce ne sont pas les sujets de discussion qui manquent dans la société mauricienne : chômage, système éducatif appelé à évoluer, drogue, délinquance juvénile, plus grand accès à l’enseignement supérieur, meilleur système de santé publique, une corruption insidieuse à tous les niveaux, le favoritisme clanique, le dépoussiérage de notre système politique et tant d’autres. Cela fait longtemps qu’on n’a pas entendu nos jeunes s’exprimer sur ces préoccupations. Ou sur d’autres sujets qui leur tiennent à cœur. Alors, il est mort, l’esprit révolutionnaire ? Osons croire que non… 

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