Histoire de combats

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«komié siklonn pou vini…» Siven Chinien avait la parole prophétique. Le chantre du militantisme, le «solda lalit» des années de braise, ajoutait, comme consigne aux militants, «pa les nou latet al bésé…» C’était tout naturel pour le Mouvement militant mauricien (MMM) de faire sien l’hymne des chants révolutionnaires des années 70. Jusqu’à amalgamer son leader historique, Paul Bérenger, avec le «solda lalit» déclamé par Siven Chinien. 49 ans après sa création, le MMM demeure l’un des partis incontournable sur l’échiquier politique. Avec une histoire parsemée de combats, d’alliances, de victoires et de défaites. Et des militants qui font tout, surtout maintenant avec les rumeurs d’alliance avec le MSM, pour que «zot latet pa al bésé…»

Fondé en septembre 1969, le MMM fait ses premières armes sur le terrain politique dès l’année suivante, avec l’élection partielle à Pamplemousses– Triolet. Dev Virahsawmy devient le tout premier député du parti de gauche. Ce qui ne l’empêche pas, trois ans plus tard, de quitter le parti du cœur et de fonder le MMM-SP (MMM-Socialiste Progressiste), que les mauvaises langues appelleront le MMM Sans Paul.

Des frères Jeerooburkhan (qui figurent parmi les membres fondateurs du parti) à Dorine Chukowry, en passant par les Heeralall Bhugaloo, Jack Bizlall, Sheila Bapoo, Jean Claude de l’Estrac, Lindsey Collen, Anerood Jugnauth, Kader Bhayat, Prem Koonjoo, Rashid Beebeejaun, Éric Guimbeau, Ivan Collendavelloo, Alan Ganoo, et autres Kavy Ramano, la liste des militants de premier plan, comme ceux de rangs inférieurs, qui ont quitté le navire mauve est longue. Très longue. Pradeep Jeeha, actuel leader adjoint, vient, lui, de se retirer des instances dirigeantes du parti. On dit que d’autres ne vont pas tarder à lui emboîter le pas.

Des analystes politiques se sont cassé les dents depuis bientôt un demi-siècle sur les raisons qui poussent des militants à laisser le «camarade Paul» vaquer seul (ou presque) à ses occupations de leader. Sont-ils tous des traîtres (comme le disent sans hésiter ceux qui ne sont pas – encore – partis) ? Tous ces gens, qui ont donné de leur vie et de leur temps au MMM, sont-ils tous des «vander lalit», dont le départ est sommairement qualifié de «bon débarras» par les dirigeants ? Sont-ils tous, tout d’un coup, intellectuellement limités et des militants tout juste bon à rester au «salon» ?

La logique veut que cela ne soit pas vrai. Ces gens-là ont dû avoir de bonnes raisons pour partir. Les réduire à des «non-events» fait plus de tort au MMM que de bien. La plupart du temps, au lieu de faire son autocritique et de tirer les leçons de ces départs, le MMM ne fait que pratiquer la politique de l’autruche. En ne voulant pas (ne pouvant pas?) regarder la vérité en face et analyser froidement ces défections. Et y apporter solutions et mesures correctives. Demandez à Steven Obeegadoo ou, à un degré moindre, Rajesh Bhagwan. Comme le disait le philosophe Blaise Pascal, «le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point».

Les militants ne doivent pas se voiler la face : le MMM n’est pas plus fort que jamais. Prétendre le contraire, en avril 2018, relève de l’utopie. Et l’utopie n’a jamais fait gagner des élections (la partielle de décembre dernier est parlante). Tout comme l’affirmation, archirépétée, que le parti ira seul aux prochaines élections générales. Le MMM va aller au casse-pipe s’il part seul au combat. C’est indéniable. Alors, une alliance avec le (petit) frère ennemi du MSM? Ce n’est pas si simple. Cela provoquera, presque à coup sûr, une énième hémorragie chez les mauves. Mais les deux partis vont devoir mettre beaucoup d’eau dans leur vin car le MSM ne peut prétendre rééditer le coup de décembre 2014. La faute à trop de casseroles bruyamment charriées depuis trois ans.

Donc, si le MMM veut continuer d’exister politiquement, c’est avec la société civile qu’il doit passer un contrat. Pas avec le Sun Trust ou autres. Mais les caciques de la rue la Poudrière ont-ils encore la force de se réinventer ? Peuvent-ils venir avec un programme populaire, qui prend en considération les besoins réels de la population? Le MMM peut-il faire un retour aux sources du militantisme, en replaçant le peuple au centre de ses préoccupations, tout en se tournant résolument vers l’île Maurice des années 2020, et au-delà, avec de nouveaux visages et de nouvelles idées ?

Si les mauves n’y arrivent pas dans les mois qui viennent, alors ils peuvent mettre une croix définitive sur une reconquête du pouvoir. Un pouvoir qui leur échappe depuis 2005. Le parti du cœur entrera alors dans l’Histoire politique du pays comme une gloire passée, mais fanée. Un parti qui aurait fait le combat de trop.

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