Glory to thee, Motherland

Avec le soutien de

Non ! Non, Madame. On ne vous laissera pas nous voler notre cinquantenaire. Ce n’est pas tous les jours qu’un pays fête son demi-siècle d’Indépendance et ce n’est pas vous, Madame, de par tout le charivari et tout le tapage politico-médiatique autour de votre départ, ou faux départ, qui allez nous faire oublier notre Fête nationale. Que vous partiez après le 12 mars, selon le «compromis» trouvé, ou que vous restiez scotchée à votre fauteuil, la décision a déjà plusieurs jours de retard. À cause de cet état de choses, nous sommes dans une merde pas possible tant au niveau local qu’international. (Excusez mon langage, chers compatriotes, mais le mot de Cambronne est tout à fait approprié ici !) Alors, le pays avant tout.

Cinquante ans. C’est un beau chiffre dans l’Histoire de notre jeune nation. Cela permet quand même de prendre un peu de recul par rapport aux événements qui nous ont menés au 12 mars 1968. Les élections générales de 1967 avaient laissé un pays divisé et meurtri. Les bagarres «raciales» du début de 1968 ne firent rien pour calmer les choses. Les conférences constitutionnelles de Lancaster House, en septembre 1965, dégagèrent la voie vers l’Indépendance, malgré des voix contraires venant des opposants. Nous avons malheureusement perdu les Chagos dans l’affaire et cela fait toujours mal, cinq décennies après. Mais le 12 mars 1968, à midi, le coeur d’un nouvel État indépendant se mit à battre. Maurice était né.

Ouvrons ici une parenthèse pour parler de deux patriotes sans qui notre hymne national, le «Motherland», ne serait pas ce qu’il est : on parle bien évidemment de Philippe Gentil et de Jean-Georges Prosper. Le premier, 90 ans, est le compositeur de la partition musicale et le second, 84 ans, est le poète et écrivain qui a écrit les paroles de notre bel hymne. Et ces deux-là sont les oubliés de l’Indépendance. Oubliés. Ne serait-il pas temps, messieurs et mesdames du gouvernement et du privé, de rendre un hommage digne de ce nom à ces deux grands Mauriciens ? De veiller à leur bien-être physique et financier, par exemple, au crépuscule d’une vie dévouée à la cause patriotique ? Le message est passé…

Revenons à notre patrie. Les premières années furent difficiles pour le bambin que nous étions. Pas évident de se faire une place au soleil parmi le concert des nations. Nous étions très fragiles. Notre économie ne tenait littéralement qu’à un fil : la canne à sucre. Ce fil s’est effiloché plusieurs fois, cyclones et fin des privilèges obligent. Ce qui poussa nos décideurs du public, comme du privé, à trouver d’autres sources de revenus, d’autres piliers pour porter notre économie.

Le «boom» socio-économique des années 80 et 90 nous a grandement aidés à nous fortifier et à nous faire tenir debout, droit dans nos bottes. Les deux dernières décennies ont vu d’autres secteurs porteurs émerger, ce qui fait que, de nos jours, le fringant quinqua qu’est Maurice est cité en exemple sur le continent africain, mais aussi dans le monde. Et l’avenir s’annonce plein de promesses.

Avenir prometteur

Cependant, cinquante ans après, sommes-nous devenus une vraie nation ? Le Mauricien ou la Mauricienne existe-il (-elle) vraiment ? Cette question, qui peut sembler a priori bête, ne l’est pas. Parce que nos décideurs politiques sont toujours à l’étape de «nation-building» et ne jurent que par «il faut construire la nation mauricienne». Ont-ils raison ou tort ? La réponse n’est pas claire.

Nous avons certes des Mauriciens et des Mauriciennes. Mais nous avons aussi des têtes brûlées qui semblent avoir honte de se revendiquer en tant que telles. On préfère se concentrer sur ces milliers de compatriotes qui se sentent Mauriciens, qui se revendiquent Mauriciens. La nation existe. Il nous faut cependant nous débarrasser des parasites qui nous gangrènent et qui nous empêchent de vraiment nous aimer les uns les autres. «As one people, as one nation…»

L’île Maurice de demain se construit maintenant. Nous avons des tares, des héritages du pouvoir colonial qui ont toujours la peau dure. Débarrassons-nous-en. Tout le monde les connaît : communautarisme, castéisme, préjugés ethniques, compartimentages sociaux, «Best Loser System», déclaration ethnique, fonction publique presque figée dans le temps, etc.

Mais nous avons aussi beaucoup d’espoirs : une jeunesse tournée vers l’avenir, un métissage et un brassage des cultures plus évident, une ouverture plus prononcée vers le monde socio-économique et des lois plus équitables, entre autres. Nous avons aussi besoin d’une refonte de la Constitution du pays, pour la dépoussiérer.

Alors, gloire à toi, Mère Patrie que nous aimons. Que la paix, la justice et la liberté continuent à régner sur tes terres. Et que tes enfants prennent vraiment la peine de comprendre les paroles de ton hymne et de le chanter avec force, vigueur, conviction et amour. «Enn sel lepep, enn sel nasion…»

Publicité
Publicité

Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires