Lettre aux lauréats

Avec le soutien de

Chers amis lauréats, permettez-moi tout d’abord de vous féliciter. Votre réussite est tout à votre honneur. C’est, on n’en doute pas, le fruit de dures années de labeur, de sacrifice et de discipline. Tout le mérite vous revient, ainsi qu’à vos parents et à tous ces profs qui vous ont guidés du préscolaire au secondaire, en passant par le primaire. Toutes mes félicitations à ce beau monde ! Mais, une fois l’euphorie du moment passé, essayons, amis lauréats, de réfléchir sur quelques points pertinents liés à l’éducation.

13 ans de cela, en janvier 2005, vous étiez quelque 25 000 écoliers à faire votre entrée en Standard 1. Fin 2017, vous étiez 9 490 collégiens à avoir pris l’examen du HSC. En 13 années de primaire et de secondaire, où sont passés les quelque 15 500 autres ? Prenez deux minutes pour y réfléchir. 

Maintenant, avant d’aller plus loin, et sans remettre votre exploit en doute chers lauréats, posez-vous cette question : l’éducation peut-elle être comparée à une course éliminatoire, réunissant 25 000 participants et qui n’aura que 69 gagnants (2 SSR Scholarships, 16 bourses d’État, 1 bourse de la MCB, 26 bourses additionnelles et 24 bourses selon des critères sociaux) au final ? 

Peut-on légitimement continuer à glorifier un système qui broie 25 000 enfants et qui leur font croire que le Graal c’est cette bourse de l’État ? Peut-on continuer à regarder la paille qui est dans l’œil du voisin tout en ne nous apercevons pas de la poutre qui est fichée dans le nôtre ? Peut-on continuer à admirer quelques dizaines de lauréats tout en balayant les milliers de collégiens qui ont quand même réussi à l’avoir, ce fameux HSC, sous un coin de la moquette ? 

Peut-on continuer à feindre d’ignorer l’existence de ces milliers d’autres qui n’ont pu l’avoir, ce diplôme ? Peut-on continuer à vous aduler, vous les «champions», à vous fournir l’argent du contribuable, à vous aider à devenir des «cerveaux», pour qu’au final, la plupart d’entre vous restent à l’étranger ? Posez-vous ces questions, et tant d’autres encore, chers amis lauréats. 

Alors, ces 15 500 combattants «missing in action», où sont-ils passés ? Déjà, fin 2010, quelque 6 000 avaient échoué au CPE sur les 23 100 candidats (notez déjà que prés de 2 000 enfants ont «disparu» entre la Std 1 et le CPE). Début 2011, quelque 17 000 de vos amis firent leur entrée en Form 1. Fin 2015, vous n’étiez plus que 15 600 élèves à passer l’examen du SC. De ce nombre, 4 300 échouèrent. 

Et entre la Lower 6 en 2016 et l’Upper 6 en 2017, nous avons perdu 1 800 autres collégiens, pour qu’au final, 9 490 candidats des écoles ne prennent le HSC fin 2017. Et vous n’êtes que 7 058 collégiens à l’avoir reussi. Et vous, amis lauréats, vous êtes les premiers parmi ces quelque 7 000 «finalistes»… 

Au-delà des chiffres, au-delà du fait que des 25 000 enfants entrés en Standard 1 en 2005 seulement 7 000 ont pu avoir leur HSC en poche en 2017, peut-on se dire que nous avons un «bon» système éducatif ? Peut-on se dire que «c’est la vie, on n’y peut rien» ? Est-ce que la finalité de l’éducation est seulement d’ordre académique ? 

Si 18 000 enfants, sur 25 000, sont laissés au bord du chemin, doit-on – sous prétexte qu’on ne doit pas toucher à l’élite – continuer à taper sur ceux, qui comme moi, appellent à une véritable réforme de l’éducation ? Doit-on continuer à vilipender ces pédagogues, ces parents, ces politiciens, ces jeunes qui veulent d’une éducation qui puisse permettre à nos rejetons de mieux réussir leur vie ? 

Les exemples de réussite éducative ne manquent pas dans le monde. Ne pouvons-nous pas aller voir et comprendre ce qui se fait de mieux ailleurs et réadapter cela dans notre contexte local ? Ne peut-on pas, aussi, prendre en considération les avis de tous ces pédagogues mauriciens qui travaillent avec nos enfants quotidiennement et qui sont à même de mieux conseiller nos gouvernants ? Les pistes de recherche existent. Le salut pour une vraie éducation à la vie viendra d’un effort collectif, d’une intelligence collective.

Bien sûr, amis lauréats, vous n’êtes coupable de rien. Ce sont nos dirigeants politiques, nos législateurs, qui doivent tout faire pour éviter l’échec du système. Mais vous avez quand même la responsabilité, maintenant que vous êtes boursiers de l’État, d’apporter votre pierre à la construction de l’édifice. C’est le moins que vous puissiez faire. 

Publicité
Publicité

Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires