Une redistribution des cartes

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Ainsi, cet inénarrable «serial-gaffeur» a fini par démissionner. Sous la pression populaire, sous l’indignation de Lepep devant le discours révoltant d’un de ses ministres, le Premier ministre a fini par se rendre compte que, s’il donnait le temps à l’enquête policière d’être bouclée, la marmite sociale risquait de péter. D’exploser. Avec des dégâts conséquents pour son gouvernement. Donc, il y a eu le «face-saving device» de la démission «d’un commun accord». Au lieu de l’humiliation d’une révocation pure et simple, comme Lepep le demandait. Mais rien n’a vraiment changé dans le fonds.

En effet, les propos à caractère sectaire et communautariste ont bien été éructés en juillet dernier, dans la salle de conseil feutrée d’un ministère. Nous avons tous vu, et entendu, la fameuse vidéo. Bien sûr, il faut que son authenticité soit prouvée «beyond any reasonable doubt». Laissons à la police le soin de faire son travail. N’empêche, même s’ils n’ont pas encore été officiellement authentifiés, ces mots ont provoqué la chute d’un ministre que Lepep croyait intouchable. On ne compte plus ses frasques, ses déclarations à l’emporte-pièce, ses colères homériques, ses prises de position qui prennent son propre gouvernement à contre-pied, etc. La liste est longue. What next ?

Cette troisième démission d’un ministre de la défunte alliance victorieuse de décembre 2014, après celles de Raj Dayal et de Ravi Yerrigadoo, ne fait rien pour consolider ce qui reste de l’équipe qu’on croyait installée à l’hotel du gouvernement pour au moins deux mandats consécutifs. Car, outre ces démissions – conséquences logiques des affaires qui ont secoué le gouvernement – il y a aussi la perte du PMSD en décembre dernier et de l’ex-ministre et député Bhadain en janvier. Il y a les innombrables scandales impliquant ministres, députés, nominés politiques, entre autres. Il y a aussi une élection partielle dans un mois...

Cette consultation populaire, même si elle ne revêt qu’un caractère localisé, qui, officiellement, ne concernerait que l’électorat de Belle-Rose–Quatre-Bornes, est un test grandeur nature pour le gouvernement. Officiellement, l’alliance MSM-ML n’est pas dans la course. Mais le moulin à palabres local étant ce qu’il est, les «political pundits» y vont de gaieté de coeur quand il s’agit de parler d’alliance, de fiançailles, de mésalliance, de mariage et tutti quanti. Car, et cela le gouvernement le sait même si personne en son sein ne va jamais l’admettre en public, la majorité est en perte de vitesse. En chute libre dans l’estime de la population. Il lui faut se ressaisir si elle veut éviter le «karo kann» électoral qui la guette.

Voilà pourquoi, même si c’est déchirant pour une aile importante, mais néanmoins vieillissante du parti orange, il fallait se séparer de celui qui était à sa énième gaffe politique. Il y a une image à refaire. Cela passe par une destruction des icônes du passé. Même s’il faut froisser certaines susceptibilités partisanes. C’est valable aussi pour les autres partis. Ce qui fait que l’élection partielle au n°18 va permettre une redistribution des cartes politiques. Au-delà du candidat et du parti qui sortiront victorieux des urnes, c’est la donne des prochaines élections générales qui se met graduellement en place. 2018 rimera avec positionnements stratégiques.

2018 sera, sans l’ombre d’un doute, l’année des derniers coups de dés d’une classe politique qui est dans l’arène depuis les années 80 et 90. Il y aura, forcément, parce que c’est la volonté d’une population qui voit les années 2020 arriver, un renouvellement de la classe politique après les prochaines élections générales. Pas avant. De nouvelles têtes, de nouvelles idées, de nouvelles orientations vont émerger d’elles-mêmes. Elles vont déjà se mettre en place pour le prochain scrutin avant de faire table rase sur le passé lors du scrutin suivant. Cela est ainsi dans presque tous les pays démocratiques du monde et Maurice n’est pas une exception.

Cette rupture avec la politique traditionnelle, qui va l’incarner ? Avons-nous, là, en ce moment, un leader qui peut sentir que le vent tourne, qu’il faut rompre avec l’ancien système, et jeter les bases pour l’île Maurice des années 2020 et au-delà ? C’est cela l’enjeu qui sera au centre des préoccupations nationales tout le long de la fin du mandat de ce présent gouvernement. Malin est celui, ou celle, parmi nos politiques, qui aura compris cela. Ce qu’a fait le Premier ministre est salutaire pour son gouvernement. Mais trop de dégâts ont déjà eu lieu. Et le futur immédiat ne s’annonce pas rose pour son équipe.

Alors, oui, il fallait sanctionner. Cela permet de mieux se faire considérer non seulement par la population mais aussi par les éventuels partenaires en alliance. Tout reste encore à faire. Mais pendant ce temps, le peuple, lui, «pé pez néné bwar délwil». Jusqu’à quand ?

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