Une éducation de rupture

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La journée mondiale des enseignants, célébrée le 5 octobre, est le prétexte idéal pour nous pousser à une réflexion sur notre système éducatif. L’éducation nationale de notre île Maurice indépendante a connu bien de réformes. Quelquefois effectuées au petit bonheur, quitte à connaître des virages à 180º au prochain changement de gouvernement, mais toujours réalisées avec la meilleure intention du monde. On reproche souvent à l’éducation de n’être qu’un outil insidieux, savamment camouflé, certes, servant à soumettre et à manipuler des esprits jeunes et crédules. C’est le diktat des curriculums figés dans le temps. Avec la troisième décennie du 21e siècle qui s’approche, le moment n’est-il pas venu d’effectuer une rupture avec l’éducation de papa et de maman ?

L’éducation publique, si on prend la peine d’y réfléchir, ne permet pas à la pensée de s’exprimer. Car elle n’autorise pas, dans sa forme actuelle, la liberté de la parole. Cette dernière est codifiée et structurée de telle sorte que c’est le maître, l’éducateur, qui en garde le contrôle. L’apprenant n’est autorisé, en général, qu’à naviguer dans des eaux balisées, où ses moindres faits et gestes sont supervisés. Il est temps de repenser nos pratiques éducatives. En transformant les acteurs, après une rupture avec le pédagogisme autoritaire d’aujourd’hui, qui a tendance à conformer plutôt qu’à libérer. L’innovation en éducation est la constante autour de laquelle doivent s’articuler la politique et la société.

En simplifiant grandement, on peut dire que l’école, de tout temps, a opposé des concepts «libertophiles» – autorisant une ouverture d’esprit débarrassée du religieux ou de l’autorité étatique – a des notions liberticides, ancrées dans l’autoritaire, qui encouragent la soumission et l’assujettissement. Notre système scolaire, qui est plus un système d’examen qu’un système d’éducation, tourne toujours autour de l’autorité du maître. Comprendon que les temps changent ? Que le maître ne détient plus à lui tout seul LA connaissance ? Qu’il est temps d’opérer une vraie rupture, en allant résolument vers l’éducateur-compagnon, qui guide et soutient l’apprenant dans sa recherche du savoir ? Cela présuppose une disposition de l’éducateur à encourager l’autonomisation de son élève, en l’encourageant à s’ouvrir à la coopération et à l’esprit critique.

Il faut une rupture avec l’idée acquise que l’école est une machine à apprendre, à surveiller, à compartimenter. Le savoir ne peut plus être vu comme une arme du pouvoir. Le savoir doit permettre l’émancipation du sujet, en l’aidant à opérer un nouveau modèle culturel, en rupture avec les modèles existants. Il s’agit de tuer l’école telle qu’on la connaît. Telle que l’ont connue nos parents. Combien d’entre nous en sommes vraiment capables ? Pouvons-nous accepter l’idée d’une «décolonisation» du savoir ?
 
Déjà, l’éducateur ne doit plus se considérer comme «passeur» de l’autorité. Ce changement de paradigme va lui permettre de retrouver sa propre autonomie du savoir. Et permettre à ses élèves de se construire dans l’acquisition de connaissances libérées de la tutelle rigide de l’éducation codifiée. Il ne s’agit pas de se débarrasser du maître, cependant. Bien au contraire. Mais il ne faut plus confondre éducation et conditionnement. L’éducateur doit accepter que l’apprenant puisse prendre possession de ses connaissances, en lui fournissant les occasions et les moyens de s’éveiller et d’apprendre. L’élève devient ainsi acteur de son éducation, mais aussi acteur de ce qu’il apprend. Il peut, il doit surpasser le maître.

Peut-on, à l’aube des années 2020, occulter l’apport des technologies de l’information et de la communication dans le milieu éducatif ? Depuis une bonne quinzaine d’années maintenant, l’informatique et le numérique ont petit à petit pénétré le monde éducatif. Causant des changements fondamentaux dans la manière d’enseigner et apportant de nouvelles conceptions dans les techniques et dans les outillages pédagogiques. Le numérique tend à démocratiser l’éducation, à désacraliser le savoir. La rupture, chez nous, prend donc sa source dans la réussite, ou pas, de l’école numérique.

Avons-nous les moyens de nos ambitions ? Je dirai que oui. Ce n’est pas forcément une question de gros sous. Ce serait plutôt une question de changement de mentalité dans les méthodes d’enseignement. Sans pour autant aller vers des remèdes de cheval, il ne faut pas non plus décourager les jeunes enseignants qui préconisent de nouvelles approches en matière de techno-pédagogie et d’autonomie d’apprentissage. Il ne faut pas non plus que ces éducateurs qui croient dans l’innovation aient l’impression de prêcher dans le désert. Le discours étatique doit être suivi par la réalisation concrète de nouvelles structures éducatives. Tout en valorisant l’enseignant-compagnon d’aujourd’hui. Et de demain.

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