Femmes qu’on tue et femmes qui se sont tues

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La violence envers la femme a de tout temps existé. Celle que la société patriarcale, pour une raison de domination pure et de contrôle calculé, se plaît à appeler «le sexe faible», a été enfermée dans un carcan normatif duquel, dans certaines sociétés – dont Maurice - elle n’arrive à s’extraire qu’au prix d’énormes difficultés. Et de sacrifices personnels. Naître fille, même chez nous, c’est avant tout devoir surmonter beaucoup d’obstacles. Et celles qui en souffrent savent qu’au-delà des beaux discours et des bonnes intentions, l’égalité homme-femme n’a pas encore été atteinte. Dans notre société, comme partout ailleurs, il y a toujours des femmes qu’on tue. Et d’autres qui se taisent. Par résignation, par force ou par ignorance.

C’est un constant clair et net. Nous élevons nos enfants mal. Surtout nos garçons. Et c’est vraiment notre faute à nous, les adultes. Souvent, nous avons, nous-mêmes, grandi dans des environnements familiaux où cela est «normal» que le mari, le père ou d’autres hommes de la famille, s’attendent que les femmes de leur entourage se plient en quatre pour répondre à la moindre de leurs requêtes – «fais-moi à manger, apporte-moi de l’eau, fais la vaisselle, occupe-toi des enfants, nettoie la maison,…»

Ces hommes, qui sont pour la plupart de «bonnes» personnes, s’attendent à retrouver une maison ordonnée, un repas chaud, des vêtements propres, des enfants calmes, pour ne citer que cela. Même si la femme a, elle aussi, passé une journée au travail, comme lui. Et les femmes, souvent, grandissent dans l’acceptation de cette situation. Les rebelles sont vite ramenées à l’ordre. Des fois, par d’autres femmes qui sont trop endoctrinées par le patriarcat pour arriver à comprendre qu’elles sont le jouet des hommes. Et l’instrument de leur propre perte.

Nos garçons grandissent ainsi en prenant pour acquis que la femme est inférieure à l’homme. Et que c’est «normal» de la «dominer». Bien sûr, je généralise. Mais si peu. Nous n’avons qu’à aller faire un tour aux gares routières après les heures de classe, par exemple. Observons le comportement des jeunes garçons et filles. Nous verrons à quel point les rôles sont codifiés. Et qui, en général, se sent supérieur à l’autre.

Alors, est-ce normal qu’un homme tue, mutile ou rabaisse une femme juste parce qu’elle refuse d’être ce qu’il veut ? Est-ce normal que le mari batte sa femme jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Est-ce normal, par exemple, qu’une femme qui se plaint de violence domestique à la police soit renvoyée chez elle parce qu’elle n’aurait reçu qu’un «nou pou vinn koz ar li la madam. Pou dir li pa fer sa ankor…» au lieu du secours espéré ? Est-ce normal qu’une femme qui est déjà sous «Protection Order» soit à nouveau battue, violentée, tuée par le bourreau contre lequel elle se croyait légalement à l’abri ?

Quand arrivera-t-on à comprendre que la femme est un Homme comme les autres ? Qu’elle n’est pas une poupée fragile, qu’il faut protéger à tout prix, même contre elle-même ? Les réflexes misogynes existent chez la plupart des hommes. Certains n’arrivent pas à digérer un «non» catégorique quand ils se font jeter par une fille en soirée, par exemple. Ces «mâles» se sentent blessés dans leur ego. Il doit y avoir réparation. Elle doit payer pour cela. Résultat : la femme est violentée. Meurtrie dans sa chair et dans son esprit. Parce que c’est une femme.

Arrêtons cette violence. Grandissons nos enfants dans le respect de la femme. En 2014, à Maurice, sur les 1 680 cas de violence domestique rapportés aux autorités, plus de 90 % concernaient les femmes. Sans compter les cas de viol, d’agression ou de meurtre. Il est temps de réagir...

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