Metro Express, ça presse?

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À bien y réfléchir, ami lecteur à qui on ne la fait pas, si tu avais à choisir entre ces deux propositions, laquelle aurait les faveurs de ta raison : avoir une ligne de métro léger (même rebaptisée «Express»), qui ne couvre qu’une petite partie du territoire national ou avoir une distribution d’eau potable digne de ce nom, sur une base 24/7, et qui couvre l’ensemble du pays? Humm, je te vois cogiter et te triturer les méninges. Moi, je sais ce que je choisirais.

Toi, tu te dis que le gouvernement t’a vendu une si belle présentation du Metro Express l’autre jour que cela ne peut en aucune façon sentir mauvais. Que ce ne serait que du bénef’ et que du bonheur pour nous, petits Mauriciens à qui l’on offre gracieusement une dose de modernité, comme ça, parce que nous le valons bien ! Bon, au fond de ta conscience, car tu en as une, tout au fond, il y a comme une petite lampe rouge qui clignote. Comme un signal d’alerte. Tu te dis: attends une minute ! Est-ce vraiment aussi rose que ça, ce Metro Express que le gouvernement est en train de nous vendre ?

Et là, le doute s’installe. Tu te dis : la ligne ira de Curepipe à Port-Louis. En passant par nos autres villes. On nous a dit que sa concrétisation prendra au moins cinq ans. Oui, on parle de 2022 au plus tôt. Voire bien plus tard, avec les aléas de la construction à Maurice. Tu te dis : mais en quoi cela me concerne, vu que je n’habite pas ces villes ? Tu te dis que l’affirmation, négligemment jetée, que d‘autres lignes viendront – ultérieurement – se greffer sur la ligne originelle, ressemble davantage à des promesses qui ne seront jamais tenues qu’à un vrai plan directeur du transport par rail. Tu te dis que le public voyageur dans les régions de l’Ouest, du Nord et de l’Est n’est pas bien conséquent si on le compare aux régions du Centre, par exemple. Oui, bonjour la rentabilité !

Puis, tu penses aux bouleversements que la réalisation du tracé de cette ligne Curepipe – Port-Louis causera. Bouleversements physiques, sociaux, économiques, moraux, et tutti quanti. 7000 travailleurs du transport, et leurs familles avec, vont voir leur gagne-pain actuel trembler sous les déplacements d’air des futures rames du Metro Express. Le métro sera, tu le sais, un outil technologique qui ne nécessite pas un grand apport en main-d’œuvre humaine pour son activité et sa maintenance.

Forcément, il y aura des dommages collatéraux. Des activités économiques, des emplacements commerciaux, des petits business, des maisons, des bureaux, des jardins, des promenades, des arbres, etc., seront rasés pour faire place nette au Metro Express. Des vies seront bouleversées. Des personnes relocalisées, avec tout le stress que cela sous-entend. Tu n’oses même pas imaginer l’impact émotionnel que cela aura sur les gens qui seraient touchés en première ligne. Et tu te dis qu’avant même de parler de nouvelles gares, avec de nouveaux pôles d’activités socio-économiques, il aurait fallu chercher à comprendre l’avant. Au lieu de se concentrer sur l’après.

En plus, cher lecteur désormais inquiet, tu apprends que ce Metro Express coûterait, a priori, Rs 17 milliards, et que notre gouvernement n’a, pour le moment, que les Rs 10 milliards de don du gouvernement indien dans les caisses de la compagnie qui gère ce projet. Et qu’il n’y a pas foule, du côté de nos banques, pour se presser à prêter les Rs 7 milliards restantes à cette société étatique. Nos banquiers ne se risquent pas à casquer cette grosse somme tant qu’ils n’ont aucune information sur la viabilité et la rentabilité du projet. Déjà, il y a comme un gros malaise. Sans compter les risques inflationnistes, étendus sur cinq ans, qui porteraient le coût final du projet bien au-delà des Rs 17 milliards initiales.

Ce Metro Express peut, au final, peser financièrement très lourd sur les épaules des générations à venir, en termes de paiement des créances et des prêts. Là où le gouvernement voit la fin de la congestion routière, y a-t-il eu des études pour tenter de savoir si les automobilistes, habitués de cette route, laisseront leurs voitures au garage pour prendre le métro, par exemple. Et le coût du ticket sera-t-il à la portée de toutes les bourses ? Quid du transport gratuit pour les élèves et les personnes âgées ? Les routes desservies par les lignes d’autobus sur le trajet Curepipe-Port-Louis continueront-elles à exister et à fonctionner comme maintenant ? Et si le métro roulait à perte ? Qui paiera la note ? Un passager quittant Mahébourg pour aller à Port-Louis va-t-il devoir payer l’autobus jusqu’à Curepipe, puis le métro jusqu’à Port-Louis ? Le coût de ces deux trajets combinés ne sera-t-il pas plus élevé qu’un ticket d’autobus Mahébourg-Port-Louis ?

Toutes ces questions sont légitimes. Et tu ne serais pas moins patriote, ni plus d‘ailleurs, si tu ne te les posais pas. Le Mauricien n’est pas contre le progrès. Au contraire. Mais qu’au moins certaines nécessités de base soient satisfaites, avant de passer au métro. Nous sommes encore bien loin de les avoir toutes accomplies.

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