On peut jouir de tout, mais pas avec tout le monde

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Les historiens, sans doute, dans quelques lustres, tireront de l’époque que nous vivons des lignes de force qui ne seront pas à son désavantage. La science progresse, Rooney a retrouvé ses cheveux, Trump n’est pas encore élu. Dans notre petit bout de globe cardinalisé, la démocratie résiste, l’iPhone 7 est disponible, SAJ le sera très bientôt. On croit à une crise générale, terrible, définitive, quand sans doute on accouche de quelque monde nouveau. Seulement voilà, on accouche dans la douleur.

C’est Arnaud Lagesse, le patron d’IBL, qui nous le rappelle : «Nous aurions préféré jouir d’une stabilité politique.» Ne faites pas l’idiot, lecteur, vous avez lu comme moi cette phrase si banale et si parlante pourtant : au XXIe siècle, des millénaires après l’invention de la masturbation, des siècles après l’écriture du Kâma-Sûtra, des décennies après l’avènement du Viagra, de Youporn, de Pornhub, je n’insiste pas, vous les connaissez tous, on trouve encore des gens pour s’émoustiller de la stabilité d’un gouvernement. Oui, d’un gouvernement !

J’ai beau tourner cette phrase dans toutes les positions, ce qui est une façon de parler, je la trouve assez peu… réjouissante. Soit, chacun jouit comme il peut. Mais tout de même, ça fait un peu de peine. De nos jours, la jouissance, cet art d’apprécier un moment de grâce, cette montée graduée vers l’extase pour atteindre la félicité, s’appelle donc Pravind Jugnauth. Allez défendre les vertus de l’orgasme après ça !

Amis pudibonds en arrière, ou en avant, c’est vous qui voyez, retenez vos e-mails courroucés. Je sais. Ce que je viens d’écrire est excessif et caricatural. D’ailleurs, c’est démonté chaque jour un peu plus par les cercles philo-socio-psycho qui tournent en rond sur les blogs féminins. Contrairement à ce que l’on a cru bêtement, nous ne sommes pas tous égaux devant la jouissance. Aussi, votre aimable voisin, qui est persuadé que le clitoris est un modèle de Nissan et l’utérus le nom d’une planète du système solaire, est moins «égaux» que les autres – c’est un exemple type, ce n’est pas une dénonciation personnelle. Serions-nous d’humeur littéraire, nous cliquerions sur Albert Camus. Dans les dernières pages de L’Été à Alger, il écrit : «Il faut une rare vocation pour être un jouisseur.» Vous l’avez compris, les vocations se perdent. Pravind, l’heure est venue de se mettre en branle.

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