Spectacle du 12 mars: «S’y prendre à la dernière minute est preuve d’amateurisme»

Avec le soutien de

Percy Yip Tong, producteur, affirme que l’organisation du spectacle du 12 mars, pour les 50 ans de l’Indépendance, peine à décoller. Les répétitions n’ont pas encore démarré, soutient-il à l’express, ce mardi 23 janvier. S’y prendre à la dernière minute montre surtout le «manque de sérieux» des autorités.

C’est la crise de nerfs. A six semaines du 12 mars, date des 50 ans de l’indépendance de Maurice, le spectacle officiel annoncé comme grandiose, est encore au stade de concept. Aucun contrat avec des artistes n’aurait encore été signé. Aucune répétition n’a encore eu lieu.

Et pour cause : il y a plus d’une semaine, trois danseurs et chorégraphes – Jean Renat Anamah, Stephen Bongarçon et Anna Patten- se seraient retirés du projet.

Selon les indications disponibles, les désaccords portent à la fois sur, «le manque de liberté artistique, parce que les fonctionnaires veulent imposer», mais surtout sur le montant du cachet des artistes. Les créatifs estiment que les chiffres proposés ne sont pas à, «la hauteur de leur valeur» . Une nouvelle rencontre entre le comité organisateur et les artistes est prévue cette semaine, pour décanter la situation.

Interrogé, Jean Renat Anamah reste prudent. Il confirme que des discussions ont bien eu lieu, mais que pour l’heure, rien n’est sûr. «Nous attendons voir.» Une source rappelle que Jean Renat Anamah, «est à l’origine du boycott du spectacle de l’indépendance», l’année dernière. En février 2017, il avait déclenché une polémique en affirmant que lors d’une rencontre avec le ministre des Arts et de la Culture, Prithviraj Roopun, celui-çi lui aurait dit : «On ne peut pas être un artiste professionnel à Maurice». Une petite phrase qui a alors poussé un collectif (Bruno Raya, Percy Yip Tong, Nirveda Alleck, Stephan Rezannah, entre autres) à lancer un appel au boycott des célébrations de l’indépendance. Mais cet appel n’a pas été respecté par l’ensemble de la corporation artistique.

Sollicité, Stephen Bongarçon lui aussi temporise. Cet ancien médaillé d’or aux Jeux de la Francophonie dit seulement : «ziska ler pa kone ki pou fer».

Pour sa part, Anna Patten de Art Academy ne mâche pas ses mots. Dégoûtée par la, «façon de faire», elle affirme : «Je regrette d’être une Mauricienne. J’ai ma dignité. J’ai été décorée». En mars 2016, elle a été élevée au rang de Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean. Avant d’être décorée, Anna Patten avait entamé des démarches pour poursuivre en justice le ministère des Arts et de la Culture, quand, unique soumissionnaire restante, elle n’avait pas obtenu le contrat pour le spectacle du 12 mars. Du haut de ses 40 ans de danse, Anna Patten refuse de se laisser dicter ses choix artistiques. «Mais on ne s’est pas bagarrés», nuance-t-elle.

D’autres s’attendaient à ce que l’agence d’événementiel Move for Art, d’Astrid Dalais et Guillaume Jauffret réalise à nouveau le spectacle de la fête nationale. C’est avec, «beaucoup de fierté que nous avons fait le spectacle pour les 45 ans de l’indépendance, ensuite pour les 46 ans et l’an dernier pour les 49 ans. Mais nous n’aurons jamais 50 ans», lance Astrid Dalais.

Fin 2017, le festival Porlwi by Nature, organisé par Move for Art et ses partenaires, faisait partie des activités dans le cadre du cinquantenaire. Astrid Dalais précise que, «l’appel d’offres pour la fête de l’indépendance est sorti quelques jours seulement avant Porlwi by Nature. Le festival a pris fin le 3 décembre. Il fallait soumettre le dossier pour l’indépendance, cinq jours plus tard. Nous étions très pris, le délai était trop court.»

Elle souligne que Move for Art est une, «petite agence connue pour être des artisans de la création. C’est important pour nous d’être pertinents dans tous les sujets qu’on explore. Nous faisons appel à chaque fois à des expertises, ce qui demande du temps. Move for Art n’en a pas eu». Ce n’est pas faute, ajoute Astrid Dalais d’avoir, «dit au ministère, deux ans avant que c’est important de donner du temps». Et d’avoir relancé le message en mars, en juin et en septembre 2017. En vain.


En coulisses. l’ombre de Karl Mootoosamy

Dans le comité organisateur du 12 mars, on retrouve Karl Mootoosamy, ancien directeur de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). En 2015, il avait cédé sa place à Kevin Ramkalaon, un proche du ministre du Tourisme, Anil Gayan. Une source indique que Karl Mootoosamy agirait comme un «mentor» que les chorégraphes, «doivent écouter». En décembre déjà, il avait joué un rôle de premier plan dans l’organisation du Festival International Kreol. Sollicité, Karl Mootoosamy déclare : «Je participe au 12 mars comme tous les Mauriciens. Je suis dans un groupe de réflexion. Il n’y a pas de chef. Je donne un coup de main au ministère des Arts et de la Culture. Il y a plus de trois chorégraphes. Il faut montrer le plus de compétence possible». Sans plus de précisions. L’équipe de concepteurs comprend aussi Gaëtan Abel, ancien responsable d’événementiel à la State Property Development Corporation (SPDC). Il a été nommé fin 2017 à la tête du National Art Fund. S’il confirme sa participation, Gaëtan Abel n’a pas souhaité faire de commentaires. À ses côtés, on retrouve aussi Gérard Sullivan, habitué des comédies musicales. C’est en vain que nous avons cherché à joindre le ministre Nando Bodha, président du comité des célébrations.

Budget 2017-2018. Rs 75 millions pour l’indépendance

Le Budget 2017-2018 prévoit Rs 75 millions pour les célébrations du 12 mars prochain. Outre les raisons artistiques, c’est surtout sur les questions financières qu’auraient buté les discussions avec les danseurs et chorégraphes Jean Renat Anamah, Stephen Bongarçon et Anna Patten. Des sources indiquent que si les autorités auraient proposé des cachets d’environ Rs 30 000 à Rs 50 000 aux artistes connus, les têtes d’affiche réclameraient plusieurs millions de roupies chacune. «Pour les artistes, les 50 ans de l’indépendance, c’est le jackpot. Ils savent que l’Etat va mettre le paquet», fait valoir une autre source. Ce spectacle, comptant dans la partie officielle des célébrations pourrait être d’une durée de 40 minutes. Une source indique que la proposition des chorégraphes comprend, «450 figurants», répartis sur plusieurs scènes et dans divers tableaux, dont un sur l’indépendance de la femme.


La main d’Alain Ramanisum

Le thème des célébrations du 12 mars est «Lame dan lame». Des sources indiquent que c’est Alain Ramanisum qui composera la chanson-titre de la fête nationale, pour l’interpréter le jour J. Le chanteur confirme avoir été contacté par le comité organisateur, «pour travailler sur une chanson. Mais je n’ai rien confirmé encore. Je dois regarder mon calendrier pour savoir si je suis libre». Le spectacle pourrait aussi comprendre La Rivier Tanier. Le nom du producteur Percy Yip Tong aurait été évoqué dans des milieux proches des organisateurs, pour sa version avec différentes percussions. Sollicité, il dit seulement : «Je suis prêt à servir non pas un gouvernement, mais mon pays. Jusqu’à l’heure, personne ne m’a contacté».

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires