WikiLeaks : Les courbettes de Ramgoolam au président chinois Hu Jin Tao critiquées

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Le chef du gouvernement mauricien est stigmatisé par l’ambassade américaine quant aux mesures de sécurité prises lors de la visite d’Etat du président chinois en février 2009. La chargée d’affaires l’accuse d’avoir « bent over backward » devant Hu Jin Tao dans le sens du poil dans son discours au banquet d’Etat.

Les Américains n’étaient pas contents et Navin Ramgoolam en prend pour son grade pour la visite d’Etat hautement sécurisée du président chinois Hu Jin Tao à Maurice en février 2009. Dans une note confidentielle datée de cette période et transmise à Washington par l’ambassade américaine, le Premier ministre mauricien est accusé de s’être laissé aller à des courbettes vis-à-vis de ce dernier.

Dans la note mise en ligne le mardi 30 août par WikiLeaks, la chargée d’affaires Virginia Blaser explique comment le gouvernement mauricien, et plus spécialement le Premier ministre, a tout fait pour plaire à Hu Jin Tao. Et en expliquant que cette posture semblait plus appropriée pour lui que la liberté d’expression, d’où l’interdiction à l’organisation Amnesty International de tenir une manifestation pacifique sur le passage du président chinois.

« The Government of Mauritius, and especially the Prime Minister, bent over backward to please the visiting delegation. It seemed that pleasing the Chinese was more important than freedom of speech (hence the rejection of the properly filed Amnesty International petition) and that little concern was given to the negative impact and impression it left on the people of the island », déplore Virginia Blaser.

Les mesures de sécurité mises en place par Maurice, telles la fermeture de grands axes routiers et de commerces sur le passage de Hu Jin Tao, fait également l’objet de très vives critiques. L’ambassade américaine va jusqu’à citer le Commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, qui, lui-même, confie que de mémoire, l’île n’a jamais connu de tels chambardements.

Il a fallu placer un policier chaque 300 mètres sur le passage du cortège présidentiel chinois. La police, déplore Dhun Iswur Rampersad, a dû mettre davantage d’officiers au banquet alors que leur présence aurait mieux servi ailleurs, aucune menace ne pesant sur la sécurité de Hu Jin Tao à Maurice.

Virginia Blaser dit toutefois avoir confiance dans l’opinion publique mauricienne et les syndicats à l’effet que la Chine, au delà de cette visite, ne pourra dicter ses règles ici. « L’approche agressive des Chinois sera tempérée par la petite taille du marché, les syndicats et les doutes du public quant à leurs réelles intentions », souligne-t-elle.

Dans la note intitulée Chinese president spreads largesse and bruises feelings in Mauritius, la chargée d’affaires rappelle que les relations diplomatiques entre l’île et l’Empire du Milieu datent de 1972. Et que c’est la toute première visite d’un président chinois à Maurice.

Elle reprend aussi des commentaires de hauts fonctionnaires à l’effet que la visite n’a rien d’exceptionnelle, Hu Jin Tao ne faisant, en fait, qu’un transit de deux jours lors de sa tournée dans trois pays Afrique. Mais, reconnaît-elle, la Chine s’est montrée assez généreuse envers Maurice, Navin Ramgoolam ayant haussé les enchères.

Mais pour bénéficier de ces largesses, le chef du gouvernement mauricien s’est laissé aller à brosser la Chine dans le sens du poil. En tenant un discours particulièrement négatif sur la libre échange, déplore Virginia Blaser.

Navin Ramgoolam voulait tellement faire plaisir au président chinois, que ses propos s’apparentaient à de la flatterie, soutenaient les diplomates et de grands commis de l’Etat. « Eager to please, the Prime Minister made public statements during the visit that some observers considered pandering », dit-elle.

Elle cite aussi un haut fonctionnaire qui estime que le chef du gouvernement, pour avoir sorti une telle énormité, est décidemment très mal entouré. Lors d’une rencontre avec Navin Ramgoolam, note Virginia Blaser, il s’est lui-même réjoui d’avoir décidé d’ajouter cette modification à son discours, que cela a fait plaisir à Hu Jin Tao, d’où la générosité de ce dernier.

Virgnia Blaser fait aussi la liste des mesures impopulaires prises pour plaire à la délégation chinoise : routes bloquées, écoles et commerces fermés etc. Mais aux yeux du gouvernement mauricien, le jeu en valait la chandelle avec des aides équivalentes à 281 millions de dollars.

Autre commentaire : le président chinois voulait bien visiter la zone économique spéciale de Tianli (rebaptisé Jin Fei) à la sortie de Riche-Terre mais les promoteurs n’ont pas été chauds à cette idée.

En ce qu’il s’agit de la présence des entreprises chinoises sur le sol mauricien, Virginia Blaser cite Rajcoomar Bikoo, directeur des travaux au ministère des Services publics, à l’effet que leur travail laisse vraiment à désirer.

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