Une île Maurice à deux visages

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Le contraste entre deux mondes : à g., une fillette à Camp Firinga, Pointe-aux-Sables, et, à dr., l’une des unités des Allées d’Helvétia, dont les prix varient de Rs 4,9 millions à Rs 11 millions.

Des inégalités criantes existent entre les Mauriciens se trouvant au bas de l’échelle sociale et ceux qui peuvent se permettre voyages, voitures de luxe et appartements de haut standing. Un écart qui se creuse et suscite l’intérêt des acteurs du monde économique.

Alors qu’un Mauricien sur quatre est toujours au chômage, 76 % de la population est endettée et la croissance demeure à la traîne, autour de 3 %. En contrepartie, le nombre de Mauriciens prenant l’avion ou faisant des croisières ne cesse de croître, tandis que les concessionnaires automobiles écoulent sans réelle difficulté voitures neuves et de seconde main. Les ventes et réservations d’appartements de luxe ne sont pas en reste non plus.


«Il y a forcément un écart qui se creuse entre les riches et les pauvres avec les effets de la crise qui perdurent. Une situation alimentée du fait de l’existence d’une classe aisée qui a les moyens financiers de faire tourner l’économie», constate d’entrée de jeu le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rundheersing Bheenick.


Il ajoute qu’il faut toutefois reconnaître que contrairement à certains pays européens touchés par la récession qui entraîne l’arrêt des activités économiques et des licenciements à la chaîne, Maurice est toujours en croissance, «même si celle-ci est révisée à la baisse d’une année à l’autre».


L’économiste Swadicq Nuthay abonde dans le même sens en faisant remarquer que dans une conjoncture économique déprimée, les gens au bas de l’échelle sont financièrement les plus vulnérables. «Ils n’ont pas de filet de protection et souffrent de la cherté de la vie.


Cela les contraint à choisir des produits de consommation courante de gamme inférieure à celles qu’ils ont l’habitude d’acheter», illustre-t-il.


Tim Taylor, Chairman du Cim Group et personnalité connue du secteur privé, est lui d’une tout autre opinion. Il croit dur comme fer que la consommation est toujours tirée par les gens de la classe moyenne, contrairement à la perception populaire selon laquelle ce sont précisément les membres de cette classe qui sont le plus écrasés économiquement et souffrent de la morosité du marché. «Chez Scott, nous ciblons essentiellement les consommateurs de la classe moyenne et nous avons fait de bonnes affaires l’année dernière», affirme le Chairman. L’économiste Kee Chong Li Kwong Wing, également porte-parole économique du Mouvement militant mauricien (MMM), rejoint pour sa part le point de vue de son confrère Swadicq Nuthay en mettant l’accent sur la fragilité financière d’un segment de la population qui se reflète dans la qualité des produits achetés dans les grandes surfaces. «Une inégalité sociale qui, dit-il, saute aux yeux.» «Ces consommateurs au bas de l’échelle, ajoute Kee Chong Li Kwong Wing, sont forcés de descendre en gamme et d’acheter des produits de qualité inférieure pour pouvoir survivre. Ils sont obligés de s’endetter pour joindre les deux bouts.»


Propos que viennent étayer les résultats du dernier Household Budget Survey de 2012. Ils confirment les inégalités au niveau des revenus des ménages. Selon ces chiffres, les ménages au bas de l’échelle ont vu leur part de revenus s’amincir en passant de 6,1 % en 2006 à 5,4 % en 2012.


D’un autre côté, le pourcentage de ménages devant composer avec moins de Rs 20 000 par mois a diminué alors que la proportion touchant plus de Rs 20 000 a augmenté.


Enfin, plus encore, le nombre de familles avec des revenus excédant Rs 40 000 par mois s’est accru considérablement. Si en 2007, seulement 8 % des ménages disposaient de tels revenus,  le Household Budget Survey de Statistics Mauritius avance que ce chiffre a plus que doublé depuis pour passer à 21%. Un tel résultat ne laisse pas insensible le patron de la BoM qui tire la sonnette d’alarme.


Avec un coefficient de Gini (indice qui mesure l’inégalité des revenus dans un pays : le chiffre 0 représente une égalité parfaite et le chiffre 1 une inégalité totale) qui s’est accru de 0,388 en 2006/2007 à 0,412 en 2012, les risques sont réels, s’inquiète-t-il, quant à un appauvrissement d’une partie de la population si les fruits de la croissance ne bénéficient pas à tout le monde. «La croissance doit être inclusive et ne pas laisser une partie de la population au bord de la route. La stabilité sociale passe forcément par une stabilité monétaire. Il ne faut surtout pas que les bienfaits de la croissance soient rongés par une inflation élevée, voire dévastatrice pour la population», explique Rundheersing Bheenick. Autrement, prévient le gouverneur de la BoM, on s’expose à une explosion sociale «avec des gens descendant dans la rue pour réclamer plus de justice, comme on l’a vu récemment au Brésil et en Inde».

Le marché automobile sur des chapeaux de roues


Les chiffres du marché automobile sont éloquents : 37 063 voitures de plus sur nos routes, de janvier 2012 à juin 2013. La National Transport Authority (NTA), de son côté, a enregistré l’an dernier 24 654 voitures, contre 20 463 en 2011, soit une hausse de 4 191 voitures en une année.


Les Mauriciens continuent donc à investir dans des véhicules neufs ou de seconde main importés, malgré un pouvoir d’achat en régression, de l’avis des économistes.


Autre constat : la crise ne freine pas non plus le marché des voitures de luxe. «Ce segment se porte bien, soutenu par une belle croissance», affirme ainsi Michel Ng, Marketing Manager d’ABC Automobile, concessionnaire représentant des marques telles que Porsche et Infiniti. Pour preuve, 14 Porsche ont fait leur entrée sur nos routes en 2012, sans oublier les 16 Jaguar ou encore les trois Aston Martin. BMW, Mercedes, Audi, les Mauriciens ne lésinent pas sur les moyens : après l’enregistrement de 884 voitures de ces marques de luxe l’an dernier, les statistiques de la NTA démontrent qu’en 2013 également, le marché restera porteur, avec près de 500 voitures de cette catégorie déjà enregistrées au premier semestre.


Les voyages tiennent le cap



Loin de se laisser déstabiliser par la crise, nombre de Mauriciens continuent à voyager. Caroline Chen, d’Atom Travel, tempère : «Il faut reconnaître que ce sont ceux de la classe aisée qui ont cette culture du voyage et se rendent tous les ans à l’étranger.» Et de poursuivre que «le marché maintient sa croissance, même si on a noté une légère hausse de 10 % l’an dernier».


D’ailleurs, en ce moment, indique notre interlocutrice, il y a une forte croissance pour ce qui est des départs vers l’Europe. «A cette période de l’année, de nombreux parents accompagnent leurs enfants qui vont faire des études à l’étranger. Peu importe le coût, les Mauriciens investissent dans ce sens», explique Caroline Chen.


Outre l’avion, un autre créneau qui connaît un boom en matière de voyages est celui des croisières. Mais comment explique-t-on qu’à Maurice, on arrive encore à partir en croisière en Méditerranée, alors que le tourisme international a chuté ? «Ce marché a connu une progression de 20 % l’an dernier», confirme Caroline Chen. Elle explique que c’est un secteur offrant des promotions alléchantes, ce qui encourage les gens à en profiter …
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Les appartements de luxe ont toujours la côte


Malgré la morosité économique, les appartements de haut standing continuent à avoir le vent en poupe auprès d’une clientèle locale sélecte. C’est le cas de la troisième phase du projet «Les Allées d’Helvetia» du groupe ENL, à Moka : les acheteurs d’appartements ou de duplex de la deuxième phase de ce projet ont souhaité en acquérir d’autres dans la nouvelle.


La troisième phase de «Les Allées d’Helvetia» comprend 58 unités résidentielles dont la construction démarrera dans la seconde moitié de cette année. Les prix d’une unité varient de Rs 4,9 millions à Rs 11 millions.


Qu’est-ce qui pousse les acheteurs à se tourner vers ces résidences au coût élevé ? Selon un expertcomptable, il y a de jeunes professionnels du secteur financier qui sont bien rémunérés et disposent en plus de moyens financiers pour investir dans l’immobilier.

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