Une femme qui n’a pas peur de se salir les mains

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Pour Danny Clair, il n’y a pas d’emploi réservé à l’un ou l’autre sexe. Elle malaxe le ciment après avoir cousu des vêtements pendant des années.

C’est sur un chantier privé à 16e Mile que Danny Clair s’esquinte actuellement avec quatre autres camarades, dont son frère Rico, sous un soleil de plomb. Si elle s’est protégé la tête et les bras du soleil, elle travaille à mains nues et celles-ci sont rugueuses à force d’avoir battu le ciment, bétonné, crépi. Danny Clair n’en a cure. Pour cette Rodriguaise de 40 ans, il s’agit d’un travail comme un autre qui lui permet de mieux gagner sa vie et d’effectuer de courts séjours à Rodrigues où elle a encore de la famille. «Tout travay bon pourvu ki ena li», dit-elle.

C’est à l’âge de 12 ans alors qu’elle vit encore à Sept Familles à Rodrigues qu’elle se met à l’artisanat, fabriquant des tentes en raphia qu’elle vend. Les quelques sous gagnés ne lui permettent pas de continuer. Si bien qu’à 18 ans, elle vient s’installer à Maurice où vit déjà une de ses soeurs.

Danny Clair cherche un emploi et en trouve un comme machiniste d’usine. Mal payée pour d’aussi longues heures de travail, elle change d’usine. Elle s’active ensuite dans un salon de coiffure avant de prendre un emploi de serveuse dans un restaurant. Les horaires tardifs finissent par la lasser et elle décide de rejoindre son frère qui travaille comme chef maçon sur un chantie de construction. «Linn aksepte moi ek enn so kamarad inn montre moi kouma donn block,bat siman, mont lor esafodaz ek lor dalle pou atas feray.»

Au début, c’est fourbue qu’elle rentre à la maison. Puis, elle finit par s’y habituer. Quand elle ne travaille pas avec son frère, c’est avec d’autres maçons qu’elle est embauchée. «Fer quatre ans ki mo pe fer sa travay la. Poumoi, li enn fasilite parski sak construction temporaire. Enn mois nou ici, enn mois nou laba.Sa permet moi fer bann pauses parfois pou al Rodrigues».

Le plus grand chantier sur lequel cette mère de deux enfants quasiment adultes, a travaillé est un bâtiment commercial confié à la compagnie Laxmanbhai. «Il y avait plusieurs femmes maçons sur ce chantier. Des Rodriguaises en majorité. Cela faisait plaisir à voir.» Si les autres maçons essaient de la traiter avec considération du fait qu’elle est une femme, l’empêchant par exemple de soulever de lourdes pochettes de ciment, Danny Clair n’aime pas les traitements différenciés. «Monn deza rempli enn kamion ar pocket ciment. A deux madames nounn trap enn pocket par enn pocket e nounn resifer li

Ce qu’elle souhaiterait le plus, c’est maîtriser parfaitement le crépissage. Le secteur de la construction connaît une certaine stagnation. Mais l’incertitude des lendemains ne lui pose pas problème. «Kot ena travay, mo pou ale.Ki serti mo stresse avant ler. Maçon, se enn travay commeenn lot. Tout travay ki ou fer, oubisin met ou latet ladan ek kontanli.» Belle leçon…

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