Subash Sungkur, propriétaire du restaurant : «Ce restaurant était le projet de l’hôtel Trou aux Biches»

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Subash Sungkur, frère du pandit Sungkur, affirme qu’il est le véritable propriétaire du restaurant sur la plage de Trou-aux-Biches ; le Pandit n’est qu’un prête-nom. Mais au-delà de ce que dit Subash Sungkur, son comportement est révélateur et met en exergue l’attitude des membres de cette famille, qui estiment mériter ce bail controversé. Les Sungkur ont deux restaurants ; l’un à Mon-Choisy et l’autre à Triolet. Subash Sungkur, pas très enthousiaste au départ à parler à la presse, accepte de nous recevoir, mais n’a pas grand-chose à dire sur les sujets qui préoccupent en grande partie ceux qui s’opposent au projet ; la privatisation des plages, le fait que ce contrat ait été octroyé dans l’opacité, l’impact de la construction sur l’environnement. C’est une famille qui veut « arriver » dans la vie et qui ne voit aucun mal à recevoir un coup de pouce de ceux au pouvoir. D’autres l’on fait avant, après tout.

 
◗ Tout le pays parle de votre famille ces derniers jours et il y a même des campagnes sur Facebook pour s’opposer à la construction du restaurant de votre frère, le pandit Sungkur. On vous appelle les «petits copains». Comment réagissezvous à cela ?
Ce n’est pas juste parce que nous ne sommes pas les «petits copains» de ce gouvernement. Plusieurs membres de ma famille ont fait des demandes de terres de l’État depuis très longtemps et à plusieurs gouvernements. Cela depuis l’époque où sir Anerood Jugnauth (SAJ) était Premier ministre. J’avais personnellement fait une demande au ministre Gungah quand il était responsable des Terres et du Logement, il y a une vingtaine d’années. A cette époque, il m’avait reçu et il m’avait dit qu’il fallait avoir de la patience et qu’il fallait que j’attende mon tour. Mais je n’ai jamais rien eu. J’ai un frère, Rajen, qui a lui aussi fait une demande au gouvernement sous SAJ, sans jamais obtenir satisfaction.
 
◗ Vous confirmez donc que le Parti travailliste est le seul qui vous a fait cette faveur ?
Cela ne s’est pas passé ainsi. Après que toutes nos demandes aient été rejetées, nous avons pensé que notre frère, le pandit, est désormais quelqu’un d’influent dans la société et nous lui avons demandé de faire une demande de terrain à bail à son nom. Mais ce n’était pas pour lui ; il l’a fait pour nous. Vous savez, c’est comme cela dans une famille, tous les membres achètent une loterie mais personne ne gagne. Or, la chance d’un autre frère a porté mais c’est à la famille que cela reviendra.
 
◗ Comment donc s’est passée la procédure de demande de terrain à bail ?
Mon frère a fait une demande.
 
◗ Pour un morceau de la plage publique spécifiquement ?
Nous avons entendu dire que la Beach Authority (BA) allait faire des développements sur les plages. Comme il y a une cafétéria à Péreybère, une autre sur la plage de Blue-Bay, eh bien c’est la même chose. Donc la BA avait fait savoir qu’elle comptait faire plusieurs développements sur les plages.
 
◗ Après combien de temps, votre demande a-t-elle abouti ?
Mon frère a envoyé sa demande en janvier ou en février 2012 et il a obtenu le terrain en octobre ou novembre de la même année. Je ne sais pas pourquoi les gens disent que ce n’est pas une bonne chose de faire un restaurant sur la plage. C’était le projet de l’hôtel Trou-aux-Biches du groupe Beachcomber quand ils allaient agrandir leur hôtel. Mais ils ne sont pas allés de l’avant et on l’a su.
 
◗ Votre demande a été approuvée assez vite ; comment expliquez-vous cela ?
Je ne sais pas.
 
◗ Votre frère a-t-il demandé l’aide des députés et des ministres ?
Non, non. (Silence…) On a su qu’il y avait un projet et on a fait une demande au ministère des Terres et du Logement. Ce n’est pas la première fois ; en 2005, il avait demandé un permis pour un restaurant sur la plage de Mon-Choisy et on n’a rien eu.
 
◗ Toujours sur la plage ? Mais vous vous rendez compte que ce sont des plages publiques et que toutes ces constructions posent des problèmes d’ordre environnemental ?
Mais c’est un développement. Il y a des constructions sur toutes les plages !
 
◗ Certes, mais ce n’est pas parce qu’on l’a fait dans le passé qu’il faut continuer !
Mais si c’était vraiment aussi mauvais pour l’environnement, il n’y aurait plus d’hôtels !
 
◗ Les hôtels n’ont pas toujours raison, vous savez !
Cette construction ne va pas affecter l’environnement.
 
◗ Et cela ne vous gêne pas qu’une partie de la plage publique a dû être déproclamée pour que vous puissiez faire votre restaurant ?
Mais c’est la même chose qu’à Mon-Choisy et à Flic-en-Flac, quand ils empêchent les voitures de venir sur la plage !
 
◗ Vous maintenez que vous avez suivi toutes les procédures pour l’obtention de tous vos permis ?
Oui. J’ai fait mettre les avis dans les journaux, comme le dit la loi. (NdlR, il nous montre des photocopies en date du 12 décembre 2012 mais est incapable de nous dire de quel journal il s’agit. Il montre aussi une photo du parking avec un panneau, explicitant la nature des travaux.)
 
◗ Pensez-vous que c’était une bonne chose que le Premier ministre se soit mêlé à cette affaire et qu’il a pris le parti de votre frère, en s’attaquant à la presse à cause des critiques ?
(Hésitations…) Il a exprimé son opinion et je préfère ne pas me mêler de cela.
 
◗ Mais quand les gens disent que vous avez obtenu votre permis à cause de votre proximité avec le Parti travailliste, il y a un peu de vérité dans ces propos ?
(Hésitations…) Non, je ne suis pas d’accord. Je suis un habitant de l’endroit, j’ai de l’expérience dans la restauration. Je ne sais pas combien de personnes ont fait une demande pour obtenir le terrain pour faire construire un restaurant, mais je sais que je l’ai obtenu et je n’ai rien à me reprocher.
 
◗ Mais vous admettez qu’être proche d’un parti au pouvoir facilite les choses et augmente les chances que des demandes soient approuvées ?
Non.
 
◗ Vous disiez plus tôt que votre frère, le religieux, avait fait la demande pour le permis parce qu’il avait plus d’influence. Vous pensez que c’est correct qu’un homme religieux utilise sa position pour faire avancer sa famille ?
Puisque je vous dis que c’est comme acheter la loterie ; sa chance a porté ! C’est la famille qui l’a poussé à le faire ! Mais il avait lui aussi estimé que l’affaire était gênante et après avoir obtenu le bail, il a écrit au ministère des Terres et du Logement pour demander que le contrat soit amendé afin d’y mettre le nom de la compagnie familiale au lieu du sien. (NdlR : il montre la lettre datée de mars 2012.) Donc ce n’est pas lui qui va gérer ce restaurant mais nous. Et j’aimerais ajouter que la société Mauritius Arya Ravived Pracharini Sabha n’a rien à voir avec cette affaire. Nous avons commencé à faire des demandes pour des terres de l’État bien avant qu’il ne devienne président de la société. Nous n’avons pas utilisé sa position en tant que président d’un organisme socioculturel pour demander des faveurs.
 
◗ Quelle est la relation de votre frère avec le PM ?
(Silence…) Ils ont de bonnes relations. Mon frère est un travailleur social, donc il a de bonnes relations avec tout le monde, même avec l’opposition. Il aide tout le monde.
 
◗ Et c’est pour cela que l’opposition ne s’oppose pas à ce projet de restaurant ?
 
◗ Vous savez qu’il y a une demande d’injonction en Cour pour faire stopper le projet. Et si la cour donne un jugement en votre défaveur ? (NdlR : la demande a finalement été rejetée.)
Le public a le droit de dire ce qu’il veut et ce n’est pas à nous de réagir. Mais s’il y a une affaire en Cour, alors nous allons répondre en temps et lieu. Et s’il y a une décision contre nous, nous allons la respecter.
 
◗ Vous comprenez pourquoi les gens protestent ?
Oui, c’est de la jalousie.
 
◗ Ils sont jaloux de quoi ?
Le Premier ministre n’a-t-il pas expliqué que ceux qui ont commencé cette contestation étaient ceux qui étaient jaloux parce qu’ils ont un restaurant dans les parages et qu’ils ont peur de la compétition ? Eh bien, c’est exactement cela !
 
◗ Et les autres protestations ? Ceux qui s’opposent au fait que l’on privatise des plages pour donner aux proches du pouvoir ?
Mais j’ai tous les permis ! Vous les avez vus ! J’ai suivi toutes les procédures.
 
«Mon frère a de bonnes relations avec le premier ministre et même avec l'opposition..
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