Squatters de Cité La Cure : le ministre Kasenally s’attire les foudres des Rodriguais

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A Cité La Cure, où des familles squattent un terrain privé, de véritables colonies de Rodriguais se sont formées.

La situation des squatters de Cité La Cure se complique. Au départ, lorsque leur expulsion était envisagée, le ministre Kasenally notamment a intercédé en leur faveur. Mais voilà qu’il est venu jeter de l’huile sur le feu en montrant du doigt les squatters rodriguais qui ne sont pas «le problème du gouvernement»…

C’est une remarque qui a suscité plus particulièrement l’indignation des squatters de la Cité La Cure et de La Ferme, Bambous, deux sites où de véritables colonies de Rodriguais se sont formées. Celle du ministre Abu Kasenally, ministre des Terres et du Logement, qui a affirmé, notamment dans l’express du mercredi 25 août, que le gouvernement n’est pas disposé à intégrer les squatters originaires de Rodrigues dans un quelconque plan de relogement.

Le ministre Abu Kasenally était pourtant le premier, avec Aurore Perraud, députée de la circonscription, et Xavier-Luc Duval, ministre des Finances, à avoir intercédé en faveur de ces squatters après qu’un ordre d’expulsion a été lancé contre eux. Abu Kasenally a notamment déclaré que les familles en situation illégale pourraient êtrerelogées à Pointe-aux-Sables.

Mais il s’est visiblement ravisé. Il a notamment soutenu qu’il ne voit pas pourquoi l’Etat doit aider ces Rodriguais alors qu’ils sont déjà détenteurs d’un bail pour l’occupation et l’exploitation des terres de l’État dans leur île natale. Il a ajouté qu’il donnerapriorité aux Mauriciens quine possèdent ni toit ni terrain. Il n’en fallait pas plus pour qu’il s’attire les foudres des Rodriguais.

S’ils sont venus vivre à Maurice, c’est que le travail manquait chez eux, martèlent des Rodriguais. «Les Rodriguais, surtout les plus vulnérables, ne viennent pas à Maurice passer des vacances. Ils viennent chercher du travail. J’ai eu l’occasion de rendre visite à ces familles de squatters. Elles vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Il n’y a ni eau, ni électricité. Le gouvernement ne peut les laisser sur le carreau», témoigne Christian Léopold, député du Mouvement rodriguais et secrétaire parlementaire privé.

En fait,tous les mois, des centaines de natifs de Rodrigues inondent le marché du travail à Maurice et viennent grossir le rang des laissés-pour-compte. Le premier secteur à ressentir de plein fouet les effets d’un tel phénomène, c’est le logement. Devant l’indisponibilité de logements adéquats, certains Rodriguais n’ont pas hésité à occuper illégalement des terres de l’État et ceux de propriétaires privés.

Un détour à cité La Cure démontre à quel point ces familles vivent dans l’extrême pauvreté. Sans compter le stress qu’occasionne leur situation. «Nou pa pe dormi depi ki nu finn tann ki minis Kasenally dir sa. Mo tifi e mo garson dimann moi kot nu pu al dormi e kuma nu pou continye nu letid», raconte, d’une voix remplie d’émotion, Anne-Marie Colette, squatter à cité La Cure.  Johnny (prénom fictif), âgé de 11 ans, fils de Jeanne, la voisine d’Anne-Marie, ne veut, lui, pas se rendre à l’école alors qu’il va prendre part aux examens du Certificate of Primary Education qui débutent le 22 du mois prochain. «Li dir mwa so latet fatige. Parfwa li pa oule al dan klas li onte», confie sa mère au bord des larmes.

Josiane Prosper, originaire de Citron-Donis, raconte qu’elle a quitté son île natale en 2002. Son époux Étienne et elle sont venus à Maurice trouver un emploi. «Mo leker fer mal, letan mo finn aprann ki minis Kasenally fi nn dir. Si ti ena travay Rodrig, mo pa krwar ki Rodrige ti pu vinn en mas dan Moris», confie cette femme, très active au sein d’une association regroupant des femmes de la localité.

Après 14 ans de lutte, Josiane Prosper a enfin obtenu tous les permis nécessaires pour construire sa maison. Elle lance un appel pour que les habitants de Karo Kalyptis ne soient plus traités de tous les noms. «Nous avons nous aussi le droit de vivre. Qu’on respecte notre dignité», dit Josiane très calmement.

Marie Dolorès et son époux, Francis Collet habitent non loin de la demeure de Josiane Prosper. Elle, critique la manière dont certains à Maurice traitent les Rodriguais. «Nous sommes venus ici pour trouver du travail non pour subir le mépris des autres. Nous ne voulons pas de pitié mais seulement un peu de compréhension. Mais une chose est sûre. Kouma enn lokazion presente nou pou retourn dan Rodrig se laba ki nou lombri entere», souligne-t-elle.  «Noussi nounn vinn Moris kouma nou bann ser bann frer rodrigue akoz pena travail laba. Me nou pa dakor si pou dir retourn Rodrig. Sinon nou pou al mor san manze laba parski depi lontan pena okenn developman travay laba», commente  furieusement Jeanine, de La Ferme Bambous où vivent plus de 120 familles rodriguaises.

Et sa seule préoccupation du moment, c’est de trouver un emploi afin de subvenir aux besoins de ses enfants. «Mem manev mason, nu kapav travay. Travay pa fer nu per», rassure-elle.

Dépité, un squatter de cité La Cure, dans cet entretien vidéo, souligne notamment que les autorités peinent à les aider.

Dans ces multiples témoignages, un seul mot revient comme un leitmotiv : ces Rodriguais affirment tous être victimes d’une injustice et subissent un vrai mal être. Et tous affirment qu’ils se retrouvent à vivre dans des conditions précaires par nécessité. «Les problèmes soulevés après l’expulsion de squatters ne sont que le sommet de l’iceberg. Parce que les opportunités d’emplois sont inexistantes à Rodrigues. C’est l’une des raisons principales qui poussent certains à venir à Maurice. On ne doit pas les traiter ainsi. Ils sont eux aussi des citoyens à part entière de la République de Maurice. Le gouvernement doit mettre en place une politique d’action nationale pour les Rodriguais vivant à Maurice», résume Gaëtan Jabeemissar, le Minority Leader. 

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