Solidaire des femmes en détresse

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Le décès d’une photographe de presse, suite à des complications liées à un avortement, a suscité de l’émotion dans la population. La vague de compassion qui a suivi a contribué à relancer le débat sur l’avortement. La campagne actuelle dans la presse pour légaliser l’avortement semble motivée par une solidarité avec les femmes devant faire face à une grossesse non-désirée. Elle vise à leur procurer une solution légale et médicalement sûre. Je comprends le désarroi des femmes confrontées à une grossesse non-désirée. Ces grossesses sont vécues comme des drames personnels, les femmes se retrouvant seules et vulnérables devant une décision difficile. Angoissées, elles considèrent l’avortement comme l’unique solution. Je comprends également le souci de ceux qui veulent aider ces femmes qui deviendraient des «délinquantes» aux yeux de la loi actuelle.

Tout en refusant l’avortement pour une raison liée au respect d’un droit humain, l’Eglise est attentive à la détresse de ces femmes. Déjà, des institutions charitables accueillent certaines ou hébergent les enfants qu’elles veulent garder mais ne peuvent élever. Je voudrais exprimer ici comment et au nom de quoi nous cherchons à promouvoir une solidarité avec les femmes enceintes en détresse.

(a)&nbspLes statistiques révèlent que 5.3 % des femmes qui se font avorter sont des cas de «détresse» (abus, viol, inceste, etc.). Souvent l’entourage ne leur propose que l’avortement comme solution. Ayant vécu un premier traumatisme, elles n’ont pas le temps d’exprimer leur souhait elles ont peur d’être rejetées, de gâcher leur vie et succombent ainsi à la pression de leur entourage.

Ces femmes méritent tout notre soutien et notre accompagnement. Notre expérience sur le terrain montre qu’il faut rester proche de la femme violée ou abusée durant la première phase de révolte. La compréhension et le soutien de sa famille ou d’un organisme lui redonneront la sécurité affective nécessaire pour mener sereinement à terme sa grossesse. Toutefois, malgré cela, plusieurs ne pourront pas élever leur enfant. C’est pourquoi il faudrait simplifier les procédures d’adoption et permettre aux crèches de vraiment accueillir et placer ces enfants.

(b)&nbspUne recrudescence des grossesses juvéniles est observée dans notre société. Des enseignants témoignent de cela et de la difficulté d’accompagner des écolières enceintes qui subissent la pression de leur famille/petit copain pour avorter. Ces grossesses précoces sont le symptôme d’une société permissive qui entraîne la tolérance de conduites sexuelles à risque. On ne peut fermer les yeux sur la permissivité dans laquelle les jeunes évoluent et s’offusquer des détresses qui en résultent. C’est ici que s’inscrit l’importance d’une réelle éducation sexuelle, qui fait défaut à notre société. Des programmes et des groupes avec une réelle expertise existent. Par manque de volonté politique, les moyens font défaut pour initier ce genre de programme

Ces jeunes filles enceintes ont besoin d’être accompagnées et non pas jugées et condamnées. Quand elles développent une relation de confiance avec des adultes capables de les soutenir, elles découvrent qu’elles souhaitent garder leur enfant. Même si elles ont fait une «première bêtise», elles peuvent retrouver un minimum de dignité en donnant naissance à leur enfant dans un climat apaisé. Des foyers d’accueil et ONG font déjà ce travail. Ils mériteraient d’être encouragés et multipliés parce qu’ils développent concrètement le respect de la vie et de la dignité de la femme à travers la promotion d’une maternité responsable et des valeurs essentielles à une société qui se respecte.

La vraie question : la contraception

En 1993, une enquête de la MFPA révélait que la majorité des femmes se faisant avorter (94.7%) étaient mariées, déjà mères de famille, l’avortement étant le dernier recours quand les autres moyens de contraception avaient échoué. Leur vrai problème est la difficulté de trouver et de s’astreindre à un moyen fiable de contrôle de leur fertilité. L’expérience montre qu’un moyen de contraception n’est jamais pour le couple purement mécanique. En choisir un entraîne une façon plus ou moins heureuse de gérer quelque chose de profond dans l’amour humain, son ouverture à la vie. Plus le couple s’aime vraiment, plus cette ouverture est présente. Le contrôle de sa fertilité engage donc la responsabilité du couple. Pour la vivre avec bonheur, le couple gagne à prendre du temps pour se renseigner, évaluer les différentes méthodes, se faire accompagner par des personnes d’expérience, non seulement au plan médical mais aussi au plan humain.

Sans entrer dans une étude comparée des méthodes de contraception, il faut admettre qu’aucune n’est à 100 % efficace. Quand, malgré toutes les précautions, une nouvelle vie surgit dans l’histoire d’un couple, c’est un moment clé à gérer pour sa stabilité et son bonheur futurs. Surpris par une grossesse non planifiée et non désirée, un couple est vulnérable. Peut-être avait-il fait des plans d’avenir ou contracté des emprunts pour la maison ou les études des enfants ? A-t-il déjà du mal à joindre les deux bouts ? Un nouvel enfant apparaît comme un facteur qui bouleverse le couple et le fragilise.

Confronté à un tel choix : accepter l’enfant et se serrer la ceinture ou le rejeter pour préserver son confort, le couple seul arrive difficilement à évaluer l’enjeu d’une telle décision. Il a besoin d’un interlocuteur (amis, parents, conseillers conjugaux) qui l’aide à mesurer le poids de chaque alternative avant de se décider. Souvent malheureusement, le seul conseil qu’il reçoit c’est d’avoir recours à la solution de facilité : l’avortement.

Les femmes qui acceptent ce conseil succombent à la tentation du «tout et tout de suite», mais regrettent ensuite la décision de se séparer de l’enfant qui avait commencé à vivre en elles. Selon des psychologues réputés (Tony Anatrella en France et Dr. Mango aux Etats-Unis), les femmes ayant subi un avortement sont au départ soulagées d’avoir trouvé une solution à leur problème mais graduellement, ce soulagement fait place à des troubles insidieux : perte de l’estime de soi, culpabilité, troubles de l’appétit, anxiété, insomnies, cauchemars sur le bébé, et parfois dépression.

Le débat animé sur la légalisation de l’avortement obscurcit le véritable enjeu qu’est la planification d’une sérieuse politique d’éducation sexuelle et de contrôle responsable de la fertilité. Je salue ici la prise de position de la ministre de la Femme, Indranee Seebun, qui a affirmé que l’avortement ne peut en aucun cas être un moyen de contraception.

Ma position n’est pas la défense d’un précepte religieux propre à l’Église catholique et qu’elle voudrait imposer à la nation. Il s’agit, au contraire, de savoir comment, dans notre société, nous devons défendre le droit humain fondamental à la vie. Cette position rejoint celle de nombreux citoyens et des grandes religions. Pour l’hindouisme, le respect de tout être vivant est un principe fondamental. Gandhi dit : «Pour moi, il va de soi que l’avortement serait un crime.» Le recteur de l’Institut musulman de Paris déclare : «L’Islam, quelles que soient ses tendances, assimile l’avortement à un homicide volontaire.»

La vie humaine commence dès la conception. Ce petit être humain a droit à la vie. Nous devons le respecter et le défendre. Si quelqu’un, au nom de sa liberté de conscience, veut se faire avorter et revendique le droit à un avortement médicalisé, l’Etat doit intervenir pour protéger le droit de l’enfant sans défense qui vit dans le sein de sa mère, et empêcher qu’il soit torturé et éliminé. Comme l’Etat doit empêcher qu’un enfant soit abusé sexuellement, séquestré, drogué ou brutalisé.

Légaliser l’avortement équivaudrait à désespérer de la capacité d’une société d’accueillir les femmes en détresse et d’en être solidaires. Au lieu d’une solution aussi négative que la légalisation de l’avortement comme solution d''''avenir, nous pourrions tous participer à la promotion d’une culture respectueuse de la vie et de la dignité humaine.

Opinion de Maurice E. Piat
Evêque de Port-Louis

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