Roi du « brown sugar », Mohamed-Ali reconnu trafiquant à l’issue d’un troisième procès

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Il était un parrain pas comme les autres. Fils de trafiquants, Ashraf Mohamed-Ali&nbspest parvenu à échapper en deux fois à des procès pour importation d’héroïne totalisant Rs 38 millions. La Cour suprême l’a condamné à 35 ans de prison ce jeudi 9 juin pour une livraison de Rs 12 millions de drogue.&nbsp

Cent jours pour le truand, un jour pour la police... A 37 ans, Ashraf Abdul Hamid Sheik Hassen Mohamed-Ali a finalement été reconnu comme étant un trafiquant de drogue par la Cour suprême, ce jeudi 9 juin 2011. Considéré comme un des parrains les plus intelligents de l’île, ce fils de trafiquants est parvenu à échapper à la justice dans deux procès uniquement sur des points de droit.

Dans ce troisième procès pour tentative de prendre livraison de Rs 12 millions le dimanche 30 mars 2008, à Bain-des-Dames, un faubourg de la capitale, la juge Devianee Beesoondoyal l’a condamné à 35 ans de prison. Sentence qui a aussi été infligée à son complice, Hervé Daniel Assame, un technicien informatique de 49 ans.

Ashraf Mohamed-Ali condamné, c’est une revanche pour la police. Dès l’âge de 22 ans, ce jeune, formé dans une université indienne, prend la relève du business familial. Son père, Hassen, et sa mère, Suraiya, une Indienne, ayant déjà eu des problèmes avec la justice. Ce qui lui vaut de figurer sur la fameuse liste rouge du militant anti-drogue, Ally Lazer.

A Plaine-Verte, faubourg de Port-Louis, tristement célèbre pour sa concentration de trafiquants et de consommateurs d''''héroïne, Mohamed-Ali se présente comme un homme d’affaires avisé ayant réussi dans l’immobilier. L’argent coule à flots et contrairement aux autres barons de la place, il ne rechute jamais des quidams africains ou indiens facilement repérables par la police.

Rusé, il fait souvent appel à des « consultants » ayant un bagage académique. En février 1999, il a échappé à la prison suite aux incohérences de la police et du ministère public. Il a pu convaincre la Cour suprême que ce n’est que par pur hasard qu’il s’est retrouvé en plein exercice de livraison contrôlée d’un colis de Rs 3 millions d’héroïne, sur la plage de Riambel.

L’industriel indien Eric Salomon John, diplômé d’économie, a débarqué dans l’île avec la drogue dans ses sous-vêtements. Celle-ci devait être livrée sur cette plage et c’est l’endroit qu’aurait choisi Ashraf Mohamed-Ali pour une innocente balade.

En liberté conditionnelle dans cette affaire, il sera condamné - la seule fois - pour possession de 35.2g d’héroïne saisie au domicile de ses parents, à la rue Abbé Desroulèdes. Il écopera de cinq ans de prison, son père en prendra pour six ans.

En novembre 2005, à peine libéré, il est de nouveau coincé par la brigade anti-drogue, cette fois à l’aéroport. Il est en compagne de Moohisin Hussain Khan Allykhan, l’homme qui l’accompagnait à Riambel en 1999. Une fois de plus, il est alors fortement soupçonné d’être venu prendre livraison de Rs 35 millions d’héroïne auprès de l’Australienne Susan Dalziel, 52 ans. Cette dernière est au-dessus de tout soupçon étant une enseignante reconvertie en consultante touristique.

Ashraf Mohamed-Ali restera en détention préventive deux ans durant. C’est dans cet intervalle que ses sbires tenteront de le faire libérer contre une caution à travers un faux ordre télécopié au tribunal de Mahébourg, à partir de l’appareil du Bail and Remand Court. Ses complices avaient déjà l’argent en main mais le magistrat s’est rendu compte que la signature de son collègue avait été falsifiée.

Le 30 octobre 2007, le ministère public raye l’accusation contre lui sur un point technique soulevé par son avocat. L’heure de son arrestation étant différente d’une minute à celle dite par l’Australienne et la police. Ashraf Mohamed-Ali remis dans la circulation, la quinquagénaire écopera de 28 ans de prison.

Libre, Mohamed-Ali se remet au travail. Le 29 mars 2008, son nouveau passeur, le consultant militaire américain Scott Bradley Mertz, traverse sans encombre les services de l’immigration. Comme l’Australienne, il arrive de Nairobi, au Kenya.

Le lendemain, après avoir annulé à deux reprises la livraison, l’Américain se trompe. Au lieu d’un terrain en friche à Bain-des-Dames, où il doit balancer le paquet colis contenant 1.3kg d’héroïne, il le jette à côté du domicile d’un policier. En effet, le constable Yan Sun Fong de la Police Bike Patrol se trouve ce soir-là sur un terrain attenant, chez sa belle-sœur. L’officier voit la scène, remarque une valise vide mais anormalement lourde. Il alerte aussitôt un ami de la Flyinq Squad. L’équipe débarque sur place et découvre la drogue dans le double-fond de la valise. Une opération de surveillance est aussitôt mise en place.

Le chauffeur de poids lourd Ajay Kumar Sawoo Balgobin et l’Américain Scott Bradley Mertz se jettent dans la gueule du loup en revenant voir où la valise a été jetée. Ils passeront un appel à Ashraf Mohamed-Ali qui s’amène au volant de la Toyota Corolla de son ami, Sanjay Khugputh, un sergent de police.

Alors qu’il demande à son passager, Hervé Daniel Assame, de récupérer le colis, il se rend compte que la brigade anti-drogue s’apprête à le coincer. Il parviendra à prendre la fuite avec son complice en faisant marche arrière sur 100 mètres, encastrant par là même la voiture dans un mur.

La brigade anti-drogue de Rose-Hill parviendra à intercepter une habitante de St-Martin qu’elle soupçonne d’avoir tenté de lui remettre son ordinateur portable. Equipé de toute une panoplie de logiciels de communication, tel que Skype, il y avait alors de forts doutes qu’il voulait quitter Maurice par la mer.

Ashraf Mohamed-Ali ne sera capturé qu’après une cavale de 90 jours, à Rose-Hill. Son complice sera trahi deux mois plus tard par la carte SIM d’un téléphone portable retrouvé dans la voiture. La boîte ayant été retrouvée chez lui.

Lors de leur procès, les hommes de loi d’Hervé Assame et d’Ashraf Mohamed-Ali, Mes Jacques Panglose et Sanjay Bhuckory, ont tenté de faire croire qu’ils ont été victimes de la Flying Squad. En soutenant que les agents de cette unité spéciale de la brigade anti-drogue ont fabriqué des preuves contre leurs clients.

La juge Beesoondoyal n’a pas tenu compte de cet argument, les condamnant à 35 ans de prison. Elle s’est basée sur le fait que Scott Bradley Mertz a écopé de 37 ans de prison et Ajay Kumar Sawoo Balgobin, de 15 ans.

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