Rodrigues : Violée puis jetée dans des latrines, elle survit

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Les parents, en compagnie d’une de leurs six enfants, allant réconforter leur fillette hier après-midi à l’hôpital de Crève Coeur

Inhumain, ce supplice que C., une Rodriguaise de quatre ans, a subi vendredi. Elle a été violée et jetée dans une fosse d’aisances. Elle fera une déposition incessamment. Son agresseur présumé – son cousin – est passé aux aveux.

Elle pleure sans cesse, la petite C., bientôt cinq ans. Et dès que sa maman quitte son chevet, la gamine  éclate en sanglots, rameutant toutes les infirmières. Couchée sur un lit du «Pediatric Ward» de l’hôpital Queen Elizabeth, à Crève-cœur, Rodrigues, C. se remet lentement du terrible viol qu’elle a subi ce vendredi, avant d’être jetée dans une fosse d’aisances remplie et à demi recouverte d’une plaque en béton. Il semblerait que son agresseur, qui n’est autre que son cousin de 14 ans, a profité de son état de choc pour l’enfoncer dans cette fosse, dans l’espoir de la faire disparaître avec son lourd secret…

Mais c’était sans compter sur la capacité de survie de C. Le long de ses bras et sur ses joues, il y a des griffures, traces de la violence subie, et de sa détermination à rester en vie, le bras accroché à une barre de fer, le corps enfoncé jusqu’au cou dans les excréments de cette fosse d’aisance, à Soupir, un village qui porte son nom…

A un moment, après plus d’une heure, la petite était à bout de forces. C’est à ce moment qu’elle a entendu la voix paniquée de sa mère, Marie, qui hurlait son nom. «J’avais un pressentiment que quelque chose de grave s’était produit. C. n’est pas du genre à s’éloigner de la maison. Et puis quand quelqu’un touche à votre enfant, vous le ressentez…», confie Marie à l’express. Celle-ci reste désormais en permanence à l’hôpital et ne veut plus abandonner sa fillette, la cinquième d’une fratrie de six enfants. Elle ne travaille pas, et ce jour, comme d’habitude, elle s’occupait d’une autre petite. Son mari, Jean-Paul, était lui sur un chantier : «Je n’ai pas de boulot, mais de temps en temps on fait appel à moi pour des travaux de construction.» Aujourd’hui, les deux parents sont perdus, entre les procédures médicales et policières. «Pancor kone ki pou arive C. So ka grav, ek dokter finn dire bizin pas donn li ni manze ni bwar. Li zist lor serum…». À côté d’eux, la gamine, qui fêtera ses 5 ans dans trois semaines, réclame un gâteau, puis un jus, mais sa maman est obligée de dire non. Pourtant des proches sont venus avec des provisions. «Il faut attendre encore à cause des séquelles du viol nous a expliqué le médecin», confirme Jean-Paul.

Du côté de la police, on laisse entendre que la Brigade des mineurs de Port-Mathurin consignera la déposition de la petite en ce début de semaine. L’agresseur présumé, qui était parti à la pêche après l’agression, a été appréhendé et serait passé aux aveux.

A l’inhumain s’ajoute la honte. Les parents de l’enfant subissent une double peine.  Puisque c’est le propre neveu du père de la petite, le fils de son frère,  qui s’est attaqué à elle. «Garson la tou sel ek so mama, son papa inn al Moris (…)», explique Jean Paul. Le jeune, B., commençait déjà à filer du mauvais coton depuis quelque temps. Selon nos renseignements, il a déjà été mêlé à une affaire de vol et il a été renvoyé du collège, alors qu’il était en Form IV. Depuis, sa principale occupation était la pêche. Mais les parents de C. n’auraient jamais pu imaginer qu’il allait s’en prendre ainsi à sa propre cousine, ni que rien de tel pourrait arriver un jour à l’un de leurs enfants.

Pour espérer surmonter un tel  traumatisme, tant au niveau des parents, que de la fillette, il faudrait un soutien psychologique. Et pour suivre également l’agresseur, à peine sorti de l’enfance.

Or, il n’y a aucun professionnel, aucune structure à Rodrigues. Le seul psychologue de l’île est un psychologue scolaire.  Une unité de psychiatrie est en projet à Mont Lubin, mais en attendant, cette famille doit se débrouiller seule, avec le soutien de proches, comme en témoignait leur présence hier, en grand nombre, à l’hôpital, au chevet de la petite miraculée de Soupir…

Nad Sivaramen

(de Rodrigues - 29 juillet 2013)

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