Rencontre Paul Bérenger-Pravind Jugnauth : cinq ans d’insultes oubliés en vingt minutes

Avec le soutien de

L’intimité et la complicité affichées par Paul Bérenger et Pravind Jugnauth lors de leur rencontre cette semaine&nbspont surpris plus d’un. Ces deux hommes se sont lancé les pires insultes au cours des ces cinq dernières années.

Il aura suffi d’une brève rencontre entre Paul Bérenger et Pravind Jugnauth pour que les deux hommes oublient leur rancœur mutuelle et se présentent devant la presse comme deux « camarades » de longue date. A la fin de cette « première prise de contact », dans la suite présidentielle de l’hôtel Le Labourdonais à Port-Louis, chacun a tenu à dire combien il était à l’aise à côté de l’autre. Une déclaration d’amour sans pudeur qui vise à faire oublier les cinq ans de viles attaques par presse interposée.

En effet, après cinq années passées au sein du même gouvernement entre 2000 et 2005, les relations entre le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) et son homologue du Mouvement socialiste militant&nbsp(MSM) s’étaient irrémédiablement détériorées. La défaite à des élections consécutives en 2010, les législatives de juillet et les municipales en octobre, ont fini par rendre invivable la vie de couple entre le MMM et le MSM.

Sans le soutien des deux élus du Parti mauricien social démocrate (PMSD) qui avaient quitté les rangs du gouvernemnt, Paul Bérenger perdait son siège de leader de l’opposition au profit de Nando Bodha (MSM).

Les choses allaient s’empirer lorsque, avec le soutien tacite du MMM, l’oncle de Pravind Jugnauth, Ashock, réclame le poste de chef de l’opposition parlementaire. Déjà affaibli par sa défaite aux élections générales, Pravind ne peut pas permettre à un autre Jugnauth de lui faire de l’ombre.

Ashock Jugnauth quitte alors&nbsple MSM et prend ses distances du Sun Trust. Les Jugnauth, père et fils, accusent le leader du MMM d’être à l’origine de la cassure familiale. Dès lors, les insultes fusent de toutes parts.

Celui que Paul Bérenger avait désigné comme son « petit frère », devint rapidement le « Pinocchio » de la politique, selon la lecture du MMM. « Johnny », lui répliqua Pravind Jugnauth en référence à un whisky très apprécié des nos politiques.

Mais le plus dur restait à venir. Au cours de la campagne pour l’élection partielle de mars 2009 au No. 8 (Moka/Quartier-Militaire), Paul Bérenger trouva mieux en qualifiant le leader du MSM de « petit crétin ». Il faut dire qu’en matière d’insultes personnelles, le leader du MMM en connaît tout un rayon. Après avoir affublé sans gêne Madan Dulloo du nom de « pagla mamou » ou encore Anil Bachoo de « limité intellectuellement », c''était au tour de Pravind Jugnauth de découvrir le vocabulaire de Paul Bérenger.

Au cours de cette campagne, le leader du MSM ne fit pas mieux en s’appropriant un discours jusqu’ici propre à certains membres du Parti Travailliste. Sans citer la couleur de peau de Paul Bérenger, qui s’était attaqué à la légitimité de sa candidature, Pravind Jugnauth y fit subtilement référence en le comparant aux colons.

« Monsieur Bérenger croit peut-être qu’il vit encore à l’époque du colonialisme où il fallait demander la permission aux maîtres. Vous voyez quel genre de mentalité », avait-il lancé sous les applaudissements de ses partisans lors d’une réunion à Camp Thorel.

Les insultes reprirent de plus belle pendant la campagne électorale de 2010. Sur le même ton et avec la même hargne .Paul Bérenger fustigeait à chacune de ses sorties publiques « l’alliance des fils à papa ».

Une situation qui ne changea guère avec l’installation au pouvoir de l’Alliance de l’Avenir. Au Parlement, le leader du MMM reproche souvent à Pravind Jugnauth, alors ministre des Finances, de ne rien comprendre à l’économie. « Johnie ki pe dire », lui réplique régulièrement son « camarade » Pravind.

C’est également dans l’insulte que Pravind Jugnauth choisit de répondre aux premières attaques de Bérenger sur le dossier Medpoint.

Le leader du MSM, accompagné ses lieutenants, dont l’ancienne ministre de la Santé, Maya Hanoomanjee, entreprit une tournée de plusieurs circonscriptions reprochant à son adversaire du jour « de mendier une alliance avec la PTr ». C’était il y a peine quelques mois, entre février et mars 2011.

A Goodlands, Pravind Jugnauth sombra dans la vulgarité. Le même type de vulgarité&nbspà laquelle&nbspnous avait habitués le leader du MMM avec, par exemple, le « figir f... » attribué à Navin Ramgoolam.

« Li pe sousé ziska so lalang inn vinn long couma enn cravate », lança le leader du MSM.

Quand la presse lui reprocha sa vulagarité, Pravind Jugnauth promit d’utiliser, dorénavant, le mot « sucer » pour ne pas blesser la sensibilité, entre autres, de l’express.

Après les premiers signes du malaise qui minait l’Alliance de l’Avenir, le MMM changea son fusil d’épaule. Dès lors, le MSM et son leader étaient épargnés et le MMM concentrait ses tirs sur le PTr et Navin Ramgoolam.

Ce changement d’attitude fut marqué par le retrait d’une question parlementaire de Reza Uteem sur les équipements achetés par l’Etat en même temps que la clinique MedPoint au coût total de Rs 144,7 millions.

Entre le MMM et le MSM, sont désormais oubliées les insultes et les injures. Le temps est maintenant aux mamours… jusqu''à la prochaine rupture.

Et alors, la machine à inventer les insultes et les vulgarités fonctionnera à nouveau à plein régime.

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