Portrait : De l’autre côté de la barrière

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Peu de personnes troqueraient leur poste de directeur au sein d’une société importante pour être leur propre chef. Berty Appadoo l’a fait. Depuis deux ans, cet ancien haut cadre chez Total a pris en gérance une station-service à Beau-Bassin. Et cela lui réussit.

Berty Appadoo semble comme un poisson dans l’eau dans son petit bureau à mettre à jour les chiffres concernant le débit des pompes, l’évaporation de l’essence, en particulier du super, et d’autres données destinées à le conforter dans sa rigoureuse gestion. On est loin du bureau feutré et climatisé de directeur dans lequel il a longtemps évolué à Port-Louis, entouré de ses trois assistants. Là, il fait cavalier seul et assume toutes les responsabilités.

Ce sportif émérite, qui a été le passeur de l’équipe nationale de volley-ball pendant 11 ans, avant de se passionner pour le cyclisme, est entré dans la vie active au Central Electricity Board. Après six ans dans ce service essentiel, il s’est vu proposer un emploi de Sales Retail Supervisor chez Esso. Il a alors eu à sa charge la gestion de 27 stations-service. Cela l’obligeait à être souvent sur les routes. «Je me suis déjà vu quitter Port-Louis pour aller régler un problème à Goodlands. Une fois sur place, j’ai appris qu’il y avait un pépin à Chemin Grenier et j’ai dû m’y rendre. Ce genre de situations était assez courant et à l’époque, les routes étaient en mauvais état». Ce qui lui plaît toutefois avec cette responsabilité, c’est «le fait de ne pas être cloisonné, de bouger et de rencontrer des gens de divers milieux».

En 1993, lorsque Total devient indépendant, il se laisse débaucher par cette société pétrolière qui lui offre un poste identique sur un plateau, avec des conditions plus alléchantes. Il gère alors 16 stations-service, dont il fait grossir le nombre à 20.

Lorsque Total absorbe Esso en 2005, il est nommé Retail Sales Manager et gère alors 48 stations-service avec l’aide de trois assistants. Comme il n’aime pas la sédentarité, il continue à aller sur le terrain et à consulter les gérants des différentes stations travaillant avec Total.

A trois ans de sa retraite, il se dit qu’il aimerait bien terminer sa carrière en étant son propre chef, c’est-à-dire en gérant une station-service. Il en fait part à son patron. D’abord incrédule, ce dernier fi nit par lui offrir la station de Beau-Bassin en gérance. Berty Appadoo fait le saut en mars 2008.

Cela fait maintenant deux ans qu’il gère cette station service. Question profitabilité, «ce n’est pas l’Eldorado», comme il le dit lui-même car la marge des gérants est de Rs 1.50 par litre d’essence. Et toute majoration à la hausse de ce liquide pétrolier par l’Automatic Pricing Mechanism signifie plus d’argent à injecter dans son achat. «Mais je vis», confie-t-il.

Pour augmenter ses marges, Berty Appadoo doit faire du volume. Ce qui joue en sa faveur, ce sont les contacts qu’il a tissés au gré de son enfance – il a grandi à Beau-Bassin – et de son parcours professionnel et sportif. Et puis, il ne se cantonne pas à son rôle de gérant. Il joue aussi les pompistes, les vérificateurs de livraison et parfois même les nettoyeurs.

Comment conserver une avance dans la cour des grands quand il y a 140 stations-service sur le terrain de jeu? «C’est vrai, nous avons tous le même produit. Donc, en sus des contacts, il faut soigner le service, c’est-à-dire présenter une station propre, offrir le nettoyage des pare-brise, de l’eau distillée, la vérification de la batterie et non des moindres, le SBAM, soit le sourire, le bonjour, l’au revoir et le merci».

Le petit plus prend la forme de distributions de fleurs, de chocolats, de ballons et de serpentins lors de fêtes nationales. Depuis trois mois, il a misé sur l’aménagement d’une boutique sur la station. Outre les friandises et autres boissons, il y vend aussi des cigarettes, des cartes téléphoniques et de parking, de même que du gaz ménager.

Berty Appadoo veille aussi à créer une bonne ambiance entre les pompistes qu’il rétribue un peu plus que ce que prescrit la loi. «Je les gâte bien. Je leur donne de la considération car j’estime qu’il faut valoriser ce métier qui a trop longtemps été mal perçu, à tort». Il ne regrette pas sa décision une seule seconde. «Je suis seul maître à bord. Je jouis d’une bonne santé. Je pratique mon sport. J’ai une femme et un fils adorables, des amis fidèles. Je serai bientôt grand-père. Que demander de plus?» C’est ça son idée du bonheur…

Marie-Annick SAVRIPÈNE

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