PMSD – PTr, l’alliance de raison

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Les spéculations redoublent sur l’avenir des bleus au sein du gouvernement. Mais elles ne doivent pas faire oublier que l’union du parti de Xavier Duval avec les rouges est bâtie sur des intérêts impossibles à négliger.

Il y a le discours officiel, celui qui assure que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes au sein de l’alliance gouvernementale. Puis il y a les indications de l’opposition, des analyses du body language de Xavier Duval et de NavinRamgoolam par Paul Bérenger. Ce dernier va jusqu’à voir unDuval «dont le coeur n’y était plus» et un Ramgoolam boudeur.Une version voit le PMSD solidement ancré dans la majorité, l’autre le dit prêt à quitter le navire à tout moment. La vérité se situe sans doute quelque part entre les deux. L’union PMSD-PTr vit bien une période de malaise, mais elle n’a pour l’instant aucune raison objective de se dissoudre.

Le malaise du PMSD au gouvernement est le fruit d’une série d’événements ayant agité la basse-cour bleue en 2013 : révocation de Robert Desvaux, crise Duval-Sik Yuen, les Bleus qui ne participent plus aux conférences de presse des rouges au square Guy-Rozemont, les positions divergentes sur les nominations dans le judiciaire… Il règne donc une certaine méfiance, sinon entre les leaders, du moins entre les fidèles des deux partis.

Entre eux, les apparatchiks travaillistes n’hésitent plus à évoquer leurs reproches et leurs rancoeurs envers les Bleus. Et du côté du PMSD, si on revendique une parole plus libre, on se garde bien de dire quoi que ce soit sur la santé de l’alliance. Interrogé sur ce dernier sujet, le secrétaire général des bleus, Mamade Khodabaccus, n’a même pas voulu user de l’habituelle langue de bois : «Je ne peux répondre à des questions sur notre alliance avec le PTr. Il n’y a que le leader qui a le droit d’en parler...»

Un collaborateur travailliste résume ainsi un certain état d’esprit qui prévaut parmi les rouges : «Xavier Duval est aujourd’hui notre Luis Suarez». Détaillons pour les non-amateurs de football. Le buteur uruguayen de Liverpool Luis Suarez s’est distingué dans le passé non seulement pour ses prouesses de jeu, mais aussi pour son indiscipline. Lourdement sanctionné pour avoir insulté un joueur puis mordu un autre, il a bénéficié du soutien de son club tout au long de ces épreuves. Avant d’annoncer il y a quelques mois qu’il voulait quitter Liverpool pour une meilleure équipe.

Arsenal, club rival, a même fait une offre ferme pour ses services, mais celle-ci n’était pas suffisante pour libérer le joueur de son contrat. Suarez joue toujours pour Liverpool, mais si les fans apprécient son utilité, ils n’ont pas oublié son ingratitude.

De la même manière, les Rouges estiment avoir beaucoup fait pour Xavier Duval. En alliance avec Ramgoolam depuis 15 ans, le leader des bleus est devenu le premier ministre des Finances du PMSD et a pu caser plusieurs de ses soutiens dans des corps parapublics. Cela malgré un poids électoral des plus médiocres, comme en témoigne l’analyse des résultats des dernières municipales, notamment à Quatre-Bornes, là où Duval est élu. Sauf que Duval reste utile pour les rouges, comme symbole communautaire et comme pilier de la majorité gouvernementale grâce à ses députés.

De son côté, malgré les appels du pied que lui lance l’opposition, Xavier Duval dispose d’une marge de manoeuvre assez limitée. Comme il l’a appris en février, s’il est un allié important au Parlement pour Ramgoolam, il n’est pas non plus indispensable. La distance prise par Michael Sik Yuen de son parti – et la sympathie dont il bénéficie chez les rouges – montre qu’en cas de cassure PTr-PMSD, il est peu probable que le ministre du Tourisme suive Duval et ses deux autres députés. En gardant Sik Yuen, Ramgoolam maintiendrait une majorité d’une voix au Parlement. Ajoutons à cela l’option d’un rapprochement avec Eric Guimbeau – déjà en pratique à Curepipe – et Ramgoolam pourra dormir tranquille même sans Duval.

Pour ce dernier, cela signifie qu’il ne peut être trop exigeant envers les Rouges. Mais aussi qu’il sera incapable, s’il souhaitait rejoindre l’opposition, d’apporter comme dot le renversement du gouvernement.

Mais il n’empêche que l’alliance entre le PMSD et le PTr n’est peut-être plus une histoire d’amour, mais elle reste un mariage de raison. Duval est utile aux travaillistes, du moins jusqu’aux prochaines élections et une réévaluation des options disponibles. Et le PTr est indispensable à Duval s’il ne veut pas devenir un second couteau de l’opposition. Peut-on pour autant être sûr que Xavier Duval ne quittera pas le gouvernement ? Non. L’exemple de la cassure gouvernementale décidée en 2011 par Pravind Jugnauth le montre : en politique, les blessures de l’amour-propre peuvent faire oublier les intérêts les plus rationnels.

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