Pas de langue de bois dans la créolité du romancier Bernabé et du poète Savy

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Intervention très remarquée de Jean Bernabé (à gauche sur la photo), romancier et linguiste antillais, et de Michel Savy (à droite sur la photo), poète seychellois lors de la conférence sur la créolité, dans le cadre du Festival International Kreol (FIK).

Chacun, à sa manière, a su éviter le piège des clichés et a même touché à des sujets tabous.

C’était lors de la conférence publique ‘Viv to kreolite’, ce samedi 28 novembre au Centre de conférence de Grand Baie. Le chanteur mauricien Bruno Raya, membre du groupe OSB a, lui, livré un discours sur le créole de la rue, l’argot mauricien.

Intervenant sur le thème «Quels enjeux pour la créolité?», le linguiste Jean Bernabé, s’est immédiatement présenté comme un habitant «de la maison commune aux pièces multiples et variées» qu’est la créolité. Se décrivant comme un chercheur créoliste, il estime qu’il a le devoir de sortir des lieux communs et des banalités, donnant le ton à ce qui allait être un plaidoyer en faveur de l’appartenance non limitative à la créolité.

Situant d’abord la notion même de la créolité, dans son sens originel- c''''est-à-dire celui qui voit le jour sur la colonie éloignée, isolée du continent, comme pour mieux décrire l’insularité indéniable de la culture créole– il a ensuite décrit ce qu’est l’homme-créole.

«L’homme créole est un homme neuf, un homme nouveau qui n’est pas relié au droit du sang mais au droit du sol», fait ressortir le créoliste. Pour ce dernier, l’appartenance à une culture créole ne se fait pas en rapport à ces ancêtres mais de son appartenance à un lieu nouveau occupé en premier par le colon, venu d’un autre continent.

Mais là aussi, il ne suffit pas de naître pour exister en tant que créole, affirme le conférencier. Naître sur terre créole confère certes le droit d’y clamer son appartenance, mais c’est en acceptant sa culture que débute le processus de créolisation et que l’homme-créole devient.

«Viv kréolité dan dinité ek solidarité». Thème choisi par Michel Savy pour démontrer sa conviction dans un vécu historique de la créolité et relever des insuffisances de ce vécu au quotidien.

Le poète seychellois n’a aucun doute à l’effet que «Viv to Kréolité» a toujours existé. Allant aux origines de cette culture, il affirme que si le descendant d’esclave a pu survivre ce qu’il décrit comme une tentative génocidaire et faire face au piège du colonialisme, c’est parce qu’il a toujours vécu sa créolité. «C’est pour cela que nous sommes là, aujourd’hui, vivant et debout», donne-t-il pour preuve.

Ce qui n’empêche pas Michel Savy de se demander si nous la vivons suffisamment cette créolité, si nous la vivons entièrement? Sa réponse est catégorique. C’est un non sans appel. «D’abord combien de personnes ici présentes utilisent le créole partout et tous les jours? C’est la meilleure façon de vivre sa créolité», affirme le poète. Il appelle, en ce sens, tout un chacun à tout mettre en œuvre en faveur d’un vécu absolu de cette créolité.

Postulant que le berceau du développement ne peut être que l’école, il lance un appel pour la création d’un écrit standard international du créole et d’une Académie de la langue créole.

Bruno Raya a, lui, axé son intervention sur ce créole si particulier à nos banlieues et autres cités. Exposé sur l’argot, ce créole de la rue, qui témoigne de la dynamique linguistique en opposition avec le créole «sociable». S’armant d’exemples, les uns plus imagés que les autres, il a su démontrer qu’il existe un pont entre les deux parlers qui servent aussi de point d’échange. Les deux s’empruntant mutuellement mots et expressions.

Riches interventions de ces conférenciers qui ont fait le choix de ne pas pratiquer la langue de bois…

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