Me Jean-Claude Bibi: «Eglise Chrétienne- le combat va être long et difficile»

Avec le soutien de

Me Jean-Claude Bibi représente les intérêts de la famille Goddard et du ‘Group of Concerned Parents’ dans l’affaire d’enlèvement et de séquestration sur la personne d’une jeune Sud-Africaine de 19 ans.


L’Eglise Chrétienne est, en effet, au centre de plusieurs affaires. Elle se présente comme un réseau affairiste, selon l’avocat, qui a infiltré dans différents secteurs clés du pays. Me Jean-Claude Bibi nous livre ses impressions sur le combat qu’il aura à mener pour aller jusqu’au bout.


Quelles sont les doléances que vous recevez de ces parents abusés?

Les plaintes viennent des parents qui voient leurs enfants partir pour l’île avec un visa de touriste mais qui ne s’attendent pas à ce qu’ils prolongent leurs séjours sans les prévenir. Ces prolongements non programmés leur mettent la puce à l’oreille. Leurs enfants sont embrigadés dans des mariages arrangés sans leur consentement. L’Eglise Chrétienne abuse de la vulnérabilité de ces jeunes qui coupent les liens avec leurs parents, qui arrêtent leurs études au grand désespoir de ces derniers. Deux cents personnes sont impliquées dans le ‘Group of Concerned Parents’. Elles sont de différentes nationalités et moins d’une dizaine de personnes sont impliquées dans les affaires à Maurice.

Parlez-nous de la rencontre avec les diplomates de l’Union Européenne à Port-Louis…

L’Union Européenne a confirmé que l’APSA et d’autres organisations en lien avec la Church Team Ministries International (CTMI) ont bénéficié injustement du Decentralised Programme of Cooperation (DPC) de l’Union Européenne. Ces fonds auraient pu aller à d’autres ONG plus méritantes. Ces organisations de la CTMI (ou Eglise Chrétienne) se retrouvent tout simplement dans les bons papiers d’un certain ministère qui gère la liste des ONG de ce programme. L’APSA aurait bénéficié donc de la complicité de certaines personnes évoluant dans les hautes instances de l’appareil de l’Etat.

Quelles sont les implications légales de cette affaire?

La loi contre le trafic humain, votée cette année, en parle. Il est interdit d’abuser de la vulnérabilité des gens. D’après cette nouvelle législation, le consentement libre et conscient n’est pas une licence pour abuser d’une personne. C’est à l’encontre même des Droits de l’Homme. On ne peut pas choisir de devenir esclave. Nous avons pas mal de retard ici à Maurice comparé à des pays comme la France qui lutte en permanence contre l’abus. C’est même une tradition dans ce pays. A Maurice, il sera nécessaire d’apporter d’autres lois dans ce sens. Les législations en place demandent à être amendées et mises à jour. Le combat va être long et difficile.

Ne craignez-vous pas un désintéressement de l’opinion publique, des autorités et même des parents abusés si l’affaire traîne trop? Souvenez-vous du Select Committee sur l’Eglise Chrétienne qui n’a pas été jusqu’au bout de ses travaux.

Le plus important sera de ne perdre l’objectif fixé initialement. Nous avons à faire à un réseau affairiste qui a infiltré l’appareil de l’Etat pour arriver à ses fins. Cette situation perdure depuis longtemps et c’est pourquoi, je le redis, ce combat sera de longue haleine. Il ne s’agit pas de s’agiter et de tout perdre. Cette situation est complexe et n’a que trop perduré. Il y a de gros capitaux en jeu. L’Etat doit se donner les moyens pour aller jusqu’au bout de ce combat. La lumière doit être faite quitte à ce que cela prenne beaucoup de temps…

Vous bénéficiez quand même du soutien du PM. C’est un appui de taille et non négligeable…

Effectivement, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, porte un vif intérêt à cette affaire. Nous n’avons pas pu nous rencontrer. Il a été empêché par le décès de James-Burty David et par son voyage à Coppenhague. A son retour, c’est sûr que nous aurons un tête-à-tête.

Prévoyez-vous des secousses dans le domaine de la politique relatives à toute cette affaire?

Il n’y a pas à en douter. Il y a une dimension politique importante qui risque d’ébranler l’échiquier. Il est difficile de se prononcer sur les différentes responsabilités. Mais, c’est évident qu’il y a une complicité de certains au sein de l’Etat. Les diplomates de l’Union Européenne l’ont également mentionné. Il y a utilisation et manipulation de l’appareil de l’Etat pour bénéficier de certains avantages qui ne sont pas permis. Sans nul doute, les répercussions ébranleront, fragiliseront même certains politiques, l’Etat y est trop impliqué. Il suffit de prendre le cas de Morning Star School, une institution sous l’égide de l’Eglise Chrétienne. Cette école n’avait plus le droit d’opérer ayant été frappée par d’un interdit du ministère de l’Education à travers la PSSA. Cette école continue à fonctionner en faisant fi de l’interdiction des autorités prétextant un appel contre cette décision en Cour. Ces cas ne sont pas accidentels, il y a un réseau au très haut niveau de l’Etat.



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