Marie Leblanc fait la Une !

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La presse mauricienne compte aujourd?hui bon nombre de journalistes femmes pouvant faire jeu égal avec leurs confrères sinon les surpassant. Les lectrices et lecteurs d?expresso n?ont pas besoin qu?on leur rappelle ici leurs qualités d?écriture. Ils n?ont pu oublier leurs glorieuses aînées, les Micaëlla de Souza, les Monique Dinan, les Annie Cadinouche, les France Boyer de la Giroday, les Lilian Berthelot, les Muriel Obret, les Sophia et autres Marcelle Lagesse, dont on garde en mémoire le sympathique portrait du fondateur de l?Orphelinat Père Laval, le regretté James Hearne. Danielle Tranquille, mais aussi Vicram Ramharai et Robert Furlong, se chargent pieusement de raviver le souvenir d?une des toutes premières journalistes mauriciennes : Marie Leblanc. On peut regretter qu?ils ne profitent pas de la parution de leur livre, si sympathique par ailleurs, pour rappeler l?existence d?une cons?ur contemporaine de Marie Leblanc. Il s?agit de Marthe Sapet, fille d?un père possiblement arpenteur ou cartographe mais aussi journaliste à ses heures. Le moins que l?on puisse dire, c?est que Mlle Sapet porte bien son nom car, si Marie Leblanc se spécialise dans la mondanité ? aujourd?hui on dirait, d?une façon plus étrange, la « presse people » ? sa cons?ur pète des flammes dans la polémique. On veut pour preuve les nombreux procès qui l?opposent au Conservateur des bois et forêts, Paul K?nig, le père d?un illustre avocat et politicien, Jules K?nig. En qualifiant, à juste titre, Marie Leblanc de « Mauricienne d?exception », nos trois auteurs en font une championne du combat féministe et de l?émancipation féminine à Maurice. Nul ne saurait contester la place prééminente qu?occupe, dans ce domaine, notre héroïne. Pas question donc de sous-évaluer son combat dans un xixe siècle encore plus phallocrate que le suivant. Mais pas question non plus de le surévaluer. Dès les débuts de son peuplement, la colonisation de l?île Maurice doit une fière chandelle aux plus courageuses et aux plus tenaces de ses premières habitantes, esclaves comprises. Leur dévouement et leur esprit de sacrifice sont assez forts pour tenir bon dans les pires adversités qu?elles se nomment cyclones ou sécheresses, inondations ou épidémies. Marcelle Lagesse, dans son Ile de France avant La Bourdonnais, trouve les mots qu?il faut pour décrire avec exactitude l?héroïsme dont elles savent faire montre, à 10 000 kilomètres de leurs terres natales. D?autres Mauriciennes se signalent par une énergie hors du commun, telles Bety, la princesse madécasse, Madame La Victoire, harponneuse de tortue sur les brisants du Grand-Port mais aussi chasseresse de marrons, Mme Moon l?aquarelliste, Mme Cockrane qui tient auberge au lieu-dit Cure-pipe, la Dame Créole qui n?en finit pas de charmer Baudelaire, Marie-Caroline Adélaïde Lenferna de Laresle, la fondatrice de la congrégation religieuse des S?urs de la Charité, mère Barthélemy dont Marie Leblanc raconte la vie apostolique et caritative ainsi que la mort dramatique au milieu de la mer Rouge. Passer sous silence les chroniques journalistiques Le trio Tranquille, Ramharai et Furlong a le mérite de mettre en lumière des faits peu connus de la vie de la prolifique Marie Leblanc. Il exagère quelque peu toutefois quand il parle d?elle comme d?une « oubliée de l?histoire ». Il reproche à nos historiens littéraires (Prosper, de Rosnay, Jouvancourt, de Rauville) de la sous-estimer ou carrément de la passer sous silence. Il concède que la Bibliographie de Maurice d?un autre trio (Toussaint, Adophe et Chelin) lui accorde la place qui lui revient (22 entrées contre 30 à Léoville L?Homme). Il faut chercher la raison du silence entourant Marie Leblanc à la place prépondérante que les historiens littéraires accordent aux livres publiés pour mieux passer sous silence les chroniques journalistiques, souvent considérées comme un genre mineur, pour la bonne raison que, quelques lustres après leur publication, il est plus facile de se référer à des livres qu?à des articles éparpillés sur plusieurs décennies et dans différentes collections de divers journaux, pas toujours accessibles d?ailleurs, même dans nos archives si précieuses. Ainsi on connaît beaucoup plus Namasté que les Contes de Brunepaille, les Balises de la nuit que les Dialogues socratiques. Notre trio le sait pourtant puisqu?il sélectionne à merveille les meilleurs écrits de Marie Leblanc pour nous offrir un beau livre à sa gloire et lui rendre la place qui lui revient dans notre panthéon littéraire. Marie Leblanc n?est pas plus « oubliée » que Fernand Duvergé ou Charles Gueuvin, que Félix Ducray ou Volcy de la Faye. Il manque à tous ces « oubliés » que de bonnes âmes littéraires, aussi dévouées que Danielle Tranquille, Vickram Ramharai et Robert Furlong, pour les sortir de l?ombre et leur redonner une nouvelle actualité. « Le tragique de sa mort de grande brûlée, faisant d?elle une des premières victimes de ce qu?on a appelé la bombe verte » On peut faire la même constatation concernant le Dictionnaire de biographie mauricienne. Ses promoteurs et ses collaborateurs ne nous doivent rien car leurs efforts sont éminemment bénévoles et demeurent de suprêmes marques d?un dévouement exemplaire. Plutôt que déplorer certaines absences, nous ferions toujours mieux de prendre notre meilleure plume et de rédiger la biographie des Mauriciens et des Mauriciennes, dignes de figurer dans ce panthéon de 2 000 pages. Ce qui manque le plus à nos héros et héroïnes de tous poils, c?est un public assez talentueux pour apprécier leurs mérites, ce sont des officiels ayant l?intelligence voulue pour reconnaître leur apport et leur accorder toute la gratitude nationale due. Ceux, qui connaissaient « en passant » Marie Leblanc, sont en tout cas reconnaissants à Tranquille, Ramharai et à Furlong de nous révéler le tragique de sa mort de grande brûlée, faisant d?elle une des premières victimes de ce qu?on a appelé la « bombe verte » en raison de la couleur de cette lampe à pétrole. Nous leur savons gré de nous apprendre qu?elle résidait au 5 de la rue du Vieux-Conseil, là ou siège, semble-t-il, aujourd?hui, le Musée de la photographie de Marie-Noëlle et Tristan Bréville, dignes successeurs en ces lieux de la cheville ouvrière de Port Louis Mondain, de la Nouvelle Revue Littéraire, des Roses de Noël, du Soleil de Juillet. Il faut savoir que cette rue du Vieux-Conseil fait alors figure de Fleet Street, plusieurs journaux ayant alors bureaux, ateliers et quartiers généraux en ces lieux. C?est dire que la torche humaine, que devient la malheureuse Marie Leblanc, en ce 13 août 1915, ne passe pas inaperçue. Tristes funérailles que sont les siennes en cette Assomption, cette fête des Marie, de 1915. L?âge mentionné sur son acte de décès nous laisse rêveur : 48 ans ! Cela la fait naître en 1867 alors que sa s?ur infirme, Julia, meurt en 1918, à l?âge de 78 ans (naissance en 1840) et son frère (?) Eugène Gabriel en mai 1879 à l?âge de 32 ans (d?où une naissance vers 1847). À moins que Marie, en vraie Mauri-cienne, ait voulu cacher son âge véritable. Ce dont nul d?entre nous ne saurait lui donner tort même si elle se veut, par ailleurs, biographe. Ce public, assez talentueux pour apprécier comme il se doit l?hommage mérité rendu par Danielle Tranquille, Vicram Ramharai et Robert Furlong à cette « Mauricienne d?exception » qu?est définitivement Marie Leblanc, demande à être formé et initié aux charmes de notre patrimoine, entre autres, littéraire et journalistique. Et où mieux la former sinon au collège et à l?université ? Deux auteurs de ce trio travaillent justement à l?université et à l?Institut de pédagogie. Il revient à ces deux institutions d?apprendre à nos enseignants comment former leurs élèves et nos enfants, afin qu?ils puissent apprécier comme il le faut les meilleurs articles de nos meilleurs journaux, l?inestimable héritage culturel et littéraire de nos ancêtres et des contributions aussi valeureuses que l?hagiographie consacrée à Marie Leblanc.
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