Manière de voir : Mysticisme (et boule de gomme)

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10 ans après From Hell, leur adaptation controversée du roman graphique d’Allan Moore et Eddie Campbell, les frères Albert et Allen Hughes sont de retour avec ce film d’action qui appartient à un genre très en vogue : l’évocation post-apocalyptique.

On peut toutefois difficilement leur reprocher d’avoir pris le train en marche : leur film, Le Livre d’Eli, a été tourné presque en même temps que The Road, locomotive du mouvement et fait montre de suffisamment d’originalité dans son approche pour que la démarche des cinéastes soit perçue comme honnête.

Le livre d’Eli met le spectateur à la croisée des univers du fi lm d’action de série B, du western et du récit mystique. Denzel Washington avance seul dans un paysage qui n’est que ruines et dévastation et où même les forêts sont mortes. Il démontre assez vite son exceptionnelle habileté aux armes lors du passage obligé (pour une série B post-apocalyptique) qu’est la confrontation avec des bandits cannibales. Et, son chemin fi nit par le mener à une petite bourgade perdue, entièrement sous la coupe de Gary Oldman (Carnegie, malfrat aux grandes ambitions) et de ses hommes de main sans foi ni loi, ni instruction d’aucune sorte, parmi lesquels certains reconnaîtront Ray Stevenson (vu dans Rome). Ce héros sans nom n’est pas un justicier, mais un homme qui s’est investi d’une mission : porter une bible très ancienne à l’Ouest, ainsi qu’une voix le lui a ordonné.

Dans un monde dévasté, c’est cette bible-apparemment la seule ayant survécu-qui sera l’instrument d’une éventuelle renaissance de la civilisation. Le genre de civilisation à renaître dépendra de la confrontation entre Denzel Washington et Gary Oldman. C’est-à-dire, basée soit sur des valeurs humaines, soit sur la cupidité et l’oppression… probablement au nom de ces mêmes valeurs humaines, et c’est sur ce point que Le Livre d’Eli peine à convaincre. Il ne fait aucun doute dans cette histoire que Gary Oldman et ses sbires soient des affreux et que Denzel Washington soit un homme de bien. Par contre, on pourra se poser des questions sur ceux à qui le héros livrera sa bible et l’usage qu’ils en feront. Non seulement l’histoire du monde et des religions est pleine d’enseignements à ce sujet, mais il est aussi dit en plusieurs fois dans le fi lm que tous les livres religieux ont été brûlés suite à la grande catastrophe ou au grand flash.

On pourra toujours s’attarder sur ce propos aussi manichéen que maladroit dans son argumentation et trouver que toutes ces vaticanneries fi nissent par plomber le fi lm d’autant plus que les auteurs donnent l’impression d’y croire réellement. Ou alors, faire abstraction du chichi mystico-religieux et aborder Le Livre d’Eli comme le fi lm d’action pure qu’il aurait dû être. Dans lequel cas, on ne manquera pas d’apprécier la réalisation des frères Hughes.

Ce n’est pas que ces derniers fassent preuve d’une grande originalité. Pour preuve, ces séquences heureusement rares dans lesquelles on voit Denzel Washington marcher au ralenti comme dans un «clip» vidéo. Mais leur manière de filmer est certainement efficace, comme en témoigne l’horrible scène de chasse du début, des scènes de combat toujours surprenantes qui ne manquent ni de tranchant, ni de percutant. On retiendra également ces extérieurs qui tout au long du fi lm restent à la limite du noir et blanc, accentuant la désolation de cet univers.

Et, si cela ne suffi t pas, il y a le plaisir de voir Gary Oldman renouer avec les rôles de méchant, toujours avec cette même cruauté raffinée. On le voit dans sa première scène lisant une biographie de Mussolini et c’est tout un programme.

G.N.

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