Madagascar-Nosy Bé : Développer le tourisme, pour qui ?

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Une conférence débat s''''est tenue à Hellville cette semaine pour&nbsp définir ce que l''on entend par tourisme durable, et mettre en garde contre le tourisme de masse qui s''installe à Nosy Bé, laissant la population de côté.


Le Donia a été créé par des opérateurs touristiques, son ambition est donc claire : attirer les touristes à Nosy Bé avec des activités festives, mais également culturelles. La première conférence de ce 19ème Donia était donc consacrée au tourisme durable, sa définition et sa mise en place dans l''île aux parfums.

Une centaine de personnes s''étaient réunies à Hellville, principalement des étudiants des différentes&nbsp filières touristiques. Les premiers intervenants, responsables de l''activité touristique au sein de la chambre de commerce de Nosy Bé, ont surtout tiré les conclusions de la crise de 2009 qui a stoppé net l''arrivée des touristes à Madagascar, plongeant Nosy Bé dans un marasme économique dont elle n''est toujours pas sortie.

L''industrie du tourisme est la seule qui reste à Nosy Bé après la fermeture, en 2007, de la distillerie de Dzamandzar qui était l''activité principale de l''île. La filière ylang demeure encore mais fait vivre beaucoup moins de monde. Le responsable du pôle tourisme à la chambre de commerce énumèrera d''ailleurs tous les secteurs professionnels vivant du tourisme, du pêcheur « qui fournit les restaurants », aux guides, agriculteurs et bien entendu au personnel employés dans les 150 structures d''accueil installées sur Nosy Bé.

« Madagascar accueille 230.000 touristes par an » et à Nosy Bé, ce sont les Italiens qui sont les plus nombreux en partie grâce aux liaisons directes avec l''Italie. Celle avec la France n''existe plus et les deux avions que vient d''acquérir la compagnie nationale Air Madagascar ne peuvent se poser sur la piste de l''aéroport de Facène, ce que regrettent de nombreux professionnels, une ligne directe étant un atout certain.

Et la population locale?

Après le bilan et les perspectives, vient le temps des inquiétudes liées au modèle économique de développement de cette industrie, nouvelle pour Madagascar, puisqu''elle n''a guère plus d''une vingtaine d''années. « Le Donia est né avec le développement du tourisme » dira un des intervenants. Mais qui profite de cette manne financière? Le père Jaovelo s''insurge contre le fait que « la population ne bénéficie pas du tourisme. Tout va dans les poches des tours opérateurs ». Il fait même le constat d''un hôtel installé sur une des îles au large de Nosy Bé, qu''il ne nommera pas, qui en interdit l''accès aux Malgaches. « Quand on est malgache, on est traité comme un étranger », s''insurgera-t-il devant une situation qui ne pourra, à la longue, que faire naître un sentiment de rejet de la part de la population.

« Les hôtels ont leur propre boutique de souvenirs, que reste-t-il alors aux artisans locaux », se demande une autre participante. Avant de condamner&nbsp le « tourisme canalisé », citant le grand hôtel installé à Andilana. Les touristes arrivent par avion, sont conduits dans l''hôtel où toutes les commodités sont réunies, faisant des touristes des touristes captifs qui ne dépensent alors rien en dehors de l''hôtel et n''apportent rien à l''économie locale. On est loin du tourisme durable et encore plus loin du tourisme équitable.

A Nosy Bé, comme dans tous les pays de la région, la question reste posée : « développer le tourisme, oui, mais pour qui?»&nbsp&nbsp

Source : Eric Trannois, Malango Actualité

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