Madagascar : Crise au sommet de l’Etat

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La bataille fait de nouveau rage au sein de l'Exécutif. Elle s’est matérialisée par un conseil des ministres et un conseil du gouvernement organisés en même temps. 
 
La Transition entre dans une nouvelle étape dans la crise. Les têtes de l'Exécutif entament un nouveau bras de fer d'une autre dimension que celle déjà connue jusqu'à présent. 
 
Un conseil des ministres dirigés par Andry Rajoelina, président de la Transition, s'est déroulé à Iavoloha pour évoquer la gestion des criquets, hier après-midi, mercredi 29 mai. Presque au même moment, le Premier ministre Omer Beriziky a tenu un conseil du gouvernement à Mahazoarivo. Les membres du gouvernement sont divisés à partie presque égale. 
 
Les deux parties se sont livrées à une bataille de communication autour de la scission au sein de l'Exécutif. Le communiqué du conseil des ministres a indiqué qu'il existe une « crise institutionnelle consécutivement à la tenue d’un conseil de gouvernement spécial en parallèle à la tenue régulière et usuelle d’un conseil des ministres ». Il a rapporté que « le président de la Transition a fait constater qu’il n’existe plus de consensus au niveau du gouvernement de Transition d’union nationale ». 
 
Le même communiqué a tiré à boulets rouges sur Omer Beriziky. Il a critiqué la tenue d'un conseil du gouvernement organisé au moment habituel d'un conseil des ministres. «Il [Premier ministre] n’a pas jugé utile et nécessaire d’en aviser, au préalable, le président de la Transition ». 
 
Andry Rajoelina « a fait remarquer que le Premier ministre et certains membres du gouvernement semblent être trop accaparés par les affaires politiques et ont ainsi relégué au second plan le traitement de ce fléau national [invasion des criquets] ». Le conseil des ministres a pris des mesures dans la lutte acridienne pour clouer au pilori le gouvernement. 
 
Violation de la loi 
 
Le camp du Premier ministre n’est pas resté les bras croisés devant la tendance presque irréversible d'un clash au sein de l'Exécutif. « Le président de la Transition essaye de reprendre en main la situation qui lui échappe sur le plan de la légalité. Celui-ci a dérogé une fois de plus à la règle en appelant les ministres à assister à un conseil des ministres, alors qu’un conseil de gouvernement a déjà été convenu entre les membres du gouvernement la veille », a rétorqué un partisan d'Omer Beriziky.
 
Les proches du chef du gouvernement ont pointé du doigt le statut d’Andry Rajoelina. « Étant déclaré candidat officiel par la Cour électorale spéciale à ce sujet, il a l’obligation de démissionner, ce qui n’est pas le cas jusqu’à ce jour », a fustigé l'un d'eux. « Candidat ou chef d’État Quel statut lui attribuer », s'est-il interrogé alors qu'un ministre a rappelé que « le conseil du gouvernement a discuté de l'invasion acridienne et de l'insécurité ». 
 
À l'allure où vont les choses, l'escalade risque de ne pas rester au stade des échanges verbaux. Tinoka Roberto Raharoarilala, secrétaire national du Tanora malaGasy Vonona, a « demandé au président de la Transition de prendre les mesures qui s'imposent ». Le vice-président du Congrès a torpillé le Premier ministre qui, selon lui, « dépasse les limites du tolérable et ne respecte plus la consensualité ». 
 
Le gouvernement esquive le report de l'élection 
 
Un match dans le match. Le conseil du gouvernement d'hier n'a pas tranché sur l'adoption ou non d'un décret de report de l'élection présidentielle du 24 juillet. 
 
« Décision a été prise par le conseil de gouvernement de saisir par courrier officiel la Commission électorale nationale indépendante pour la transition en vertu à l’article 10 paragraphe (g) de la Feuille de route pour statuer sur le calendrier électoral », a indiqué le communiqué du même conseil. Il a fait état d'une saisie de la Cour électorale spéciale (CES) « pour prendre acte de sa décision et lui demander la suite des précédentes requêtes » tout en invitant les chefs d'institution à un conclave à Mahazoarivo dans l’après-midi de ce jeudi 30 mai.
 
Selon certaines sources au courant du dossier, le Premier ministre avait saisi la CES le 21 mai pour une révision de sa décision du 3 mai relative à la liste des candidats. Une autre saisie du gouvernement et d'autres organes de la Transition aurait également été adressée à Ambohidahy, avec le même objet, mais également sur le cas de force majeure. « Bizarrement, la CES n'a pas cru bon de répondre à celles-ci », ont-elles glissé. 
 
Le conseil des ministres a pourtant acculé le conseil du gouvernement. « Le président de la Transition a rappelé que la CES a pris une décision portant constatation de l’existence de cas de force majeure sur la tenue de l’élection présidentielle (…) Il a évoqué, selon les dispositions en vigueur, la nécessité de la prise d’un décret, en conseil de gouvernement, portant report et fixation de la nouvelle date de la tenue de l’élection présidentielle », a rapporté le communiqué officiel. 
 
Iloniaina Alain
L’Express de Madagascar 
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