Madagascar : « Il faut construire une alternative », selon Harotsilavo Rakotoson

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Juriste formé à Harvard, Harotsilavo Rakotoson (photo), ancien secrétaire général du ministère de la Justice, analyse la situation politique actuelle et insiste sur la nécessité de débattre sur les réalités sociales. Extraits de l’entretien qu’il a accordé à l’Express de Madagascar.

• À votre avis, à quelle décision peut s''''attendre Madagascar à l''issue de la réunion de la SADC prévue le 20 mai ?

- Il ne peut y avoir qu''une déclaration frigorifique qui plaît à tout le monde mais qui ne résoudra rien. Une réunion de quinze chefs d''État pour essayer de trouver un consensus, c''est un schéma pour le moins compliqué. C''était déjà difficile de se mettre d''accord à trois, lors de la réunion de la Troïka. Ce sera d''autant plus à quinze. Puis, l''ordre du jour est trop technique. Les chefs d''État doivent n''avoir à dire que « oui » ou « non ». Ce qui n''est pas le cas avec la situation à Madagascar. Avec les interventions des uns et des autres, les chefs d''État de la SADC (Communauté de développement d''Afrique australe) vont surtout essayer de préserver leur unité.

• La situation va-t-elle de fait s''enliser ?

- Globalement, les membres de la Communauté internationale sont dans un pessimisme dubitatif. Ils ne sont plus aussi enthousiastes qu''avant pour aider à la résolution de la crise. Et l''enlisement va se ressentir sur le plan social. Le régime est impopulaire pour des raisons d''ordre social. Le coût de la vie est monstrueux pour les gens. Il y a eu, par exemple, une vague de licenciement au premier semestre de 2010. Jusqu''ici, les gens ont pu tenir grâce aux indemnités de licenciement et aux diverses facilités d''accès aux prêts offerts par les programmes de micro-finance. Aujourd''hui, sur le terrain, on sent qu''il est de moins en moins possible pour les gens de trouver les moyens de s''en sortir. Mais, comme en juin, juillet, on s''approche des vacances, les dépenses seront moindres. C''est en septembre que la situation sera critique pour le régime. Le poids de la rentrée se fera fortement ressentir.

• Organiser des élections en septembre ne serait-il pas ainsi un moyen d''enrayer les effets de cette spirale négative ?

- Cela pourrait être une solution. À condition que tous soient impliqués dans le processus. Dans le contexte politique actuel, Marc Ravalomanana est incontournable. C''est lui qui, aujourd''hui, représente l''opposition efficace. Et si ses partisans ne sont pas intégrés dans le processus électoral, ils constitueront toujours un facteur d''aggravation de crise du régime. En supposant une hypothèse favorable au régime, c''est-à-dire des élections qui seraient reconnues par la Communauté internationale, cela ne résoudra pas le problème tant qu''une frange importante de la population, qui est loin d''être négligeable, continue de dire non.

• Le pouvoir actuel ne veut pourtant plus discuter...

- C''est pourquoi je dis qu''ils doivent surveiller le terrain social. Les gens sont en apnée. Ils s''étouffent. C''est la réalité qui décidera. Je ne sais pas comment cela se produira. Sous forme d''une émeute sociale ? Je ne suis pas devin. Que les élections soient reconnues ou non, la rentrée sera dure. Les efforts du gouvernement dans le domaine de l''éducation, comme la rémunération des enseignants FRAM, ne vont pas tenir. Des classes seront obligées de fermer, avec leur cinquantaine d''élèves chacune. Ces petites irritations peuvent créer de l''énervement. Sans parler de l''absence de légitimité du régime. Cela ne peut que créer une tension morale chez les gens.

Vous avez fait voter « non » en novembre (référendum).&nbsp Que pensez-vous du fait que la Constitution semble aujourd''hui dépassée par la feuille de route ?

- Dès que la Constitution n''a pas permis au régime d''obtenir la reconnaissance internationale qu''il souhaitait, c''était déjà un problème. Pour nous, le référendum constitutionnel était l''occasion unique de commencer le débat sur des problèmes de fond. Il est vrai que la crise est là et qu''elle doit être résolue. Quelle que soit la situation, le pays doit être géré. Mais, un jour ou l''autre, la crise sera finie. La grande question, c''est l''après. Parce que rien n''est réglé. Ni la retraite, ni les problèmes de la santé publique, ni la puissance de l''État par rapport aux administrés. Or, toutes les crises que nous avons connues résultent du fait que le pouvoir exécutif est trop fort par rapport au pouvoir législatif.

Propos recueillis par Iloniaina Alain
L’Express de Madagascar, 19 mai 2011.

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