L’hortithérapie pour apaiser les troubles psychologiques

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Pour gagner du temps, les enfants ont préparé les boutures qu’ils mettent ici en terre.

Verdun devient le paradis vert des associations. Après SAFIRE et sa ferme pédagogique, OpenMind inaugurera prochainement son jardin thérapeutique baptisé OpenAir.

Les grosses pluies ont retardé la mise en terre des premières plantations, mais n’ont pas entamé la motivation des bénéficiaires d’OpenMind et de Ravi Heerooa, le coordinateur du projet d’horticulture.

Après l’arrachage fastidieux des souches de cannes à sucre, ce sont des pistaches malgaches, plantes endémiques de la région de Verdun, qui ont été réintroduites symboliquement.

L’avantage avec l’horticulture thérapeutique, c’est qu’il n’y a pas besoin d’attendre la première récolte, pour qu’elle porte ses fruits. Les bienfaits du travail au grand air ont des effets positifs sur le corps, l’intellect, le psychisme et le mental des enfants et des adultes souffrant de troubles psychiatriques. C’est ce qu’a constaté l’association OpenMind.

Entre 2010 et 2012, l’association installée à Rose-Hill disposait d’un vaste jardin ouvert aux adultes et aux enfants souffrant de troubles psychologiques.

«L’entretien d’un jardin thérapeutique réveille les cinq sens et permet d’accéder à un bienêtre peu à peu. Pour les enfants qui ont notamment des difficultés à entrer en relation avec les autres, prendre soin d’un être vivant qui n’est pas menaçant, à savoir une plante, est une ouverture sur le monde extérieur, fait remarquer Ravi Heerooa.«Et puis, à Rose-Hill, nous jardinions en équipe ; alors petit à petit les enfants étaient moins repliés sur eux-mêmes, moins violents, ils collaboraient pour arracher les mauvaises herbes, planter, arroser… car ils étaient motivés par le projet collectif et l’évolution visible des plantes. Et en plus des progrès nets au niveau du comportement des enfants, nous avons obtenus des légumes magnifiques !»

Agriculture biologique

Autres bénéfices notables, à travers le jardinage, les enfants d’OpenMind avaient intégré l’hygiène en nettoyant leurs bottes et leurs outils ; ils avaient appris à compter en semant des graines et su enfin nommer les couleurs en admirant les parterres de fleurs. Du côté des adultes, Ravi Heerooa constatait qu’il était difficile pour eux de planifier des tâches et de suivre un planning dans leur vie quotidienne.

«Avec l’horticulture, ils ont appris à procéder par étapes selon le calendrier des cultures. En structurant le jardin, les patients apprennent aussi à structurer en parallèle leur emploi du temps et leur mode de vie», souligne Ravi Heerooa.

Ravi Heerooa, (en arrière plan), coordinateur du projet d’horticulture.

Depuis son installation au coeur de Quatre-Bornes, l’ONG OpenMind ne disposait malheureusement plus d’un grand espace vert, mais seulement de jardinières. L’association s’est donc attelée à l’écriture d’un nouveau projet, qui comportait comme valeur ajoutée l’agriculture biologique. «Déjà dans notre jardin à Rose-Hill, nous n’exposions pas nos bénéficiaires aux produits chimiques, par principe de précaution», précise Marylène François, coordinatrice de projets à OpenMind.

Cette démarche écologique et durable a convaincu le Global Environmement Facility Small Grants Programme du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), la Fondation ENL, l’Union européenne à travers le Decentralised Cooperation Programme, l’ambassade des États-Unis, la MCB ForwardFoundation, Caudan Communauté et le ministère de l’Intégration sociale.

Pour le ministre Surendra Dayal, « lesbénéficiaires d’OpenMind sontdes citoyens vulnérables en raisonde leurs difficultés d’ordrepsychologique et l’hortithérapie est sans conteste un moyend’acquérir des compétences devie et professionnelles. La priseen compte de la composantepsychologique doit être partieprenante du combat contre lapauvreté. »

La Fondation Ressources et Nature (FORENA) soutiendra également le projet en apportant son expertise technique en agriculture biologique.

Objectif pour OpenMind : obtenir l’exigeantecertification européenne EcoCert dans trois ans.Le jardin thérapeutiqueaccueillera les 40 bénéficiairesd’OpenMind, par petitsgroupes, pour cultiver desfruits et des légumes ainsi quedes plantes médicinales.

Certification dans trois ans

«Le terrain mis à notre disposition par ENL est d’une superficie de 584 toises. Ce jardin est à dimension humaine, un grand espace aurait pu effrayer les patients. Ici, ils se sentiront à l’aise et en sécurité. Côté encadrement, nous prévoyons un employé pour quatre bénéficiaires. Et d’expérience, nous savons que c’est grâce à ce suivi rapproché que le travail de réhabilitation fonctionne», précise MarylèneFrançois.

Quand ils ne seront pas à OpenAir, à Verdun, les bénéficiaires d’OpenMind continueront à fréquenter le centre de Quatre-Bornes et à se consacrer à diverses activités complémentaires telles que la relaxation, le yoga, le tai-chi, l’artisanat, la danse et le théâtre-thérapie…

«Nous n’accueillons que les patients qui sont stabilisés avec un traitement médicamenteux», explique Armelle Staub, neuropsychologue à OpenMind, «et pour chacun, nous dressons un programme individuel. Après quelques mois, un an ou deux ans, notre mission est de les amener à retrouver leurs capacités sociales et de les aider à se réinsérer professionnellement.»

Dans cette optique, le jardin leur apportera des compétences supplémentaires en agriculture biologique et créera certainement des vocations pour le travail de la terre.


Ecothérapie pour les enfants

L’hortithérapie consiste à intégrer l’activité de jardinage dans un processus de soin. Cette discipline accompagne aujourd’hui le traitement de l’autisme, des migraines, de la dépression profonde, etc. L’écothérapie se fonde sur la conviction que la santé psychique et physique ne peut être assurée que par un minimum de contact avec la nature. Une de ses déclinaisons fait intervenir les animaux et notamment les chevaux. Au Pays-Bas, il existe ainsi quelque 600 «fermes de soin». Inspirée par ces modèles, OpenMind proposera le trimestre prochain l’équithérapie pour ses bénéficiaires enfants ainsi que le camping dans la nature sous encadrement thérapeutique.

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