Les recherches botaniques de Bojer à Maurice

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Wenceslas Bojer rentre à Maurice en 1824-25, après ses explorations scientifiques à Madagascar, à Pemba et sur les côtes est-africaines (voir l?express des 4, 11 et 19 juin 2006). Bien qu?affecté par la mort prématurée de son compagnon, Charles Hilsenberg, le 11 septembre 1824, à l?île Sainte-Marie, Madagascar, et se retrouvant sans emploi, Bojer accepte la proposition de Charles Telfair de rester à Maurice et d?accepter son hospitalité à Bois-Chéri, Moka. Commencent alors ses études de la végétation à Maurice et ses fructueuses recherches la concernant. Pour avoir une idée approximative de l?ampleur de son travail, il faut se référer aux cartes de cette époque, telle celle de Fraser de 1830, montrant une zone forestière ininterrompue couvrant pratiquement les hauts plateaux, y compris les villes de Curepipe et de Vacoas-Phoenix, les chaînes de montagnes de la Rivière-Noire, de Moka et de Grand-Port et se prolongeant jusqu?à la Plaine des Roches. Même les plaines du Nord sont parsemées de vestiges importants de la forêt primitive. Il suffit également de se rapporter aux dessins et aquarelles de Bradshaw, Kelsey et Pitot. C?est dire que les zones forestières inventoriées par Bojer n?existent pratiquement plus sinon sur quelques berges de rivière et sur les flancs de nos montagnes, en dehors bien sûr des dernières réserves naturelles existantes, quand elles ne sont pas bulldozées. De plus, la composition florale et les spécificités végétatives changent considérablement, dépendant de l?altitude, de la pluviosité prévalente et des évolutions climatiques. De ce fait, les collections et les recherches de Bojer constituent une photographie inestimable d?une végétation antérieure qui s?est considérablement modifiée par la suite. Voyons à présent les principales plantes étudiées par Bojer à Maurice. Il y a pour commencer quelques espèces de sapotacées dont le bois de natte et le bois makak. Il dédie le bois de natte à grandes feuilles à Mahé de Labourdonnais (Labourdonnaisia glauca). Il s?agit d?un arbre pouvant atteindre 25 mètres de hauteur et un mètre de diamètre, à hauteur d?homme. Céré l?appelle le ?bardeautier? car son bois fournit de bons bardeaux. Il est très apprécié en charpente, menuiserie et charronnerie. Bojer le décrit dans une revue genevoise, éditée par Alphonse de Candolle (1841). Le bois margose (Colea coli) est découvert par le gouverneur Lowry Cole, sur les berges de la Grande-Rivière-Sud-Est, en 1827. Voilà la preuve qu?on peut à la fois diriger le gouvernement de Maurice et distinguer un bois margose (ainsi nommé en raison de la ressemblance de ses fruits avec une cucurbitacée évoquant l?époque esclavagiste) des autres bignoniacées que sont le calebassier d?Amérique ou du Sénégal (l?arbre à saucisses), le jacaranda, la liane aurore, le técoma, le tulipier du Gabon. Le Dr Réginald Vaughan, le biographe de Bojer, nous permettant de lui rendre le présent hommage, à l?occasion du 150e anniversaire de son décès (4 juin 1856), signale que Mme Charles Telfair nous a laissé une charmante aquarelle du bois margoze, découvert par le gouverneur Cole et décrit par Bojer. Celui-ci s?intéresse au genre gaertnera, identifié par Lamarck. Il découvre plusieurs arbrisseaux indigènes de cette espèce, aux grappes de fleurs cireuses et blanches, comme le bois banane ou bois café qui décroche les honneurs philatéliques avec le timbre de Rs 5 de 1982 (Joseph Guého et Guy Rouillard, Les plantes et leur histoire à Maurice). Il leur consacre un riche dossier, en dissections et illustration, qu?Alphonse de Candolle publie à Genève en 1847. Bojer connaît la région de Grand-Bassin où il se rend fréquemment en pèlerinage pour étudier surplace nos dombeya et trochetia indigènes. Ce buisson indigène, se couvrant de fleurs roses, en mai et juin (Dombeya acutangula), a également l?honneur d?illustrer un timbre, celui de 1977, d?une valeur faciale de Re 1.50. La trochetia intéresse tout autant Bojer. Il décrit ainsi la T. parviflora qu?on n?a pas retrouvée depuis. Il est permis d?espérer qu?on la retrouve un jour, tout comme Joseph Guého découvre, en 1973, notre Trochetia boutoniana, la seule espèce indigène ne se trouvant pas alors au Jardin botanique des Pamplemousses. Elle avait été découverte et étudiée par Louis Bouton, pendant la première partie du XIXe siècle. Le dernier à l?avoir vu, avant Guého et Rouillard, est un autre gouverneur, Sir Hamilton Gordon, en 1872, au? Morne Brabant. On a dédié à Bojer une plante médicinale, la Loranthus bojeri, connue comme le bois fier ou encore bois vantard, en raison de son besoin de dominer la cime des autres arbres. Cette plante parasite affectionne plus particulièrement de nos jours l?Eugenia jambos, que le vulgaire connaît comme le ?jamrosier? ou ?jamrosa?, sans oublier son cousin, le ?jamalac?. Il faut encore parler de l?intérêt de Bojer pour le bois manglier, ainsi nommé en raison du détachement qu?il manifeste à l?égard de ses racines. Il est toutefois impossible de mentionner ici toutes les études botaniques de Bojer car il faudrait passer en revue toute la végétation existante à Maurice. Bojer ne se contente pas d?étudier les flores indigène et exotique de Maurice, de classer et de décrire les différentes plantes, faisant partie de son champ d?observations. Il prend soin de partager ses nouvelles connaissances, envoyant copie de ses observations, dûment accompagnées de graines et autres semences, à des instituts botaniques aussi célèbres que l?Herborium de Kew Garden, le Museum d?histoire naturelle de Paris, l?Herborium de Candolle à Genève. L?herbier de l?Institut de recherches de l?industrie sucrière de Maurice (MSIRI) conserve pieusement les collections et travaux de Wenceslas Bojer. Ceux-ci sont connus dans le monde scientifique de la première moitié du XIXe siècle, grâce aux publications des Candolle (Augustin Pyramus, le père, Alphonse, le fils et Casimir, non pas l?Esprit-Saint, mais plus naturellement le petit-fils). Une trinité qui, pour être scientifique, n?en est pas moins saine. En 1837, à l?âge de 42 ans, Wenceslas Bojer publie son Hortus mauritianus. Ce chef-d?oeuvre contient la description de plus de 2 000 plantes, avec le souci de distinguer les flores indigène et exotique de Maurice. Avec sa modestie coutumière, Bojer dit s?être : ?borné à donner simplement l?énumération de toutes les plantes qui croissent à Maurice dans l?état indigène et exotique, en indiquant avec une scrupuleuse attention, les localités où se rencontrent en plus grande abondance des espèces indigènes, les jardins et les campagnes où se cultivent avec le plus de succès les espèces exotiques?. Bojer met, à juste titre, l?accent sur la provenance et l?origine de cette dernière catégorie de plantes. Vaughan déplore qu?il est extrêmement difficile de trouver, en 1956, un exemplaire de l?Hortus Mauritianus de Bojer. Cela est d?autant plus regrettable qu?il raconte l?anecdote survenue à quelqu?un, tout surpris de découvrir que son morceau de poisson salé, fraîchement acquis, est enveloppé dans une page du? Hortus Mauritianus de Wenceslas Bojer. Nous suivrons ce dernier dans une expédition scientifique à Agaléga, dans notre prochaine chronique.
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