Les gardiens de la flore réunionnaise

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Pour ses 25 ans, le conservatoire botanique de Mascarin (Saint-Leu) multiplie les animations afin de dévoiler les coulisses d’un site devenu l’emblème de la préservation floristique réunionnaise.


Le conservatoire botanique de Mascarin affiche une fière allure. En 25 ans d’expérience, cette association est devenue le partenaire incontournable de nombreux acteurs, fait figure d’exemple jusqu’en métropole. Tout projet d’aménagement est soumis à ces scientifiques, forts de leur vaste base de données sur la flore réunionnaise.

L’histoire débute en 1986, quand une poignée de botanistes amateurs comme Térésien Cadet et Odette Roche prennent conscience des menaces qui pèsent sur la nature. Ils créent alors cette association. Séduit par l’idée, le conseil général acquiert l’ancienne demeure de Marie-Thérèse de Châteauvieux, en ruines. Après une rénovation d’ampleur, les premiers spécialistes prennent leur quartier aux Colimaçons, dans les Hauts de Saint-Leu. Et arborent le site.

“Dès le départ, le projet consistait à mettre côte à côte un projet scientifique et un projet pédagogique, avec la priorité donnée aux jeunes. C’était une innovation à l’époque”, indique le directeur Daniel Lucas, en poste depuis 15 ans. Peu à peu, l’équipe va s’étoffer et accentue ses efforts sur sa mission première : recenser et répertorier les 1700 espèces végétales que compte la Réunion.

“24 % du territoire connu”

En parallèle, la structure acquiert une certaine notoriété reconnue par un premier agrément national (1993). Mieux connaître pour mieux protéger, tel est le credo de ces passionnés dans leur tâche quotidienne. Les programmes se succèdent. L’un vient de s’achever, après trois ans de terrain. Il consistait à passer en revue les différentes plantes que renferme la zone altimontaine de la région, des îles éparses mais également de Mayotte qui accueille une antenne du conservatoire. Autant dire que Daniel Lucas et les siens ont pris une place prépondérante dans la problématique environnementale. “Ce travail de conservation a permis le classement au patrimoine de l’Unesco. Nous avons réussi à prouver que nous trouvions ici des espèces uniques au monde”, se réjouit Luc Gigord, directeur scientifique. La dynamique du conservatoire repose aussi sur le travail d’expertise. Aussi, l’Etat (un des financeurs) le sollicite régulièrement. À travers un cahier des charges.

Et tient compte de ses préconisations éclairées pour trancher sur des questions d’urbanisme par exemple. “On oriente sur l’aménagement du territoire”, avance Luc Gigord. Dernièrement, ils ont été consultés pour la réalisation du PLU de Saint-Paul. Ils sont clairement des outils indispensables au gestionnaire. Car ce sont les seuls à proposer une telle ressource : en 25 ans, les équipes ont effectué 6 585 relevés et répertorié 14 193 individus. Incomparable avec l’inventaire du Parc national, bien plus récent. “On a parcouru à peu près 24 % du territoire de manière assez précise”, déclare Frédéric Picot, responsable connaissance. Par contre, la thématique de l’habitat, celle qui vise à comprendre pourquoi certaines espèces s’associent entre elles, est encore peu explorée.

Autant dire que la boucle n’est pas encore bouclée. Et qu’elle ne le sera jamais véritablement. Même si un jour l’intégralité du terrain réunionnais n’a plus un secret pour l’homme, il faudra alors tout recommencer. “La biodiversité, c’est une dynamique qui subit des pressions. Il faut avoir un rôle de veille en permanence”, estime Luc Gigord. Un rôle qui ne va faire que s’amplifier face à un enjeu colossal. Largement constitué par les risques que représente l’urbanisation galopante
Photo : Des pieds de bois blanc, exemple d’espèce particulièrement menacée, sauvée par le prélèvement de graines ou le bouturage.


Source : Damien Frasson-Botton, Le Journal de l’île de la Réunion

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