Le petit théâtre des alliances

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Les yeux rivés sur la scène politique, le peuple de Maurice attendait une péripétie de taille. Le rideau est toutefois tombé, hier, sur une platitude. Mais la pièce n’est pas finie. L’acte suivant, murmurent les souffleurs, pourrait même voir une redistribution de quelques rôles majeurs. Histoire de tenir en haleine les spectateurs jusqu’au final de 2015.

Kalyanee la ladykiller

Secrétaire générale du Parti travailliste, Kalyanee Juggoo possède l’art de créer la polémique. Alors qu’il y avait déjà le feu dans la maison PMSD, elle y a versé de l’huile en invitant sa colistière Aurore Perraud à virer au rouge. Elue en première position en 2005, puis en troisième en 2010, la lady de Port- Louis-Nord/Montagne-Longue possède un solide réseau et saura faire la différence aux prochaines échéances.

Aurore pas si fleur bleue

Aurore Perraud peut être comparée à Rama Yade, benjamine du gouvernement de Nicolas Sarkozy. Forte en gueule et fière, elle n’a pas failli à sa réputation en s’attaquant à sa colistière Mireille Martin sur la nécessité d’un centre de jeunesse à Cité-La-Cure. La PPS a ses principes, s’y tient et dit ce qu’elle pense. Pour preuve, elle a voté contre la loi dépénalisant l’avortement. Enseignante de formation, l’habitante de Baie-du-Tombeau tire sa force de son mari, Gino, membre du PMSD qui l’a encouragée à s’engager en politique. Elle se battra bec et ongles si Thierry Henry est préféré à elle pour un poste de ministre.

Sik Yuen le rusé

C’est un rusé. Il est entré au Parlement comme député correctif de la population générale bien qu’il soit sino- mauricien. Duval aura beau réclamer sa tête, il restera dans la mémoire collective comme quelqu’un qui a su trancher quand il le fallait dans l’intérêt général. Robert Desvaux faisait comme s’il n’existait pas, Sik Yuen lui a montré qui était le patron au Tourisme. Il s’est déjà dressé contre la Voice of Hindu, du temps où il était maire de Curepipe, sur le dossier des marchands ambulants. Aux prochaines élections, il sera un candidat rouge parfait face à Richard Duval, frère de Xavier-Luc qui semble avoir la propension de vouloir caser toute sa tribu.

Ramgoolam le Téflon

Navin Ramgoolam a pu être naïf à ses débuts, mais c’est désormais le véritable maître de l’échiquier. Duval serait-il parti dans l’opposition, il aurait manoeuvré pour garder le pouvoir. Il l’a déjà fait en 2010 avec les Jugnauth, père et fils. Après le départ du MSM de son gouvernement, il a su appâter Jim Seetaram, Mireille Martin et Pratibha Bolah pour conforter son aura. Son atout : il est imprévisible et nul ne peut prédire avec exactitude son prochain « move ». Le leader rouge est aussi implacable. Il peut pardonner un coup bas mais il n’oublie pas. Véritable Téflon face aux différents scandales qui ont secoué son gouvernement, il jouera sans doute une carte mauve aux prochaines échéances électorales.

Desvaux le bel ami

Robert Desvaux est le détonateur de la crise qui a secoué le gouvernement. S’il est passé de l’Office du tourisme à la National Empowerment Foundation avant d’y revenir, c’est juste parce qu’il est le fidèle ami de Xavier-Luc Duval. Extraverti, beau parleur, un brin illuminé, il ambitionnait de lancer un carnaval sur la mer pour faire mousser la destination Maurice… Il avait aussi décidé de catégoriser les hôtels selon une formule connue de lui seul, ce qui lui a valu les foudres de son patron qui ne voyait en lui qu’un piètre guignol. Bien que Duval ait posé son veto, le ministre a recherché le blanc seing de Ramgoolam avant d’appliquer la guillotine.

Bérenger le king maker

Faiseur de roi incontesté, c’est Paul Bérenger qui a créé sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam. Il pensait sans doute qu’il pouvait leur dicter ses choix. Tous deux l’ont envoyé valser à un moment donné. Leader historique du MMM, il serait temps pour lui de laisser les rênes du parti à un jeune avant que son parti ne connaisse le même destin que le PTr et le PMSD quand sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Gaëtan Duval ont passé l’arme à gauche. Après avoir vilipendé le PTr et poussé le MSM à quitter celui-ci en 2011, il s’est allié avec le parti soleil et a demandé à sir Anerood de quitter la présidence pour botter Ramgoolam hors du pouvoir. Le tsunami annoncé depuis le 12 mars 2012 se fait toujours attendre.

Sir Anerood, troubleshooter

Père du développement économique, sir Anerood Jugnauth est aussi célèbre pour ses phrases diplomatiquement incorrectes. C’est un bon bougre auquel s’identifient nombre de Mauriciens. Bosseur, brillant tacticien, il a réussi à maintenir le MSM au pouvoir pendant 13 ans et à redevenir Premier ministre en 2000 après le fameux accord à l’israélienne avec Bérenger. Représentant 4% de l’électorat, il arrive encore à faire fléchir Bérenger pour un partage de tickets à 50%. Bhai Anerood s’évertue à préparer le terrain pour son héritier, Pravind, qui peine à suivre ses pas. L’année 2014 devrait lui permettre de ressouder ses troupes. Et peut-être de réconcilier « piti-là » avec Bérenger qui ne peut le supporter.

Xavier-Luc le capricieux

Xavier-Luc Duval peut être perçu comme un fils à papa à qui tout a réussi. Son père n’a-t-il pas démissionné afin qu’il puisse faire son entrée à l’Assemblée nationale ? Ce qui ne l’a pas empêché de tenter de lui arracher son parti et de le renier publiquement. Capricieux sur les bords, il a menacé à plusieurs reprises de laisser tomber son bon ami Navin Ramgoolam. Mais pour aller où, son parti ne représentant même pas 2% de l’électorat ? Il sait qu’une autre incartade est à éviter. Le leader rouge peut être compréhensif mais il ne faut pas jouer avec le feu. Sa récente crise est plus une question d’ego qu’autre chose.

Pravind, fils de

Pravind Jugnauth a un gros handicap. Il est le fils de SAJ et se trouve dans l’obligation de montrer qu’il peut mieux faire que son père. Mais malgré son patrimoine génétique, il a peu brillé en tant que ministre de l’Agriculture et comme Grand argentier dans le gouvernement de 2000-2005. Ministre des Finances sous Ramgoolam en 2010, il doit encore se mordre les doigts d’avoir démissionné en 2011. Côté charisme, Ramgoolam lui vole la vedette, de loin. S’il s’applique, Pravind Jugnauth sera peut-être Premier ministre dans dix ou quinze ans.

Henry le magnifique

Le plus grand talent de Thierry Henry au sein du PMSD et du gouvernement, c’est d’être le cousin de Xavier-Luc Duval. Il est le fils de Fifi Henry, soeur de sir Gaëtan Duval. Au sein de l’alliance rouge/bleu, il se chuchote que son cousin a fait comprendre à qui de droit que si un maroquin ministériel se libère, c’est lui qui devra avoir la priorité sur Aurore Perraud. Thierry Henry a déjà fait valoir ses ambitions ministérielles, estimant qu’une telle nomination est dans le cours normal des choses.

Kobita la future Sarojini

Derrière tout homme, il y a une femme. C’est donc légitime que Kobita Jugnauth veuille baliser le parcours politique de son mari, Pravind. Sa belle-mère, lady Sarojini, a toujours été le conseiller du «bolom» et elle veut perpétuer la tradition. Si Paul Bérenger, cette semaine, a annulé la première rencontre au sommet à La Caverne, ce serait parce qu’elle était contre le fait que son homme se retrouve hors du front bench d’un futur gouvernement MSM/MMM. Bien que Pravind Jugnauth ait signifié à Paul Bérenger que sa place sur le banc n’est pas un souci, Kobita n’a pas encore dit son dernier mot.

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