Le banquier Elmer, informateur de WikiLeaks et condamné en Suisse, recherché à Maurice

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Le banquier&nbsp suisse qui avait fourni au site WikiLeaks des informations sur des cas avérés d’évasion fiscale est recherché à Maurice. Il est soupçonné d’avoir menacé de divulguer des données des clients de la Standard Bank

Son nom paraît dans tous les journaux du monde depuis le début de la semaine. Rudolf Elmer, un banquier terré un temps à Maurice, a crée l’événement, le lundi 17 janvier, à Londres, en remettant au fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, deux CD contenant le nom de 2 000 clients de la banque suisse de gestion de fortune Julius Baer censés avoir planqué leur argent dans des paradis fiscaux.

Le mercredi 19 janvier, le banquier s’est constitué prisonnier à Zurich. La justice suisse voulait l’entendre depuis bientôt neuf ans pour violations répétées du secret bancaire et menaces envers son ancien employeur, la Julius Baer. Il a été condamné à deux ans de prison avec sursis et à une amende de 7 200 francs suisses, soit Rs 225 500. Le ministère public avait requis huit mois de prison contre lui. Il a été remis en liberté.

Sa joie a, toutefois, été de courte durée. Il a, de nouveau, été arrêté en début de soirée, le même jour, par les autorités suisses pour avoir remis des CD à WikiLeaks. Alors que l’attention se concentre sur cet homme qui se présente comme un pourfendeur du secret bancaire, l’express.mu a mené une enquête sur ses pérégrinations à Maurice.

Il s’avère que le banquier de 55 ans figure depuis octobre 2010 sur la liste rouge du service de l’immigration à Maurice. Une enquête pour chantage a, en effet, été ouverte contre lui, suite à une plainte de la branche locale de la Standard Bank, un établissement sud-africain, et qui avait employé Rudolf Elmer, peu après ses démêlés avec la Julius Baer.

Le 20 août 2010, le Managing Director de la Standard Bank s’est présenté aux bureaux du Central CID avec une lettre de menaces en main. Il estimait qu’elle ne pouvait qu’être l’œuvre de Rudolf Elmer. D’autant que ce dernier avait été remercié peu après que la banque eut appris qu’il avait volé des données de la filiale de Julius Baer aux îles Caïmans où il exerçait comme directeur.

Dans cette lettre dactylographiée et non signée, l’auteur demande au directeur de lui remettre les titres de propriété de sa station service. Le but étant de le lui revendre pour la coquette somme de Rs 10 millions afin d’éviter que ne soient rendus publics des détails sur les comptes de trois clients de la banque, à savoir la multinationale Zinc Ox Resources, l’avocat américain David Nathan Braus et le Russe Alexandre Gaydamak, propriétaire du club de foot anglais Portsmouth et fils du marchand d’armes Arcadi Gaydamak. Ce dernier a été condamné dans l’affaire Angola Gate, du nom du trafic d’armes entre l’Angola et la France.

La Standard Bank estime ainsi que c’est un acte flagrant de rétorsion, Rudolf Elmer ayant été mis à la porte le 19 mars 2008 à cause de sa vendetta contre Julius Baer. Dans la lettre, un délai est donné au Managing Director de remettre sa station d’essence à un homme de paille. Soit jusqu’au 20 septembre 2011.

En effectuant des recherches sur internet quant aux numéros de contact inscrits sur la lettre, le directeur de la Standard Bank est tombée sur les coordonnées d’une entreprise informatique de Rose-Hill dont Rudolf Elmer se trouve être un des directeurs. L’entreprise hébergeait son site, swisswhistleblower.com et des détails y figurant sont ceux de ses propres clients.

A l’époque, la Standard Bank estimait que sa réputation et celle de Maurice étaient en jeu, car la divulgation de tels renseignements ne peut que leur être nuisibles. Une enquête a ainsi été ouverte en vertu de l’article 4 de la Computer Misuse and Cybercrime Act de 2003 par la Cybercrime Unit du Central CID.

Le 7 octobre 2010, une équipe menée par le sergent Robin Bundhoo a procédé à la perquisition des locaux de l’entreprise rosehillienne hébergeant le site web swisswhistleblower.com. Tout le matériel informatique de l’entreprise a été saisi et inspecté avec l’aide de l’IT Unit de la police mais rien de compromettant n’a été trouvé après les vérifications d’usage.

Une perquisition avait aussi été ordonnée en la résidence du banquier Suisse à Pointe-aux-Cannoniers mais il avait déjà quitté Maurice. Il n’a jamais pu être invité à donner sa version des faits dans cette affaire, le service de l’immigration ayant établi qu’il avait quitté Maurice pour les Seychelles le 10 décembre 2009.

Sollicitée pour un renseignement quant aux ennuis qu’elle aurait eu avec Rudolf Elmer, la filiale mauricienne de la Standard Bank a délégué nul autre que la directrice de communication du groupe, Claire Reid, basée dans l’île de Jersey, un paradis fiscal situé dans la Manche, pour nous répondre. «La Standard Bank opère dans le respect des lois internationales. Comme toutes les institutions bancaires nous ne commentons pas les activités de nos clients ni ne divulguons des informations les concernant. La Standard Bank ne discute pas non plus des questions relatives à nos employés ou nos anciens collaborateurs», s’est-elle contentée de dire.

«Nous n’avons aucun autre commentaire», a ajouté Claire Reid quand nous lui avons fait part de la plainte de la Standard Bank contre Rudolf Elmer et de la divulgation de données sur trois de ses gros clients en réponse à son premier mail. Rudolf Elmer, lui, qui joue au pourfendeur du secret bancaire, continue à dire qu’il compte revenir à Maurice.

C’est ce qu’il a d’ailleurs déclaré à notre confrère de l’express-dimanche dans une interview le 12 décembre 2010. Il risque d’être arrêt&ampé s’il débarque à Maurice. D’autant qu’au procès dans laquelle il a été condamnée en Suisse, ce mercredi 19 janvier, il a reconnu avoir envoyé des lettres anonymes de menaces à des cadres de la Julius Baer.

Rudolf Elmer a admis avoir menacé de révéler des données sur la clientèle de la banque au fisc et aux médias, expliquant que son geste était motivée par le fait qu’il avait l’impression que sa famille était surveillée. Il y a deux ans, il a aussi confié à l’express-dimanche et à d’autres journaux étrangers qu’il craignait que certaines personnes veuillent le réduire au silence.

Sa décision de remettre deux CD de données bancaires à WikiLeaks est suivie de très près par plusieurs médias. Les personnes mises en cause sont d’origine allemande, anglaise, américaine, asiatique ou autrichienne et au moins une quarantaine d’entre elles sont des hommes politiques

Le Times of India croit déjà savoir que deux firmes et deux citoyens de la Grande Péninsule, à savoir Anna Investments et Annapurna Convertible ainsi que Asad Ali Khan et Zahida Ali Khan, sont coupables d’évasion fiscale à hauteur d’une centaine de millions de dollars. C’est ce qui ressort d’un article publié ce jeudi 19 janvier dans le quotidien indien.
En attendant que les Casernes centrales puissent, un jour, entendre Rudolf Elmer, il est déjà décrit comme le «boldest whistleblower in Swiss banking history» par le quotidien britannique The Guardian.

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