Le 11 juin 1982 : le premier 60-0 de l’histoire politique qui marquait la fin d’une époque

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Ce lundi 11 juin, cela fait trente ans qu’est intervenu le premier 60-0 à des élections générales à Maurice. Un événement qui laissa sans voix les observateurs politiques et marqua la fin d’une époque. Celle que dominait Sir Seewoosagur Ramgoolam, le Premier ministre sortant (Photo : les principaux dirigeants de l’Alliance MMM/PSM).

L’Alliance Mouvement militant mauricien/Parti socialiste mauricien aux élections générales de 1982 avait mis en place une machinerie sans faille qui allait renverser sur son passage les autres formations politiques. Quand les soixante députés MMM/PSM firent leur entrée dans l’hémicycle, ils furent suivis peu de temps après de quatre députés de l’opposition qui ne durent leurs sièges de députés qu’au système de Best Loser.

Trente ans après l’événement, Harish Boodhoo, ex-leader du PSM, estime que c’était « le printemps politique de Maurice », en référence au Printemps arabe qui a bouleversé, 2011, les données politiques en Tunisie, en Libye et en Egypte, principalement.

Mais sur quoi reposait cette sorte de communion d’une alliance politique avec le peuple ? C’était l’époque où l’argent ne comptait pas pour les militants. Ils contribuaient chacun selon leur moyen au financement des dépenses de leur parti. Les organisateurs des rassemblements exigeaient que les orateurs viennent prendre un repas après un meeting. « J’avais prévu Rs 1 000 pour les dépenses lors d’une activité. Je n’ai pas eu besoin de les dépenser. Les militants prenaient tout en charge », témoigne Babooram Mahadoo, élu dans la circonscription no 16 Vacoas/Floréal derrière France Canabady et Rohit Beedassy. « Après les élections, la rue la Chaussée était noire de monde venu pour honorer leur obligation auprès du bureau de l’impôt », se souvient un militant de longue date.

Aux élections générales de 1976, face au bloc Independence Party (IP) composé du Parti Travailliste et du Comité d’Action Musulmane (23 sièges), le MMM réalise un score de 24 sièges. Après l’attribution des sièges selon les dispositions du Best Losers Systems, la répartition des sièges se présentait comme suit : 34 au MMM, 28 à l’IP et 8 au PMSD. N’était-ce une alliance entre l’IP et le PMSD, le MMM aurait déjà formé le gouvernement.

Après six ans de conflit et de combat contre le système politique en place, la victoire tant attendue était dans la poche. Son ampleur a étonné plus d’un. A Pamplemousses/Triolet, Sir Seewoosagur Ramgoolam arrive en quatrième position derrière Diwakur Bundhun, (16, 296) le troisième candidat de l’Alliance MMM/PSM avec seulement 10, 575 voix. Sir Gaëtan Duval qui s’est présenté, entre autres circonscriptions, à Belle Rose/Quatre-Bornes se classe à la sixième position avec seulement 25,34 % (5, 929) des voix contre 58,06 % (13, 583) à Paul Bérenger, élu en tête de liste.

N’était-ce l’intervention de la Cour suprême, il ne devait pas y avoir d’opposition, la commission chargée du déroulement des élections ayant décidé que l’élection de tous les candidats de l’Alliance MMM/PSM rendait caduque la nomination de députés selon les dispositions du Best Loser System. C’est par ce mécanisme que Sir Gaëtan Duval, Nicol François, tous deux du Parti mauricien social démocrate (PMSD) et Marie France Roussety et Michaël Glover, du Parti de l’Alliance Nationale (PAN), composé du Parti Travailliste, du Comité d’Action Musulmane (CAM) et des dissidents du PMSD, ont pu aller constituer l’opposition dans ce qu’était alors connu comme l’Assemblée législative.

Mais le Printemps mauricien allait connaître une courte durée : neuf mois. « La déception était à la hauteur de l’événement », soutient Paul Bérenger, leader du MMM.

« Un désaccord a fait son apparition en raison de l’émergence de différentes tendances au sein de l’Alliance. Inn oblize sorti. C’est ainsi que j’ai créé le MSM », déclare SAJ. « Je n’ai aucune amertume », ajoute Paul Bérenger qui préfère s’en remettre à l’Histoire. « L’histoire retiendra le rôle des uns et des autres. »

Le rassemblement du jour du meeting de remerciement a profondément marqué les esprits. « C’était le plus grand rassemblement de l’histoire politique de Maurice. Les idéaux qui nous animaient au début sont les mêmes qui nous animent aujourd’hui encore », précise Paul Bérenger.

Harish Boodhoo attribue ce naufrage à l’absence d’un véritable leadership capable de placer les intérêts de la nation au-dessus de tous les autres. Il jette le blâme de la cassure de l’Alliance MMM/PSM sur SAJ. « Il est malheureux que je sois encore considéré comme l’instigateur de la cassure de l’Alliance MMM/PSM mais le vrai responsable n’est nul autre qu’Anerood Jugnauth. »

D’autres élus de 1982 s’expriment sur ce naufrage. Cassam Uteem explique que plusieurs facteurs sont à l’origine de cette cassure mais l’attribue principalement à « une erreur de jeunesse ». Jocelyn Seenyen met en cause l’incapacité de certains à maîtriser leur ego.

Trente ans après, la majorité des acteurs de la victoire du vendredi 11 juin 1982 arrive difficilement à masquer les regrets d’une belle occasion manquée. Une communion entre les élus et le peuple que tout le monde sentait mais dont on ne pouvait anticiper la force.

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