La Tour Koenig et ses légendes

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Sur les escarpements de la rive gauche de la GRNO, se dresse la romantique et germanique Tour Koenig. Elle est construite par Alexis Henry Koenig, un de nos plus brillants légistes. Comme il la construit pour être agréable à son père, l?histoire de ce bâtiment commence avec celle de ce dernier. Jean Antoine Koenig, voit le jour, le 13 décembre 1757, à Miltenberg-sur-Mein, en Bavière. Il débarque à l?Isle de France, d?abord en 1782, puis en 1790 et en 1792. Il est alors chirurgien attaché au régiment d?Arras. Il épouse, à la Rivière Noire, le 3 août 1797, Magdeleine Jacquette Uranie de Séligny qui lui donne trois fils : Henry, Félix et Gustave. Il meurt, le 21 juin 1838, à la Tour Koenig que son fils construit pour atténuer la nostalgie qu?il éprouve de plus en plus, à la fin de sa vie, pour sa Bavière natale. Son fils, Henry, fait de brillantes études au Lycée colonial. Il entre comme clerc à l?étude de Me Hyppolite Déroulède, notre futur premier prêtre catholique, et à celle de Me Curvat. Il est reçu, en 1820, à 21 ans, avoué plaidant et deviendra une des gloires de notre barreau, remportant succès juridique sur succès. Membre du conseil du gouvernement, il exerce une influence prédominante sur la société de son temps. Il épouse, à Chamarel, le 24 janvier 1822, Coralie Le Père de la Butte. Ils habitent, à la rue des Tribunaux, dans la maison qui sert, aujourd?hui, d?étude à Mes Robert, et où réside le poète Charles Baudelaire, pendant son bref séjour à Maurice, en septembre 1841. La jeune fille de Chamarel ne se plaît pas au Port Louis. Au début de 1826, Me Koenig loue, aux héritiers de Jean Baptiste Christophe Marin, une maison située sur les hauts de la rive gauche de la GRNO. L?air y est plus frais et la vue magnifique. La superficie du domaine est de 33 arpents. Me Koenig fait l?acquisition du domaine, le 30 juillet 1826. Il la complète en quatre autres occasions. En 1838, son domaine est de 350 arpents et s?étend jusqu?à la mer. Il se contente d?y aménager de nombreuses allées de manguiers. Il y accueille son vieux père et construit à son intention la fameuse tour pour lui rappeler sa Bavière natale. La transcription de l?acte de vente fait état de quatre bâtiments. La maison principale comprend un rez-de-chaussée, divisé en six appartements, d?une galerie sur la mer et d?un étage sous charpente de quatre pièces. France Staub est d?avis qu?Henry Koenig entreprend la construction de sa tour après 1831 car le dessin No 10 de l?Album Bradshaw montre la Grande Rivière, vue du four à chaux de MM. Lagesse, frères, et elle n?y figure pas. Le colonel Pike, consul américain, parle d?échafaudages s?échappant des fenêtres de la tour en construction mais sans en indiquer une date précise. Pike (1818-1905), écrivain et naturaliste américain, est, tour à tour, président de la Brooklyn Natural History Society, consul des Etats-Unis à Oporto, Portugal, lieutenant-colonel responsable de la formation militaire des recrues pendant la Guerre de Sécession. Il débarque à Maurice le 21 janvier 1867. Il rédige de nombreux articles sur la faune, la flore, la géologie de Maurice et des îles de l?océan Indien. Il est l?auteur d?un demi-millier de dessins et de peintures de poissons de Maurice. Son ?uvre, Sub Tropical Rambles, paraît à New York en 1873. Il quitte Maurice en 1874. De Froberville parle de la construction de la tour vers 1850. Raymond d?Unienville, dans son livre sur Henry Koenig, rappelle les années de troubles, précédent l?émancipation des esclaves, et fait état de l?ordre du gouverneur Charles Colville (1828-33) interdisant à Henry Koenig de poursuivre la construction de sa tour. Nous ne sommes donc pas fixés quant à la date de construction de la Tour Koenig. L?objectif recherché de cette construction grandiose attend également sa confirmation. Il peut donc s?agir aussi bien d?un fortin capable de résister à une attaque à main armée que d?un désir filial d?atténuer une nostalgie paternelle pour la Bavière natale. Le père d?Henry Koenig, mourant en juillet 1838, la construction de la tour doit donc se faire dans les années 1830 pour avoir un sens. Il en va de même pour la thèse du fortin protégé car il ne reste plus grand-chose, dans les années 1840, des troubles et frayeurs abolitionnistes des années 1830. Autre énigme concernant la Tour Koenig : pourquoi est-elle restée inachevée ? Plusieurs raisons en sont données. Elle va de l?interdiction de Sir Charles Colville jusqu?à la chute mortelle d?un ouvrier, employé à sa construction, en passant par le prétexte d?une possible confusion entre la tour éclairée à GRNO et les feux de position de la rade de Port Louis. Le phare de Pointe aux Caves ne sera inauguré que le 10 octobre 1910. Raymond d?Unienville tente une habile explication. Il peut y avoir, selon lui, l?interdiction soupçonneuse du gouverneur Colville de poursuivre la construction de la Tour, qu?Henry Koenig édulcore pour ne pas inquiéter outre-mesure les siens, en exagérant l?aspect romantique et germanique indiscutable de l?édifice, les risques de navigation, comme la tristesse causée par la chute mortelle d?un ouvrier. Les échafaudages, vus par Pike, entre 1867 et 1874, peuvent concerner des travaux de rénovation ou de réparation, entrepris après le décès d?Henry Koenig, survenu le 23 mai 1870. La Tour Koenig et ses nombreuses légendes dominent toujours de la tête et des épaules le bourg éminemment historique de la GRNO. Sachons seulement que la propriété La Grande Rivière, comprenant la Tour, est vendue, le 4 mai 1888, par Vincent Geoffroy de Lestenau, le gendre d?Henry Koenig, à MM. Thomas Jouet et Victor Ribet. Elle passe ensuite en de multiples mains. En juin 1969, la Tour appartient à la famille Dookhan qui y reçoit les membres de la Société de l?Histoire, l?espace d?une de leurs promenades-causeries si intéressantes et si instructives.
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