La Réunion : les industriels ne veulent pas augmenter la recette mélasse

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Le&nbsp syndicat du sucre refuse catégoriquement de revoir à la hausse la recette des planteurs sur la mélasse. Aucune valeur ajoutée supplémentaire dans l’utilisation de ce sous-produit n’est intervenue depuis la signature de la convention canne 2006-2015, explique-t-il.

Il n’y a aucune raison d’augmenter la recette mélasse des planteurs.” Voilà en substance le message qu’a délivré,jeudi, à Saint-Denis, le syndicat du sucre de la Réunion.

Une réponse à l’adresse des planteurs qui, par l’intermédiaire de leur principal syndicat, la CGPER, réclament depuis environ un an une augmentation de leurs revenus sur la mélasse. Ce sous-produit de la canne est vendu par les sucriers aux distilleries pour fabriquer alcools et spiritueux. De la valorisation de la mélasse, les planteurs tirent déjà une partie de leurs revenus. Mais l’obtention d’une hausse substantielle de la prime bagasse en 2009 (+11,05 euros par tonne), après plusieurs années de revendications, les a incités à réclamer depuis une augmentation de la recette sur la mélasse.

Après un an de débat, les industriels ont tenu à expliciter leur position,jeudi, au siège du syndicat du sucre, à Saint-Denis. Pour eux, pas question de rediscuter le montant de la prime mélasse. “L’article 8 de la convention canne 2006-2015, signée par les planteurs, les industriels et l’État, fixe le prix d’achat de la canne en tenant compte de la recette sucre et mélasse des industriels, rappelle Philippe Labro, président du syndicat du sucre de la Réunion. La mélasse est donc déjà payée dans le prix de la canne au planteur. Et il n’y a aucune raison de revoir le montant en vigueur dans la mesure où, depuis 2006, aucune valeur ajoutée supplémentaire dans l’utilisation de ce sous-produit n’est intervenue.”

&nbspPhilippe Labro appuie son argumentaire sur l’article 10 de la convention canne 2006-2015, selon lequel “en cas d’utilisation nouvelle de produits issus de la canne apportant une valeur ajoutée supplémentaire à la filière, une amélioration de cette prime pourra être étudiée d’un commun accord entre les parties.” C’est l’application de cette mesure qui avait fini par donner gain de cause aux planteurs sur la prime bagasse, ce sous-produit de la canne étant passé après 2006 du statut de déchet à celui de biomasse, porteuse d’une valeur ajoutée nouvelle.

50 000 tonnes par an
Cependant, la convention n’interdirait pas une renégociation de la recette mélasse, hors revenu supplémentaire tiré d’une nouvelle forme de valorisation. Mais les sucriers s’y opposent, arguant qu’une révision de l’accord pourrait “remettre en cause l’équilibre de la filière” qui, rappellent-ils, compte 12 000 emplois, dont 4000 planteurs. De la même manière, ils rejettent l’idée d’une éventuelle “prime alcool” et répondent à l’argument fiscal avancé par les planteurs. “Les contingents, système fiscal dérogatoire qui vise à soutenir la production de rhum dans l’Outre-mer, ont été mis en place par l’État depuis plusieurs décennies, explique Philippe Labro. Il n’y a rien de nouveau là-dessus. Toutes les conventions cannes, y compris celle de 2006-2015, intégraient déjà la valorisation que les industriels du sucre peuvent obtenir sur les ventes de mélasse à des distilleries titulaires de contingents.”

Les sucriers se disent toutefois “ouverts” pour discuter avec les planteurs d’autres moyens de leur permettre d’accroître leurs revenus, en particulier par l’augmentation de leur productivité et de la qualité - richesse en sucre - de leur production.

À ce jour, les sucriers réunionnais produisent 50 000 tonnes de mélasse par an. Selon les données du syndicat du sucre, seuls 30% de cette production sont vendus sur le marché européen, à 80 euros la tonne, un prix supérieur aux cours mondiaux. Les 70% restants partent sur le reste du marché international mais à des prix nettement inférieurs.


Le Journal de l’île de la Réunion, 18 mars 2011.

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