La Réunion : débat public sur la nouvelle route du littoral

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Le projet de nouvelle route du littoral fait actuellement l’objet d’une&nbsp concertation publique. Le premier coup de pioche de ce chantier visant à sécuriser totalement la liaison entre Saint-Denis et La Possession sera donné en 2013. Le Journal de l’île de la Réunion y revient dans son édition du mardi 26 avril.

Une nouvelle route du littoral en mer à six voies, gratuite et, surtout, totalement sécurisée. Voilà la promesse du président du Conseil&nbsp régional, Didier Robert.&nbsp L’objectif est de s’affranchir définitivement des chutes de pierre qui ont fait 22 victimes depuis 1976 et se poursuivent malgré les travaux de sécurisation, de contrer les houles centennales (de 12,80 m à moins de 30 m) et même un éventuel tsunami. Mais surtout, la nouvelle liaison vise à se mettre hors de portée d’un possible éboulement massif de la falaise.

Pour y parvenir, l’ouvrage est colossal. Il démarre de Saint-Denis en digue (1,1 km), et&nbsp se poursuit par un viaduc de 5,4 km. Au-delà de l’échangeur de la Grande-Chaloupe, la digue serait ensuite d’un seul tenant (5,6 km) jusqu’à La Possession. Toutefois, les décideurs politiques&nbsp n’ont&nbsp pas totalement fermé la porte à la réalisation d’un viaduc sur le tronçon entre la Grande-Chaloupe et La Possession, entre 3 km et 5 km. Une&nbsp option plus onéreuse mais, espère-t-on, les techniques en constante évolution pourraient en réduire les couts. Cette hypothèse avec viaduc à moindre frais arrangerait bien les affaires de la Région. Elle lui permettrait de calmer les réticences des services environnementaux de l’État et des écologistes.

En effet, si la digue est moins chère a priori, son impact sur la faune et la flore est bien plus désastreux. La construction de la digue va détruire certains habitats, espèces sous-marines et zones potentiellement à enjeux. Le viaduc, en revanche, permettrait notamment de préserver une vaste formation corallienne. La réalisation d’un deuxième viaduc, moins consommateur en matériaux, rajouterait à la technicité de l’ouvrage. Un ouvrage qui s’écarte de la route actuelle d’entre moins de 20 m à maximum 60 m (entre la Grande Ravine et Saint-Denis).

Les fondations, elles, se feront à « entre 6 et 16 m de profondeur au-dessous des fonds marins », souligne Nicolas Morbé, directeur opérationnel du projet à la direction régionale des routes. Pas de tombants abyssaux donc. Les fondations, même si leur construction fait appel à des techniques qui seraient novatrices à La Réunion, ne poseraient pas problème.

&nbsp«Pour le pont de la rivière Saint-Etienne, les fondations atteignent 40 m de profondeur », précise l’ingénieur. Il n’empêche. Pour la future route du littoral, les travaux devront se faire sous les flots. « Les techniques sont maîtrisées », martèle-t-on du côté de la Région. Au-dessus du niveau de la mer, le point culminant atteindra les 19 m pour le viaduc côté Saint-Denis et tutoiera les contreforts de la falaise. Rien d’infaisable selon Dominique Fournel qui cite plusieurs exemples : « Le pont de Donghai relie sur 32,5 km, dont 26 km au-dessus de la mer, Shangai aux îles Yangshan. Il y a également le viaduc de Millau avec des pylônes de plus de 300 m de hauteur… La conception de la nouvelle route du littoral est mille fois moins compliquée ».

&nbspIl faudra pourtant du solide, des fondations avec des caissons en béton notamment, pour maintenir un tablier de viaduc devant supporter six voies et s’étirant sur 29 m de large (34 m côté digue). Cela aurait pu être encore plus large et onéreux. Mais la Région a sacrifié les bandes d’arrêts d’urgence sur l’autel du transport en commun et des économies. Il faudra tout de même, et pour seulement 12 petits kilomètres, entre 7 et 10 millions de mètres cubes de matériaux. La facture n’est pas moins effarante. Selon les estimations avancées par la Région (novembre 2010), le coût de l’ouvrage avoisinerait 1,6 milliard d’euros…

Une enveloppe à laquelle la Région devra coller au plus près malgré les surcoûts inévitables, sous peine de laisser la collectivité sur la paille. Par tous ces aspects, ce projet, censé démarrer fin 2013, est titanesque. Mener à bien cette réalisation, dont la livraison complète n’est pas attendue avant 2020, concentre pour Didier Robert et son équipe les douze travaux d’Hercule.

La population, qui a l’impression d’un éternel recommencement comme pour Sisyphe, attend la majorité sur ce dossier qui est un véritable pari pour l’avenir de l’île. L’opposition régionale ne manquera pas quant à elle de faire ses remarques lors du point d’étape prévu ce jeudi à l’assemblée plénière

Bruno Graignic

&nbsp+ 2 % de trafic chaque année

La route du littoral actuelle concentre 55 000 véhicules/jour et 60 % du fret routier. Le trafic augmente de 2 % par an.

Qui paye quoi ?

Le protocole de Matignon signé par Didier Robert et François Fillon, Premier ministre, en novembre dernier, fixe le coût de la nouvelle route du littoral à 1,6 milliard d’euros. L’État mettra 532 millions de subventions directes plus 248 millions de reversement de la FCTVA, la Région allongera 669 millions et l’Europe 151 millions. Aucune clause sur un partage des surcoûts inévitables entre l’État et la Région ne figure dans ce nouveau contrat. En revanche, les automobilistes ne seront pas directement mis à contribution puisque le projet de Didier Robert a abandonné le principe de la concession. Il n’y aura pas de péage.

Livraison en 2020

La mise à l’enquête publique du projet est prévue pour 2012 avec la volonté d’obtenir la déclaration d’utilité publique en octobre-novembre 2012. La signature du marché avec les entreprises ou le groupement d’entreprises retenu(s) se ferait entre juin et juillet 2013. Le démarrage des travaux est espéré fin 2013. Cinq à sept années de travaux sont prévues. Idéalement et en fonction des offres des candidats qui soumissionneront, l’intégralité de la route pourrait être livré en 2020. C’est la date mise en avant par Didier Robert.

Entre 7 et 10 millions de mètres cubes de matériaux

Pour réaliser ce gigantesque ouvrage, la Région a estimé qu’il faudrait entre 7 et 10 millions de mètres cubes de matériaux (blocs rocheux, enrochements, granulats). Les carriers de la place sont déjà sur les dents et le schéma départemental des carrières, avec de nouveaux sites, servira de trame pour alimenter le chantier à partir de toutes les régions de l’île. L’approvisionnement sur cinq ans devrait permettre de lisser l’exploitation des sites.

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