La Réunion : 11 enfants du Port intoxiqués au plomb

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Victimes de l’insalubrité. Onze enfants du quartier triangle de l’Oasis, au Port, ont contracté le saturnisme, maladie grave causée par l’ingestion de plomb. Reportage de notre confrère du Journal de l’Ile de La réunion, ce jeudi 6 janvier.

&nbspLa liste des malades pourrait s’allonger. La mairie exhorte les familles à quitter les lieux, mais les solutions de relogement font défaut.

Quartier du triangle de l’Oasis, l’un&nbsp des plus grands bidonvilles de la commune du Port, que certains appellent “petit Rwanda”. Cinq hectares de terrain vague, jonchés de déchets et de carcasses de voitures, où vivent près d’une centaine de familles, d’origine mahoraise ou comorienne pour la plupart. Les autorités ont révélé mercredi que la zone était polluée. Onze cas de saturnisme infantile y ont été diagnostiqués. Une première dans l’île. Le saturnisme est une maladie grave, causée par ingestion de plomb, qui affecte le développement psychomoteur des enfants.

Premier cas en 2009

Le premier cas d’intoxication a été décelé en juillet 2009, suite à une campagne nationale de dépistage menée par l’institut de veille sanitaire. En juillet dernier, cinq autres malades ont été détectés dans la même famille et chez une voisine. Et il y a deux mois, les médecins du Port ont signalé quatre nouveaux cas, après dépistage, dans ce même quartier de l’Oasis. Une recrudescence qui a mis en alerte les autorités. “Les investigations menées par l’Agence régionale de santé ont mis en évidence une forte concentration de plomb dans les sols”, indique le sous-préfet de Saint-Paul, Thomas Campeaux. Les dépôts sauvages et le stockage de batteries usagées sont probablement à l’origine de la contamination.

Philippe Reynaud, médecin à l’ARS, confirme que les enfants “ont sans doute été intoxiqués en ingérant de la poussière de façon répétée”. Les autorités ont procédé à une analyse des sols pour établir l’étendue de la pollution. Les premiers résultats, tombés mi-novembre, confirment le risque sanitaire : plusieurs points de concentration ont été identifiés sur toute la zone. Ces études doivent se poursuivre pour déterminer d’éventuelles contaminations dans les végétaux, et identifier d’autres cas de malades. Pour parer à l’urgence, du béton a été coulé sur les zones les plus contaminées. Les services de l’État ont décidé d’organiser un dépistage généralisé du saturnisme infantile chez les jeunes enfants et les femmes enceintes du quartier.
L’ARS va faire éditer une brochure. Et la ville du Port a pris deux arrêtés municipaux, interdisant le dépôt sauvage sur site ainsi que la consommation de produits potagers. Du pur formalisme puisque les panneaux existants n’ont jamais empêché l’insalubrité du site.

Quelles solutions de relogement ?

Mais le problème de fond touche au relogement en urgence des familles du quartier. Un vrai casse-tête dans une commune où 2 500 demandes de logements sociaux sont en souffrance. “En demeurant sur place, les familles s’exposent à des graves difficultés sanitaires. Celles qui ont les moyens de partir doivent le faire sans attendre l’intervention de l’État et des autorités”, exhorte le maire Jean-Yves Langenier.

Plus facile à dire qu’à réaliser. Car en l’état, la commune est incapable de recenser le nombre et la composition des ménages qui vivent sur site. Seule donnée dont disposent les services : 65 enfants du secteur sont scolarisés. Rapporté à l’estimation des foyers, ce sont entre 300 et 500 personnes qui occuperaient sans titre, ce terrain communal. “Suite au recensement de 2000, 61 familles vivaient sur le site, rappelle Jean-Luc Caro, DGS de la mairie. 47 d’entre elles ont été relogées depuis”.

Mais au fil des nouvelles installations, le bidonville n’a jamais désempli. En 2003, la commune a engagé une procédure d’expulsion visant 51 familles. Or, d’après la mairie, plus de la moitié vivrait toujours sur site, faute de solutions.

Devant l’impasse de la situation, le maire du Port en appelle aux partenaires (État et collectivité). “(…), la commune ne peut supporter à elle seule l’accompagnement social de ces familles”, martèle Jean-Yves Langenier. Le sous-préfet Thomas Campeaux s’est engagé “à mettre en oeuvre tous les dispositifs de droit commun pour accélérer le relogement de ces familles”.

Parmi les mesures envisagées à court terme : activer une procédure de maîtrise d’œuvre sociale et urbaine, en concertation avec la Sédré, concessionnaire du projet de Zac prévu sur le site. Rappelons que la zone du triangle de l’Oasis est censée accueillir la FAC-Technoport, vaste complexe immobilier dédié à la formation professionnelle. Ce grand projet de la mandature, dans les cartons depuis plus cinq ans, n’est pas prêt d’aboutir au vu des derniers événements. Car après avoir libéré le site, il faudra le dépolluer. La facture promet d’être lourde.

Pour l’heure, c’est l’urgence sanitaire qui prime : soustraire les familles au risque de contamination. Certaines d’entre elles, rencontrées hier, nous ont confié leurs craintes. Elles sont prêtes à partir… si on leur propose un relogement.

Le Journal de l’Ile de La Réunion/ 6 janvier 2011
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