La police du Port: «Il y a suffisamment de données pour suspecter un cas de négligence»

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Le leader de l’opposition a déposé à l’Assemblée nationale, un rapport confidentiel de la police du Port soumis au Commissaire de police. L’assistant-surintendant de police Boodhram y explique pourquoi il a orienté son enquête vers un possible cas d’homicide involontaire après les inondations meurtrières du 30 mars dernier.

La Private Notice Question (PNQ) de ce mardi 9 avril 2013, axée sur les travaux d’infrastructures routières avant les inondations meurtrières du 30 mars dernier et adressée au ministre de tutelle, Anil Bachoo, s’est transformée en affrontement verbal entre l’opposition et la majorité. Les échanges entre les élus des deux bords étaient tellement bruyants que par moments, les questions du leader de l’opposition et les réponses du ministre des Infrastructures publiques étaient totalement inaudibles de la galerie réservée à la presse.

Le leader de l’opposition recherchait des informations sur les travaux entrepris par la Road Development Authority (RDA) avant et après les premières inondations survenues à la place d’armes à Port-Louis, le 13 février dernier. Dans sa réponse, le ministre Anil Bachoo s’est totalement dédouané, affirmant à plusieurs reprises que personne n’aurait rien pu faire face à ce qu’il a qualifié de «calamité naturelle» et qu’aucune canalisation n’aurait pu contenir le débit d’eau provoqué par les averses du 30 mars.

Abordant la partie de sa question concernant la construction d’une troisième voie sur l’autoroute, menant du rond-point du Caudan à la Place d’Armes, le leader de l’opposition a demandé au ministre s’il avait pris la peine de visionner les images de vidéo surveillance du Caudan pour voir si les «gravats et les débris entreposés dans le Ruisseau du pouce dans le cadre de ces travaux, avaient obstrué l’écoulement de l’eau vers la mer».

Après avoir affirmé, sans aucune explication supplémentaire, que l’entrepreneur, en l’occurrence la General Construction Ltd, devra prendre ses responsabilités en cas de faute, le ministre devait expliquer que le pont traversant l’autoroute à ce niveau n’avait pas été inondé. Ce qui suffirait, selon lui, à éliminer cette possibilité comme éventuelle cause de l’inondation du tunnel piétonnier menant au Caudan et du parking souterrain du Harbour View Building où huit des onze victimes du 30 mars ont péri noyé.

C’est alors que le leader de l’opposition a brandi le rapport confidentiel de l’assistant-surintendant de police Boodhram, attaché au poste de police du Port. Ce rapport a été soumis au commissaire de police, le vendredi 5 avril après que ce dernier ait donné des instructions pour que l’enquête initiée par le chef inspecteur Hector Tuyau, sous la supervision de l’officier Boodhram, soit confiée à la Criminal Investigation Division(CID) de Port-Louis-sud.

Dans son rapport, l’assistant-surintendant de police Boodhram précise que la première enquête a été ouverte le jeudi 4 avril sur les instructions de son supérieur, le surintendant Husnoo. Rapport qui devait être soumis «au Directeur des poursuites publiques (DPP) dans un délai de 15 jours pour les besoins de l’enquête judicaire».

L’assistant-surintendant de police Boodhram précise que c’est dans cette optique que le chef-inspecteur Tuyau a visionné les images enregistrées par les caméras de surveillance du Caudan Waterfront, donnant sur l’embouchure du Ruisseau du Pouce. Ce dernier en a conclu que les débris de béton qui avaient été placés dans le Ruisseau du Pouce ont «empêché l’eau de s’écouler vers la mer».

«L’entrée du tunnel sud menant au front de mer est située within reachdu passage obstrué. L’eau débordant du Ruisseau du Pouce et qui a été déviée vers l’entrée sud du tunnel a pu causer la mort par noyade de six personnes», écrit l’officier Boodhram.

Quant au ministre Anil Bachoo, il a, tout au long de sa réponse à la PNQ, défendu bec et ongles, son ministère et la Road Development Authority. Il a fini par accusé la municipalité qui dit-il n’a rien fait depuis les premières inondations du 13 février.

Mais pour le leader de l’opposition, le bilan en termes de perte de vie humaine n’aurait pas été aussi lourd si les travaux avaient été entrepris rapidement après le 13 février par le ministère de tutelle.

Finalement, lorsque le leader de l’opposition a réclamé la démission d’Anil Bachoo, ce dernier lui a demandé d’adresser sa demande au lord-maire.

Et d’ajouter que «there is reasonable ground pour suspecter qu’il y a eu une grosse négligence de la part de l’entrepreneur. Ainsi, le responsable du site, Marie Leon Jean Maurel et l’ingénieur, Abdool Cader Nahaboo ont été convoqués dans le but d’établir les faits et de situer les responsabilités. De plus, notre enquête a été orientée vers la section 239(1) du code pénal sur l’homicide involontaire».

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