La métamorphose amorcée

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Kelly Wayne, 25 ans, en jette du haut de son mètre 80 et de ses talons aiguilles. Sa coiffure relevée met l?accent sur un visage soigneusement maquillé. Le fourreau rouge qui gaine son corps élancé, souligne la finesse de sa taille et fait nouveau, son décolleté plongeant montre qu?il y a assurément du monde au balcon. Plaquant ses paumes sur ses seins comme pour les soupeser, Kelly Wayne déclare, tout sourire et sans fausse pudeur : «J?ai des seins maintenant ! Désormais tous les décolletés sont pour moi !» Et de raconter comment elle s?est finalement décidée à suivre un traitement hormonal pour ?faire pousser?ses seins. «Je savais que ce traitement existait mais je craignais ses effets secondaires. Quand j?ai commencé la prise, cela me faisait très mal. Pendant sept mois, je n?arrêtais pas de demander à mon entourage si ces douleurs étaient normales, jusqu?à ce qu?on m?explique que toutes les adolescentes vivent la même chose.» Mais maintenant que ses seins sont ?en place?, Kelly Wayne est ravie. «Mon corps a changé et je me sens bien dans ma peau.» Et ceux se trouvant dans son giron sont les premiers à reconnaître qu?il n?y a pas que le corps de l?artiste-peintre qui a changé. La transformation s?est aussi opérée dans sa tête. «Je suis plus joyeuse, plus enjouée. Avant je me plaignais sur mes difficultés, notamment à trouver du travail. Aujourd?hui, je me contente de vivre et d?apprécier les choses.» Ce bien-être se reflète bien évidemment dans ses dernières ?uvres, dénombrées à plus de 75 et qu?elle souhaiterait exposer en novembre. Pour la première fois et après trois expositions antérieures, ses tableaux sont classifiés par thèmes. Les paysages et portraits ont cédé entre autres la place aux «Filles de Pub». Il s?agit d?une multitude de corps filiformes de femmes en sous-vêtements de dentelle fine, dans des positions coquines. Un autre thème fort de ses travaux s?intitule : «Cadeau d?amour» et décline une silhouette longiligne de blonde en corset, porte-jarretelles, bas résilles et chaussures à talons aiguilles noirs dans diverses postures sensuelles. La femme qui pose arbore invariablement un long ruban rouge, noué de diverses façons, soit autour d?une jambe, soit autour des mains. Comme si le modèle était offert en cadeau ! Sensualité Autant de couleurs vives et d?érotisme ne s?étaient encore jamais vus chez Kelly Wayne. Les temps ont changé. «En tant qu?artiste, il faut provoquer la réflexion, se démarquer. Je veux montrer que je suis polyvalente, que les gens parlent de moi comme d?une artiste qui évolue, qui a un style différent d?une expo à l?autre.» Le catalyseur de cette transformation tant morale que physique se nomme Annie Joste. Cette Française qui dirige à Maurice la société de bureautique Trace Software Industry Ltd, est devenue, au fil des mois, l?amie, la muse et la mécène de Kelly Wayne. Les deux femmes se sont rencontrées en novembre dernier par l?intermédiaire de Lina, la fille d?Annie, qui voulait commander un tableau de l?artiste- peintre en vue de l?offrir à sa mère. La commande a été effectuée, livrée et a plu. Et dès leur première rencontre, Kelly Wayne et Annie Joste se sont entendues à merveille. «Autrefois, je n?avais pas d?amies. Ceux qui m?entouraient étaient là par intérêt. En Annie, j?ai découvert une vraie amie.» L?idée du thème «Cadeau d?Amour» vient d?ailleurs d?Annie Joste qui souhaitait dénicher un cadeau original pour son mari. C?est un homme d?affaires qui voyage beaucoup, mène grand train de vie et adore la lingerie sexy. Annie Joste n?a pas trouvé mieux que de revêtir la tenue dépeinte des mois plus tard par Kelly Wayne dans ses tableaux et à s?offrir en cadeau à l?homme qui partage sa vie. Quand l?artiste-peintre l?a su, elle a été séduite et s?en est inspirée pour crayonner et peindre Annie qui a bien voulu poser pour elle. «Je trouve cette idée géniale. Quand on aime, il est normal que l?on s?offre en cadeau.» Kelly Wayne n?a qu?une hâte, maintenant que ses ?uvres sont quasi complètes, c?est de les exposer. Le hic est qu?elle ne trouve pas de salle. La mairie de Quatre-Bornes, explique-t-elle, lui réclame Rs 5 000 de location par jour et il y a une somme additionnelle à payer pour un prolongement des horaires d?expo. «La préposée à qui je me suis plainte de la cherté de la salle, m?a répliqué que je pouvais me le permettre car je vendais un tableau entre Rs 15 000 et Rs 20 000. Peut-être mais dans ce tableau, il y a déjà un gros argent investi sous forme de tout un attirail de peinture que le mari d?Annie Joste me ramène de l?étranger», explique Kelly Wayne avec exaspération. La Galerie Max Boullé quant à elle, n?opère qu?entre 9 et 16 heures et le week-end, c?est fermé. «Au final, je dois leur laisser un tableau. Et puis quoi encore ?», renchérit l?artiste-peintre. Un autre responsable de galerie n?a pas hésité à lui dire que ses tableaux étaient «trop osés» pour les Mauriciens. «Les artistes n?ont pas de limites. Celles-ci sont faites pour être franchies. Sinon, on n?aurait jamais été sur la lune !» Responsabilité Kelly Wayne en veut au ministère des Arts et de la Culture qui, selon elle, n?aide aucunement les artistes. «Le ministère des Arts et de la Culture devrait avoir une galerie permanente où chaque artiste pourrait exposer gratuitement ses ?uvres une fois l?an. Cela devrait être son rôle pourtant d?aider et de soutenir les artistes.» Pour contourner partiellement ce problème de salle introuvable jusqu?à l?heure, Annie Joste lui a créé un site Internet (www.mauritiuspaintings.com) qui est consacré à l?artiste-peintre et où une partie de ses dernières ?uvres y figure. «Les surfeurs intéressés peuvent laisser leur adresse e-mail sur le site pour que je les invite quand je serai en mesure d?exposer.» Et si elle ne trouve pas de salle, Annie Joste viendra une fois de plus à sa rescousse en lui prêtant sa maison. Les coups durs et autres galères sont désormais choses du passé pour Kelly Wayne. Elle a les yeux rivés vers l?avenir, tout en sachant qu?elle n?atteindra la plénitude que le jour où elle pourra s?offrir l?intervention chirurgicale qui fera d?elle une transsexuelle à part entière. «J?ai surfé sur le Net pour savoir où cette intervention se pratique. C?est faisable au Canada ou en Thaïlande. Dans ce pays du Sud-Est asiatique, l?intervention coûte Rs 200 000. Si j?avais les sous, je l?aurais fait immédiatement car je veux vivre pleinement ma vie de femme 24 heures sur 24. Et je sais aussi que cela influencera ma peinture. Il faudra plusieurs expos pour amasser cette somme-là. Mais c?est ma priorité? »
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