La drogue des temps modernes

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Chaque matin au réveil, je le vois, il est là, en face de moi. Je l?allume et bascule dans un monde « magique ». Telle « Alice aux pays des merveilles », je voyage et explore chacun de ses recoins. Mais depuis trois jours, c?est le drame, ma moitié, mon alter ego, ma drogue, mon tout a disparu. Internet m?a quitté et depuis, je ne vis plus. Pour certains internautes, ce scénario pourrait être digne du meilleur film d?épouvante. Imaginez votre vie sans Internet, un véritable « web-désert « , sans vous avoir prévenu, votre connexion Internet a disparu. Plus d?accès à votre messagerie, fini le téléchargement de musique et le visionnage de films en tous genres, adieu les forums et autres t?chat avec vos amis. Ces petits gestes du quotidien devenus rituels sacrés, ne sont plus. « Quand j?étais étudiant en France, je voulais tenter l?expérience de l?ADSL. Mais il fallait faire une conversion de la ligne qui prenait, à l?époque, trois semaines. Pendant ce laps de temps, j?étais mal ! Car depuis que je suis sur Internet, j?ai perdu l?habitude d?écouter la radio ou encore de regarder la télévision. Ma vie, c?était le surf, le t?chat et les jeux en ligne de 20 heures à 3 heures du matin ! », raconte Keshav (prénom modifié). Internet a envahi nos vies, pour tout et n?importe quoi, on se dirige vers la toile. Pour la recherche d?une information quelconque, pour communiquer, acheter des objets difficilement disponibles à Maurice, ou télécharger. Surfer sur la toile est devenu notre premier réflexe. Mais pour les plus fervents d?entre nous, Internet est devenu une drogue. Petit test : vous n?arrivez plus à décrocher de votre écran, vous ressentez le besoin de vérifier votre boîte mail toutes les dix minutes, vous passez des heures à jouer en réseau et en arrivez même à oublier vos proches. Il ne vous reste plus qu?une seule solution : la réunion des cyberdépendants anonymes ! Plus concrètement les usages et l?utilisation du Web sont multiples. « Internet a profondément modifié la recherche d?information, la communication interpersonnelle, ou de groupe, les loisirs, l?achat d?objets et enfin l?apprentissage », souligne Avinash Meetoo, Lecturer in Computer Science à l?université de Maurice. En effet, Internet englobe un grand nombre de nos gestes quotidiens. Besoin d?une information quelconque, le moteur de recherche Google et l?encyclopédie en ligne Wikipédia sont de plus en plus utilisés par les personnes à la recherche d?informations. « Ces sites sont utilisés pour la recherche d?informations sur des sujets spécifiques. Mais il y a un bémol, le manque de discernement de la part des internautes », souligne Avinash Meetoo. Pour communiquer, mail et autre t?chat sont devenus des idéaux. « Si je devais écrire des lettres à l?ancienne à mes amis pour garder contact avec eux, ils n?auraient jamais de mes nouvelles », affirme Armelle, 26 ans. De son côté, Avinash Metoo confirme : « Quasiment plus personne n?envoie des lettres maintenant. Tout le monde possède un e-mail et de plus en plus de Mauriciens ont un blog. » Ainsi Windows live (MSN), facebook et hi5, sont respectivement les 3e, 4e, et 5e sites Internet les plus visités à Maurice. Ils sont utilisés de façon intensive par les internautes mauriciens de tous âges. « J?ai beaucoup d?amis sur facebook et sur hi5. Certains d?entre eux sont à l?étranger et c?est un moyen très efficace de garder le contact avec eux. On peut se parler et se voir par l?intermédiaire de la webcam », explique Armelle. « Il suffit de voir le toilé qu?avait provoqué l?interruption de Facebook par l?ICTA pour comprendre l?ampleur du phénomène », rappelle Avinash Meetoo. Mais au-delà des loisirs, Internet s?est répandu dans le secteur éducatif. « A l?école, j?ai une matière qui s?appelle General Paper et qui nécessite de faire beaucoup de recherches. On doit être bien informé et à l?affût de toutes les nouveautés. On peut aller en librairie pour s?informer et se documenter, mais les livres ne sont pas ?mis à jour? comme l?est le Net. Je n?ai pas Internet à la maison, ce qui rend ma tâche beaucoup plus difficile. Je me rends donc dans les cybercafés pour faire mes recherches. Mais je perds beaucoup de temps et d?argent », explique Anielle, élève en HSC. Avinash Meetoo fait ressortir que les étudiants utilisent beaucoup Internet, et en particulier Wikipédia pour approfondir leurs connaissances. Les enseignants aussi utilisent énormément le Web pour préparer leurs cours, en tout cas au niveau tertiaire. Et si Internet disparaissait réellement demain, que se passerait-il ? « Il est difficile de répondre à cette question dans la mesure où Internet est utilisé de façon permanente par les entreprises et les particuliers aussi bienà Maurice qu?à l?étranger. Il ne faut pas oublier qu?Internet existe depuis 40 ans et qu?il est devenu aussi important que l?électricité. A mon avis si Internet s?arrête, le monde s?arrête », soutient Avinash Meetoo. Et il ajoute qu?à Maurice, seule la Mauritius Telecom pourrait suspendre techniquement le réseau, car c?est elle qui contrôle le câble qui nous relie au reste du monde. « Mais cela m?étonnerait beaucoup qu?elle le fasse à cause de la révolution que cela entraînerait », conclut-il. Vous avez dit technophobes ? Internet et les technologies ne font pas que des adeptes. Il existe aussi des « technophobes », des personnes ayant tellement peur des nouvelles technologies en raison d?un manque de compréhension, qu?elles les rejettent. Ces dernières s?imaginent que la technologie, en particulier les ordinateurs et l?Internet, sont des choses purement diaboliques qui vont ruiner leurs âmes si elles y touchent une seule fois. On les démasque grâce à leurs discours du type « l?Internet c?est bien mais il y a des pédophiles », ou encore « les communications électroniques, c?est froid ». Derrière ces mots se cachent une grande peur de l?outil technologique. Une phobie qui a pris de l?ampleur face à l?augmentation de la cybercriminalité et les arnaques engendrées par l?e-commerce. Cela se caractérise par la crainte d?être repéré dans ces voyages d?Internaute et de devenir une cible pour les agences de publicité, ou encore par le danger d?être contaminé par un virus. Un célèbre technophobe, Elton John, a proposé de fermer l?accès à Internet pendant cinq ans, pour voir quel sorte d?art on proposerait pendant ce temps-là. Mais les technophobes ne se contentent pas de supprimer Internet de leur vie, ils rejettent toute forme de technologies : téléphone portable, iPod, télévision et autres outils technologiques. En attendant, veillons à ce que la « Bombe informatique » annoncée par Paul Virilio n?explose pas.
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